Les jeunes filles et la mort

En réponse au scandaleux (:-)) billet de Tlön, consécutif à la diffusion télévisuelle de Virgin Suicides, j’apporte mon regard sur cette remarquable adaptation du livre de Jeffrey Eugenides qui frappe par sa maîtrise et son atmosphère tout à la fois évanescente et malaisante.
Premier constat: le film de Sofia Coppola excède la simple chronique d’une mort annoncée - celle des cinq soeurs Lisbon dans les années 70. En effet, à travers l’évocation inspirée de ces adolescentes, la réalisatrice impose une contre-imagerie aux traditionnelles représentations édulcorées d’un âge, plus que jamais chaotique. Bien plus, ce film étrange nous convie à la désintégration d’un corps social, la middle-class américaine puritaine, dont il se veut la peinture suffocante.

Une symbolique de la virginité : la préservation du clan.

Récit au passé, relayé par la voix off mélancolique d’un narrateur - témoin, Virgin Suicides se présente immédiatement comme une chronique. “Cecilia fut la première à partir“nous dit le narrateur, prophétisant la fin funeste et tragique des soeurs Lisbon et inscrivant dès lors les événements dans un inéluctable processus de mort. Le destin des jeunes filles, dès les premiers plans, est scellé. S’ensuit une rapide scène d’exposition, succession de plans arrêtés destinés à présenter chacune des cinq adolescentes, suivant des données délibérément sommaires : leur prénom et âge respectifs. La démarche intrigue d’emblée car en lieu et place des caractéristiques attendues dans l’exercice du portrait – fut-t-il succinct - le spectateur doit se contenter d’une simple fiche signalétique. Ce parti pris se trouve pleinement justifié par la suite. En effet, les soeurs Lisbon forment un tout homogène et indifférencié. Créatures diaphanes, elles forment un seul corps dont le trait dominant est la blondeur évanescente.
Ceci se trouve corroboré par la figure du cercle, récurrente dans le film. Lorsque la cadette met fin à ces jours à l’occasion de la fête donnée en son honneur, la mère (vertigineuse Kathleen Turner) rassemble autour d’elle ses filles pour les empêcher de contempler l’horreur de la scène. Ses bras ceignent et entourent les adolescentes de part et d’autre. Son propre corps constitue le pivot du cercle. La posture douloureuse des corps n’est pas sans évoquer une peinture maniériste. De même, quand les services de la voirie menacent de couper l’arbre au centre duquel (cercle de plâtre) leur défunte soeur a apposé l’empreinte de sa main, les jeunes filles s’enchaînent, mains liées, autour de l’arbre.
Ajoutons à cela que rares sont les plans où les adolescentes sont isolées les unes des autres. Qu’elles pénètrent dans l’enceinte du lycée, déjeunent sur l’herbe, prennent le soleil, fument une cigarette aux toilettes ou, frappées par le deuil de leur cadette, se lovent à même le sol d’une chambre dans des tenues négligées et légères, elles ne forment qu’un seul corps.
Hors du groupe, point de salut. Dès qu’un des membres s’écarte de la communauté, il est en danger. En témoigne la scène où Cécilia demande, en pleine “surprise-partie” sous haute surveillance maternelle, à réintégrer sa chambre : un plan l’isole, gravissant lentement les escaliers dans une robe blanche virginale. Peu après, elle se défenestre. De même, le charme du viril et charismatique quaterback, Trip Fontaine (Josh Hartnett), ne semble pas opérer sur la sensuelle Lux (Kirsten Dunst) quand celle-ci est entourée de ses soeurs. Elle répond à ses avances à l’occasion de la projection d’un film documentaire où elle est privée de ses soeurs Le documentaire en question est annonciateur de la catastrophe à venir : il y est question de la formation des ouragans provoquée par la rencontre violente de “masses chaudes et de masses froides“, métaphore des turbulences que va provoquer le rapprochement de ces deux corps sur la communauté.
La métaphore filée du cercle se prolonge avec les ensembles tracés sur le tableau de classe par monsieur Lisbon (excellent James Woods), professeur de mathématiques de son état et qui, selon ses propres commentaires, correspondent à “l’intersection et à la réunion“.
La rupture symbolique de ce cercle est par conséquent synonyme de la désagrégation de la famille et par extension de la communauté. Quand Lux se réveille seule au petit matin sur le terrain de foot, abandonnée de son amant après sa première nuit d’amour, corps blanc, frêle et défait, perdu dans l’immensité herbeuse, la catastrophe est consommée et le processus de mort définitivement enclenché.
En somme, la figure récurrente du cercle, corrélée à la communauté indivise formée par les adolescentes, renvoie à l’instinct de conservation et à la préservation du clan. Mais aussi, au temps, conférant au film son mouvement languissant et mélancolique. Cette symbolique trouve son pendant visuel dans les différents plans de ciels qui ouvrent et referment le film.
L’état virginal, contenu dans le titre de l’oeuvre, n’est pas à envisager littéralement (d’autant plus que Lux perd sa virginité très tôt dans le film). Là également, il s’agit de l’appréhender sur le mode symbolique, comme “une disposition générale à retenir, à contrôler; une tendance (…) à la conservation; (comme) un caractère (…) attaché aux principes, aux règles, soucieux de respectabilité, visant à satisfaire un sentiment de sécurité” (in Dictionnaire des symboles) . Ces éléments se trouvent “paradoxalement” incarnés dans la figure de la mère, parangon de vertu, étouffant sa progéniture d’une éducation puritaine. Les adolescentes sont les dépositaires plus ou moins consentantes de cette éducation rigide, avant d’en être les victimes.
Nous l’avons évoqué, la génitrice est le pivot du cercle familial. Elle veille à la cohésion et au maintien du groupe jusqu’à annihiler la personnalité de chacune de ses filles. Cette absence de distinction vise à prévenir toute possibilité de division. En témoigne la scène où les jeunes filles courent les magasins avec leur mère, à la recherche de robes de soirées pour le bal du lycée. Au final, elles se trouvent toutes vêtues de “quatre sacs identiques” confectionnés dans le même tissu. Madame Lisbon tend à réprimer la sur sensualité de Lux (elle lui demande de se couvrir les épaules) et à éradiquer toute circulation du désir. Tout ce qui vient de l’extérieur est assimilé au danger. Aussi quand Trip Fontaine s’invite un dimanche après-midi pour regarder la télévision, elle s’interpose physiquement entre les deux jeunes gens. Son corps empêche toute intimité et tout contact, à la fois tactile et visuel, entre les adolescents. Cependant, le pied aux ongles peints de sa fille se dérobe un court instant à son attention pour s’offrir ostensiblement aux yeux de Trip. Cette scène de torpeur dominicale trouve son contrepoint violent avec les images télévisuelles d’un documentaire animalier mettant en scène des prédateurs (crocodiles aux mâchoires féroces, lions se jetant sur leurs proies). La télévision fonctionne alors comme le lieu projectif des angoisses de madame Lisbon, tout en préfigurant le destin de Lux. Par assimilation, Trip Fontaine est un prédateur menaçant l’équilibre du groupe.
Quant au père , il est relégué en dehors du cercle, se contentant au mieux de graviter autour; qu’il cohabite dans le cadre avec sa femme et ses filles, il se tient à son extrémité, exclu de ce gynécée dans lequel il ne saurait avoir de place. Sa femme se fait la gardienne de valeurs conformistes et puritaines provoquant l’asphyxie progressive du foyer.

Asphyxie et désagrégation sociale.

La thématique de l’asphyxie prédomine dans le film de Sofia Coppola. Les soeurs Lisbon meurent littéralement d’étouffement quand leur mère, après l’escapade de Lux, les confine dans la demeure familiale. Retirées du lycée, elles connaissent un isolement social des plus tragiques. La volonté névrotique de préserver ses filles des dangers du monde extérieur conduit madame Lisbon à opter pour le repli sur soi de la famille. “J’étouffe” dit Lux à sa mère, hors champ, tandis que le père assiste impuissant aux plaintes de sa fille. “Tu es en sécurité ici” lui rétorque sa génitrice.
L’air ne tarde pas à se raréfier pour chacun des membres de la famille. L’espace se réduit et se délimite. Les scènes d’intérieur contrastent avec les longs travellings sur les pelouses et les maisons du quartier pavillonnaire. Le père Lisbon, en roue libre, en vient à s’adresser aux plantes, se réjouissant de les voir opérer leur photosynthèse, phénomène chimique destiné précisément à produire de l’air, celui-là même dont il est privé, tout comme ses filles, au sein du foyer familial. De même, l’abattage d’ormes malades dans le quartier intervient comme un symptôme de cette asphyxie progressive. Coupés, les arbres ne dégagent plus le gaz carbonique nécessaire à la production de l’air. Qui plus est, ce phénomène se propage à l’ensemble du voisinage. De plus, un bref extrait d’un film en super huit met en scène Lux caressant une baleine. En voix off, Cecilia, qui a consigné cet épisode dans son journal, assortit les images du commentaire selon lequel les algues, qui permettent aux cétacés de se nourrir et de respirer, exhalaient une odeur nauséabonde. Cette scène trouve son aboutissement dans l’une des dernières séquences du film - le bal des débutantes - entamé par les émanations pestilentielles d’algues contaminées. En somme, la thématisation visuelle de l’asphyxie est liée à l’idée de contamination et de pourrissement. Elle renvoie à la dégradation d’une société étouffante de conformisme.
Ce processus entropique est à rattacher à la mort de la cadette. Lors de sa première tentative de suicide, la jeune fille tient à la main une icône de la Vierge Marie, tachée de son sang. Sa chambre, lieu de réclusion et de projection, recèle un grand nombre de crucifix et d’images religieuses.
Son suicide intervient comme un sacrifice, renforcé par la position christique de son corps empalé sur la barrière. Il tend à s’opposer au conformisme et au puritanisme suffocants d’une société américaine elle-même en quête de repères. Ainsi, au début du film, un insère situe l’action dans le Michigan, au milieu des années soixante dix. La voix off du narrateur évoque un pays économiquement en crise. En effet, les Etats-Unis ont connu deux grands chocs pétroliers. L’industrie automobile américaine tend à être supplantée par la production nipponne. De sorte que les fondements même de l’”american way of life” d’usage dans les années cinquante sont révolus. Le pays est à l’aube de mutations, tout comme l’adolescence, période transitoire, est synonyme de passage à un état autre. Cependant, la famille Lisbon vit en décalage avec son époque, rétive aux changements et à l’évolution des moeurs. Aussi, le suicide de Cécilia recouvre une dimension symbolique liée au rejet de valeurs familiales conformistes et sclérosantes. Les médias se saisissent de sa mort pour en faire l’emblème d’une société en voie de désagrégation où la structure familiale est elle-même menacée. Le fait que Cecilia choisisse, pour mettre fin à ses jours, de s’écraser sur la barrière qui délimite la demeure familiale, n’est pas innocent. En effet, le foyer traditionnel “à l’américaine” est ceint de ce que l’on appelle la picket fence, barrière généralement de bois disposée tout autour de la maison. Cette frontière symbolique, isolant le foyer du monde extérieur, renvoie aussi aux limites d’une éducation que ne peuvent transgresser les soeurs Lisbon. Par son acte violent, Cecilia désavoue ces valeurs étriquées et se restaure, dans la mort, un espace de liberté. De même, lorsque Lux s’adonne au sexe sur le toit familial, il est question encore de résistance symbolique.
La métaphore filée de l’asphyxie, inféodée à la claustration des adolescentes, trouve son acmé visuelle dans la soirée déguisée où les convives portent un masque à gaz. L’air est devenu irrespirable empuanti par les algues d’un lac. Tout dans cette fête évoque la putréfaction, de la couleur des sorbets et des cocktails à la lumière verdâtre qui nimbe un ensemble mortifère. Une débutante vomit. Le suicide collectif des soeurs Lisbon n’a contribué qu’à faire remonter à la surface toute cette pourriture stagnante, révélant l’hypocrisie et le conformisme d’une classe sociale qui semble elle-même en sursis. Si la disparition des adolescentes imprègne à tout jamais la mémoire des garçons au point que tout s’en trouve changé, cette tragédie ne semble pas avoir affecté la communauté qui reprend ses activités mondaines. De sorte que la mort des jeunes filles n’agit pas sur cette société égoïste et matérialiste comme une palingénésie, c’est-à-dire comme une régénération spirituelle de celle-ci.. C’est le constat désespéré que font les garçons, à tout jamais vecteurs du souvenir de ces belles ensevelies au tombeau de la mémoire collective. Au suicide de leurs filles répond le suicide social des parents, amorcé avec la perte, pour le père, de son emploi de professeur au lycée. “Après le suicide, ils renoncèrent à vivre une vie normale” nous dit le narrateur. Puis, nous apprenons qu’un jeune couple a repris la maison, promesse de recommencement. Car c’est bien cela qui à l’œuvre dans le film de Sofia Coppola : une vision cyclique du temps, de la vie et de la mort, toute entière contenue dans la figure de ces créatures lumineuses, mortes prématurément, mais qui ont conféré à ceux qui les ont approchées, un intense et tragique sentiment d’existence.

S.M

(Article paru dans la revue Eclipses)

19 réponses pour “Les jeunes filles et la mort”

  1. sans moi dit :

    ouaouh ! merci pour cette analyse, géniale quand on a vu le film…

  2. versac dit :

    I agrre with madame sm.

    J’ajoute, sur le thème de l’asphyxie, qu’il me semble que c’est ainsi que meurent les filles à la fin : Lux par le gaz d’échappement de la voiture, X la tête dans le four, Y pendue (respiration coupée) et Z, je crois qu’on n’en voit que les pieds par terre (mais j’imagine bien un sac en plastique sur la tête).

    J’ajouterais que ce cercle magique, fascinant des jeunes filles exerce une attraction énorme, érotique, qui est très bien rendue pas le voyeurisme impuissant des garçons. Ils sont eux, déjà dans l’étape d’après, ils sont le changement, et sont impuissants face à cette petite citadelle, et en même temps fascinés par ce groupe, qu’ils ne parviennent pas à comprendre. Un peu comme la marche du temps, et la nostalgie des générations envers les précédentes, un processus de positivation de ce qui ne mène à rien…

    Sans compter que tout ça est enveloppé d’une photo et d’une musique géniales. Mais c’est encore un autre sujet.

  3. sans moi dit :

    j’en ai fait des cauchemars de toutes ces asphyxies

    tu ne parles pas non plus de l’erotisme latent et énorme chez Sofia Ford Coppola.. notamment la scène où les 4 garçons épionglent les fleurs sur les seins des jeunes filles, en présence de la mère : l’érotisme qui échappe au contrôle vs l’érotisme codé..

  4. sandrine dit :

    Versac,
    la photographie sensuelle du film est signée Edward Lachman, chef opérateur également sur Loin du Paradis de Todd Haynes, avec la délicieuse Julianne Moore. D’ailleurs, un peu comme dans Virgin Suicides, Lachman nimbe chaque plan d’une lumière ambrée, qui ne tarde pas à former, autour des personnages, une sorte de « prison dorée ». La claustration dans le film de Haynes est celle des conventions sociales et du matérialisme propres aux États-Unis des années 50. En somme, ces deux films dialoguent.
    La B.O est excellente : celle de Air (eh, oui ! “air” pour un film qui parle de suffocation !) mais encore l’autre CD qui est sorti un peu plus tard avec tous les standards qu’écoutent les jeunes gens (”Magic Man”, “Hello, it’s me ” etc..).
    Bien vu cher Versac : les filles meurent bien d’étouffement.
    Dans le bouquin, Lux survit au suicide de ses soeurs. Elle est sauvée in extremis. Elle erre comme un fantôme dans la maison…puis met fin à ses jours peu de temps après. Les parents déménagent. L’auteur interviewe le père Lisbon plus tard. Il s’est séparé de sa femme.
    Il y a encore beaucoup à dire sur ce film auquel on pourrait aisément consacrer une monographie.
    Tout à fait juste ta remarque, sans moi, relative à l’érotisme diffus, aux fleurs épinglés à la poitrine des jeunes filles…
    Bref, chaque longueur de plan est pensée, à laquelle répondent les longueurs de textes (voix off qui donne au film son rythme languide, sa nostalgie). Un vrai travail d’orfèvre a été fait sur le son et les décors. Un chef d’oeuvre qui n’a rien décidément rien à voir avec l’humour potache d ‘un Chatilliez.
    Tlön n’a même pas été sensible aux tenues vaporeuses des collégiennes. C’est dire !

  5. sans moi, qui sait ce dont elle parle dit :

    il doit être un peu nerveux à l’approche de son anniversaire, ça lui trouble le jugement..

    à ce propos, Nico a accepté de me les faire les spaghettis au bain !

  6. versac dit :

    … et Ken Park (superbe), et Erin Brokovich (où les changements d’ambiance photo n’étaient pas d’une grande finesse, mais bon), et l’anglais/the limey de Soderbergh… J’adore Ed Lachman. Depuis The Limey, je vais voir à peu près tous les films où il va, j’avais adoré la photo…

    Il y a aussi Savides, le mec qui fait la photo de Gerry et Elephant, et de The Yards… J’aime bien.

  7. .Moland.Fengkov. dit :

    je souscris à tes goûts, cher Versac… The Limey et The Yards sont des films qui sont passés trop inaperçus…

  8. sans moi dit :

    ah ben ça, dans Gerry, ‘reusment qu’il y avait la photo pour sauver le film

    la photo et le beau p’tit cul des mecs

    qu’est-ce qu’il m’a énervée ce film

    en revanche, l’Anglais, j’en garde le souveir d’un film palpitant et très graphique

  9. Damien dit :

    Magnifique, Sandrine

  10. .Moland.Fengkov. dit :

    sm, tu es passée à côté de Gerry…

  11. skoteinos dit :

    et audrey tautou ?

  12. sandrine dit :

    Pas encore vu le film de Jeunet cher Skot, mais j’ai du mal avec Tautou, actrice que je trouve très limitée : un beau visage mais pas de corps d’où un jeu précisément très désincarné.

  13. versac dit :

    Vu le jeunet, tu peux certainement t’en passer, c’est très prévisible. La Tautou est tout sauf une héroïne “japrisotienne”, et je trouve son jeu limité. Et la photo ! Genre sepia carte postale décliné ans tous les tons. Et la petite carte postale de Paris années 20, et de la Corse, et de la Bretagne…

    Je me demande encore pourquoi je suis allé le voir, à part popur me confirmer une idée préalable…

  14. Tlön dit :

    Certes…mais quand même…

  15. sandrine dit :

    C’est un peu léger ça, monsieur Tlön ! :-)

  16. viagra dit :

    You may find it interesting to check some relevant pages about online poker online poker http://www.mcdortaklar.com/
    phentermine phentermine http://www.reservedining.net/
    viagra viagra http://www.paramountseedfarms.net/
    credit cards credit cards http://www.rethyassociates.net/
    casino casino http://www.ingyensms.net/
    poker poker http://www.bigyonet.com/
    online casino online casino http://www.zalaszentgrot.com/
    texas holdem texas holdem http://www.darkangelclan.com/
    texas hold em texas hold em http://www.middlecay.net/
    texas holdem poker texas holdem poker http://www.hasslerenterprises.net/
    pacific poker pacific poker http://www.hdic.net/
    party poker party poker http://www.hometeaminspection.net/
    empire poker empire poker http://www.mor-lite.net/
    poker games poker games http://www.parkviewsoccer.net/
    generic viagra generic viagra http://www.targetindustries.net/
    cialis cialis http://www.tclighting.net/
    levitra levitra http://www.neweighweb.net/
    tramadol tramadol http://www.jfcadvocacy.net/
    online pharmacy online pharmacy http://www.psychexams.net/
    soma soma http://www.stories-on-cd.net/
    diet pills diet pills http://www.lvcpa.net/
    phendimetrazine phendimetrazine http://www.suttonjames.net/
    credit card credit card http://www.mp-forum.com/
    payday loans payday loans http://www.devilofnights.net/
    loans loans http://www.gargzdai.net/
    personal loans personal loans http://www.zone-b51.com/
    student loans student loans http://www.jmsimonr.com/
    private mortgages private mortgages http://www.1a1merchantaccounts.com/
    low interest credit cards low interest credit cards http://www.at-capstone.com/
    - Tons of interesdting stuff!!!

  17. sophie dit :

    thérèse ne meurt pa d’étouffement mais prends des medicaments pour se donner la mort..sinon oui lux ,marie et robbi meurt déetouffement

  18. joy david dit :

    Dear,

    I am Mrs JOY DAVID, from Kuwait.I am married to late Mr EDWARD DAVID, who worked with Kuwait Embassy in Ivory Coast for Twenty-Six years before he died in the year 2004,after a brief illness that lasted for only five days. We were married for Eighteen years with a duaghter(Tonia) who later died in a motor accident.

    Before the untimely death of my husband,we were both born again Christians. Since after his death I decided not to remarry or get a child outside my matrimonial home which the Bible is against. When my late husband was alive he deposited the sum of (US$5.5M) (Five Million Five hundred Thousand United States Dollars) in a bank here.

    Recently, following my ill health, my Doctor told me that I may not last for the next eight months due to my cancer problem.The one that disturbs me most is my stroke sickness. Having known my condition I decided to donate this fund to a Christain organization (Church) that will utilize this money the way I am going to instruct herein, according to the desire of my late husband before his death.

    I want this fund to be used in Christain Activities like,Orphanages, Christain schools, and Churches for propagating the word of God and to endeavor that the house of God is maintained.
    The Bible made us to understand that “Blessed is the hand that giveth”. I took this decision because I don’t have any child that will inherit this money and my husband relatives are not Christians and I don’t want my husband’s efforts to be used by unbelievers. I don’t want a situation where this money will be used in an ungodly way. This is why I am taking this decision.

    I am not afraid of death hence I know where I am going. I know that I am going to be in the bosom of the Lord. Exodus 14 VS 14 says that “the lord will fight my case and I shall hold my peace”. I don’t need any telephone communication in this regard because of my health hence the presence of my husband’s relatives around me always.I don’t want them to know about this development.With God all things are possible.

    As soon as I receive your reply I shall give you the contact of the bank in Abidjan. I will also issue you the documents that will prove you the present beneficiary of this fund. I want you and the Church to always pray for me because the lord is my shephard. My happiness is that I lived a life of a worthy Christian. Whoever that wants to serve the Lord must serve him in spirit and Truth.

    Please always be prayerful all through your life. Contact me on this e-mail address: joy_david399@yahoo.com any delay in your reply will give me room in sourcing another Church or man of God, for this same purpose.

    Please assure me that you will act accordingly as I stated herein. Hoping to receive your reply.

    Remain blessed in the Lord.

    Yours Sister in Christ,

  19. Montella sidi bouzid dit :

    Je suis

Laisser une réponse