Long live the new flesh !
Réalisé il y a plus de vingt ans, Vidéodrome, oeuvre visionnaire, reprend à son compte les théories de Debord et de Marshall Mc Luhan relatives au spectacle. Ce dernier affirmait déjà dans les années soixante : “La télévision est en train d’opérer une révolution dans tous les systèmes politiques du monde occidental” ou bien encore, pour abonder dans le sens de la contamination hallucinatoire à laquelle nous invite Cronenberg : « Le voyage du drogué est une expérience commune à tous ceux qui regardent la télévision”.
Ici, les images, selon un subtil système de filtrage, sont intériorisées. Elles deviennent consubstantielles à l’individu et à son inconscient. Cronenberg posait déjà la question de ce qui restait de la sphère intime dans une société acquise aux nouvelles technologies. Dans ces photogrammes, la télévision cristallise les fantasmes du héros, la violence de son désir sexuel. La « bouche d’ombre » (pour reprendre une formule hugolienne) absorbe Max Renn. Mais, plus que de l’aliéner, elle le délivre, dans un final spectaculaire.
S.





Le 28/03/2004 à 23:10
Certes, et là Cronenberg est beaucoup plus pertinent que n’importe quel détracteur de la télé : à ce titre, c’est bien son cinéma, avec celui de Carpenter, qui a permis au film d’horreur ou de SF d’entrer dans le progressisme en même temps que dans la modernité. Chez lui, la mutation peut très bien être vue comme un progrès, un désir de changement voulu par les protagonistes (Max Renn désire, jusqu’au sens sexuel du terme, ce qui va lui arriver). Souvent, la mutation est appelée de leurs voeux (voir finalement Seth Brundel, prêt à cohabiter avec la mouche lorsqu’il n’y a visiblement pas de place pour deux) . Ce n’était pas le cas dans la production fantastique des années 50, où toute mutation était vue comme un mal, la plupart du temps fortement connoté idéologiquement, une menace contre un état de chose (pour aller vite, contre un désir de conservation). Chez Cronenberg, on ne conserve rien en l’état, il faut seulement suivre (tout est dans la manière) une évolution qui n’est pas forcément celle du pire. Ici, le professeur à l’origine de l’expérience tentée à partir des signaux télévisuels a pour nom O’Blivion: ironie critique de Cronenberg, certes, à l’endroit d’une certaine amnésie inévitablement développée par le corps médiatique; cependant, le cinéaste renforce volontairement l’ambiguïté de son propos. Après tout, il peut aussi bien s’agir de l’oubli nietzschéen, vu comme fonction vitale de l’être humain, fonction nécessaire à l’avancée de nos esprits dans le temps : entre l’oubli, la remise à zéro des paramètres (qui postule alors une nouvelle innocence), et le progrès fondé sur une continiuité historique, la position de Cronenberg est claire : entre les deux, position qui sait être critique, tout en appréhendant avec excitation les possibilités d’un renouveau. A la suite d’O'Blivion, on connaît son credo : How to make the wor(l)d be flesh…
S.B.
Le 29/03/2004 à 00:10
Cronenberg my hero! (avec Skorecki et quelques autres… ;-)
Le 29/03/2004 à 10:02
Beau texte de SB, merci
Le 29/03/2004 à 11:08
Très belle analyse en effet ! Merci Sébastien. Je te rejoins complètement. La modernité et l’originalité du point de vue de Cronenberg sur les “médias électroniques” (j’adore cxette catégorisation de Mac Luhan !) font que son Vidédrome est indépassabe encore aujourd’hui.
Je suis une inconditionnelle du cinéma de Cronenberg. Cependant, Spider m’a déçue. Et vous, qu’en pensez-vous ?
S.
Le 2/09/2004 à 17:00
hairy cinema
Le 21/09/2004 à 11:31
picture tit
Le 26/10/2004 à 05:34
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