Les lumières de Tokyo
12 millions d’âmes se croisent à Tokyo, mégalopole saturée de lumière, si lumineuse que, vue de l’espace, elle brille autant qu’une étoile.
Ce sur ce préambule que s’ouvre l’éblouissant spectacleThe Elephant vanishes, adaptation du recueil de nouvelles de Haruki Murakami.
Simon Mc Burney, metteur en scène britannique, dirige une troupe japonaise qui joue dans sa langue d’origine. Curieuse expérience que celle du sur-titrage au théâtre, qu’on abandonne parfois pour jouir de la fluidité d’une mise en scène incroyablement inventive.
Ecrans, miroirs démultipliés à l’infini. Qui regarde qui ? Sur les panneaux mobiles bute le regard aveugle. Tokyo paradoxale : ville la plus éclairée du monde mais où personne ne se voit et où la solitude se propage comme une endémie. Le recours à la vidéo exacerbe le point de vue “blanc” des protagonistes. Que reflète l’écran improvisé d’un réfrigérateur ? une société de consommation déboussolée, son ventre béant, évidé de toute spiritualité ? Toujours est -il que ce frigo monolothique reste le seul élément du décor qui ne bouge pas.
Désir de s’affranchir d’une matérialité pesante : un comédien narrateur évolue dans les airs et raconte le jour où, affamé, il a attaqué une boulangerie.
Car un humour délicat édulcore la noirceur des nouvelles de Murakami, où l’absurde a la place belle. Un jour, un éléphant et son gardien s’évaporent littéralement du zoo de Tokyo. Une femme ne dort plus depuis dix sept jours (segment le plus vertigineux du spectacle). Un couple attaque sans raison un Mac Donald’s.
Trois récits qui s’entrecroisent, se répondent, étonnent et enchantent tout à la fois.
Spectacle hybride, entre arts plastiques et cinéma (Kyoshi Kurosawa n’est pas très loin), The Elephant vanishes distille une métaphysique légère, une grâce diffuse, un de ces sortilèges qui brille et danse dans la lumière des néons.
The Elephant vanishes, présenté à la Maison de la Culture de Bobigny, jusqu’au 9 octobre dernier. Tournée mondiale.



Le 17/10/2004 à 20:00
Telle que tu la présentes la mise en scène du spectacle a l’air d’être parfaitement adaptée au ton de Murakami par contre il n’y a que trois nouvelles adaptées sur les dix-sept du recueil ?
Le 17/10/2004 à 20:24
Exactement, 3 nouvelles seulement pour un spectacle d’une durée de 1h50 environ. Le plus long segment est consacré à la femme insomniaque. C’est prodigieux. Essaie de voir la pièce. La troupe poursuivait sa tournée aux Etats-Unis. Avec un peu de chance, la pièce sera reprise la saison prochaine car elle a rencontré un gros succès critique et public.