Les enfants perdus d’Israël

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En Israël, le service militaire est obligatoire pour les filles et les garçons. Après trois ans de bons et loyaux services dans l’armée, ils profitent d’une indemnité de l’Etat pour s’envoler en Inde. Environ 90% expérimentent alors la drogue et à cause de son usage intensif, chaque année deux mille d’entre eux ont besoin d’une assistance médicale. Présentant des troubles psychotiques, ils perdent totalement pied avec la réalité. Ce syndrome s’appelle « flipping out » et donne son titre au documentaire de l’israélien Yoav Shamir. Parti en Inde à la rencontre de ces anciens militaires ravagés par les paradis artificiels, il ramène un documentaire puissant sur une jeunesse en déshérence. Car sous ses airs de colonie de vacances à ciel ouvert, une réalité bien plus inquiétante fait jour dans les villages où les jeunes israéliens ont posé leurs bagages. A longueur de journée, ils s’adonnent au défoulement narcotique. Mais en lieu et place d’extase, certains goûtent à l’enfer. Convaincus d’être investis d’une mission pour l’humanité, suicidaires incontrôlables, ils doivent être rapatriés d’urgence dans leur pays pour y être soignés. Encore faut-il les retrouver. Yoav Shamir part à la recherche de l’un d’entre eux, assisté d’un religieux, revenu des mêmes aîmes. La traversée du pays, du nord au sud, est l’occasion de nombreuses rencontres. Face caméra, de petites communautés d’israéliens se défoncent, lézardent dans des hamacs et évoquent la jouissance que leur procure leur séjour dans un pays où les autochtones manifestement composent avec cette “invasion”. D’eux, un jeune homme dit qu’ils sont comme les Palestiniens, “des enfants attardés”. Quand le réalisateur essaie de savoir s’ils sont troublés par les actions qu’ils ont menées contre les Palestiniens, il obtient la réponse attendue : “nous avons suivi les ordres et fait ce qu’il était légitime de faire”. Première partie malaisante d’un film qui vire au thriller dans sa seconde moitié. Qu’est devenu ce jeune homme que tient à récupérer par tous les moyens les autorités israéliennes locales ? Le film marche sur ses pas. Ses camarades parlent de lui à contrecoeur. A la nuit tombée, le réalisateur croise une autochtone crédule qui avait rendez-vous avec le garçon. Il lui a promis de racheter son commerce, comme à la moitié des villageois. Quand a lieu l’ultime confrontation, et que l’on retrouve enfin l’électron libre, Yoav Shamir a la pudeur de poser sa caméra à terre. Nous ne verrons pas le visage du garçon mais ses propos menaçants envahissent le cadre. Il se dit omnipotent et investi du pouvoir de détruire ceux qui tentent d’entraver sa mission pour l’humanité. Discussion houleuse en forme d’épilogue à un film flippant qui révèle toute l’envergure d’un véritable problème de société.

3 réponses pour “Les enfants perdus d’Israël”

  1. Frederic dit :

    j’ai eu l’occasion de quelques voyages professionnels en Israël, où je me suis souvent demandé comment cette jeunesse vivait ses années en uniforme… et surtout après…

    j’ai croisé beaucoup de jeunes adultes qui en retiraient - en apparence ? - une détermination et une maturité sans mesure comparable avec les miennes…

    ce ‘Springbreak’ à la sauce du Colonel Kurtz, tout hallucinant qu’il soit, me rassurerait presque…

  2. .Moland.Fengkov. dit :

    Nombre de guesthouses en Inde refusent catégoriquement la clientèle israélienne, réputée pour être de mauvaise payeuse et peu respectueuse de son voisin. Il y a une ville, Pushkar, qui ressemble fort à une colonie pour néobabacools israéliens, qui, musique à fond, traînent autour de la piscine toute la journée et se rassemblent au bord du lac pour admirer au son des djembés le coucher du soleil. Pour le dépaysement, les touristes d’autres nationalités peuvent repasser.

  3. Tabitha dit :

    Good post.

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