Los Angeles/Miami : requins contre crocodiles.

 

Deux catégories de prédateurs se distribuent le territoire fictionnel américain. En Californie, Eldorado créatif des séries télévisées, les requins de l’industrie se meuvent dans les grands fonds, quand, en Floride, les alligators infestent les eaux croupies. Machines à broyer par où le danger se caractérise par sa latence et sa fulgurance. La chair meurtrie, sous la puissance de la mâchoire, exulte. Coupé, entaillé, sectionné (”nip”;”tuck”), le corps métaphorise le rapport à une industrie cinématographique démembrée, dont le greffon sériel a pris, au-delà des espérances.
L’espace invente la série télévisée. Proposition réversible, par où toute fiction est une réalité organique. Car si les acteurs répondent à une idée avant de devenir des personnages, une série constitue une réponse à un environnement. Dexter, la nouvelle production Showtime (à qui l’on doit déjà Masters of Horror, L World et Weeds) l’a compris, qui se choisit un territoire d’élection - la ville de Miami - pour l’exacerber. Loin des chromos de la désormais ringarde série télé Miami Vice, cet espace revisité vibre, suinte, sent et se transforme. C’est le Miami des putes, de la communauté latino, de la bouffe et des clubs cubains. Pas l’idée de Miami, comme dans Nip/Tuck, un hybride entre soap et sitcom (le “dehors” est quasi absent), mais un corps innervé par des canaux fluviaux, des artères sanguines.
Ca tombe bien, le personnage éponyme, un flic du service médico-légal de Miami, est un spécialiste du sang. Dexter reconstitue les crimes à partir des projections d’hémoglobine. Exercice aisé : il est lui-même un serial killer. Comme le crocodile, monstre invisible embusqué, le héros se confond avec son environnement, flotte à la surface des émotions dont il est dépourvu.
Ambiguë, la série dérange, laquelle par le truchement de la voix off, plonge dans la psyché d’un tueur à la Brett Easton Ellis, soumis à un code de conduite hérité du père. Dexter assassine des salauds, plus pour canaliser ses pulsions et se maintenir dans la communauté, que par souci de justice.
La réalisation très soignée impressionne de maîtrise. Créée par James Manos Jr, l’un des auteurs de The Shield ou encore Les Soprano, co-produite par Michael Cuesta qui avait réalisé des épisodes de Six Feet Under où officiait déjà l’excellent acteur Michael C. Hall, la série s’adjoint les meilleures compétences. De cette consanguinité artistique est née une production monstre, qui se situe, de nouveau, du côté des criminels.
Alors que s’achève la 4è saison de Nip/Tuck et que commence la 1ère saison de Dexter (prochainement diffusée sur Canal +), une transmission s’opère. Nip/Tuck se délocalise à Los Angeles quand Dexter investit de plain-pied les marécages où les deux chirurgiens livraient en pâture d’encombrants cadavres aux crocodiles. See you, later alligators ! Les as du scalpel frayent dorénavant avec les requins. Et dans cet exercice de dévoration, c’est le système, ni plus, ni moins, que l’on tente d’engloutir.

Photogrammes, de haut en bas : Dylan Walsh et Julian Mac Mahon dans Nip/Tuck, saison 4, épisode final. Michael C. Hall dans Dexter, épisode 2.

17 réponses pour “Los Angeles/Miami : requins contre crocodiles.”

  1. Chili Palmer dit :

    Los Angeles : 0
    Miami : 1

  2. Shaquille O'Neal dit :

    Los Angeles : 0
    Miami : 2

  3. Tony Soprano dit :

    Newark rules.

  4. Jack Bauer dit :

    Tell me where the bomb is or I shoot a bullet right between your eyes.

  5. Jenny Schecter dit :

    lick my pussy

  6. dit :

    Manifestement, les festivités de fin d’année auront laissé également quelques séquelles chez mes contributeurs les plus réguliers. Las ! Je vais au cinéma. Vous attendrez pour le billet.
    En attendant, que je n’en chope pas un en train d’écrire un autre commentaire sous influence !

  7. NYCG dit :

    Bonne anneeee copine je vois que tu te recuperes des TRolls en ce debut 2007
    As tu rouler des pelles le 31 au soir chez BB Yann?
    xoxoxo

  8. Carlito dit :

    Allez Sandrine, on ne se décourage pas…

  9. Troll Palmer dit :

    rouler une pelle à un troll ??… beuuurk !

  10. sandrine dit :

    NYCG,
    Je n’ai pas roulé une seule pelle le 31 décembre dernier : la tendance était plutôt à la gamelle. Mille belles choses pour toi en 2007 !
    Carlito,
    Désolée de (dé)faillir ainsi et de me montrer indigne de ton attente. Je t’écris personnellement très rapidement.
    Troll,
    Ne soyez pas sectaire, voyons. Tenez, je vous embrasse sur la bouche pour la peine !
    A tous,
    Le blog reprend, avec une régularité retrouvée : je suis sortie du tunnel.

  11. Troll Palmer (rouge d'émotion) dit :

    un baiser sur la bouche… ça valait la peine d’attendre…

  12. sk†ns dit :

    Excellent connaissance de la répartition géographique de la faune aquatique Nord américaine.
    Chapeau bas.

  13. paulin dit :

    je n’arrive pas à voir les images

  14. Carlito dit :

    >”Le blog reprend, avec une régularité retrouvée : je suis sortie du tunnel.”

    Kiss

  15. sandrine dit :

    Sktns,
    Chapeau bas ? Chez toi, il est question d’ours et de koalas !
    Paulin(e),
    Change de navigateur et opte pour Mozilla Firefox.
    Carlito,
    Nos baisers vont finir par défrayer la chronique !

  16. Degblon dit :

    Salut a toute l ‘ equipe.Je vous apprecie beaucoup.J ‘aime Jack Bauer.(24 heures chrono.)

  17. Rom dit :

    J’ai découvert Dexter sur Canal et j’ai pas décroché jusqu’au final bouleversant (la révélation et le sacrifice). J’ai hate de découvrir la deuxième saison.
    J’ai hate également de découvrir le final parait-il explosif et “poétique” des Soprano.

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