Maurice Pialat : le peintre “arrêté”

«Maurice Pialat était un mauvais peintre, mais un grand réalisateur». C’est un peu court, non ?
L’exposition posthume qui se tenait en 2003 au Grenier des Grands Augustins avait ceci de passionnant qu’elle racontait l’histoire d’un geste. Et plus précisément d’un geste arrêté. Pialat a du renoncer à la peinture pour gagner durement sa vie. Un renoncement brutal. Ses toiles et dessins portent le témoignage poignant et hasardeux de cet empêchement.
Pialat, le maniériste, a été rattrapé par le naturalisme. La dureté de la vie, responsable de l’expérience picturale avortée, a nourri l’œuvre filmé. Pourtant, le commissaire de l’exposition, François Russo, ne voit pas immédiatement le lien avec les films et hésite.
Une extrapolation de ma part ? Je vois dans la toile du haut, le geste de Van Gogh. Et dans le dessin du bas, ébauche d’une grande pureté, La Gueule ouverte.
Les prémices picturaux infusent l’œuvre cinématographique, de sorte que les deux medium sont intimement liés, indissociables. Pialat, peintre contrarié, n’a pas eu le temps de voir éclore son art. Mais il est devenu un immense metteur en scène par et grâce à la peinture.

22 réponses pour “Maurice Pialat : le peintre “arrêté””

  1. christian dit :

    J’ai des souvenirs très forts des films de Pialat (sous le soleil de Satan, Van Gogh) ; une ambiance, la lumière…

    Un trajet créatif est-il vraiment définitif et à ce point cloisonné ? Pialat, peintre (pourquoi mauvais ?) afin de révéler son talent de cinéaste. ; des articles critiques de Truffaut au “400 coups”…ou bien, l’architecture de Santiago Calatrava naît d’un dessin, un croquis.
    De quoi se “nourrissent” les cinéastes, les artistes ?

    A ce propos, je viens de découvrir un site richement documenté consacré à ce cinéaste (maurice-pialat.net).

    A la lumière de ton article et de ce nouveau regard croisé, je vais reconsidérer son oeuvre.

  2. Eskâtéhênëç dit :

    Enfin bon, on peut pas dire qu’ils soit bon peintre. C’était un peintre du dimanche, et effectivement, ce ce qu’il ne pouvait pas peindre, il le filmait. C’est son impuissance picturale qui en a fait un «immense cinéaste».

  3. sandrine dit :

    Mais c’est ça que je ne comprends pas, Skot. Comment peut-on préjuger du talent d’un peintre qui n’a pas eu le temps de s’accomplir en tant que tel ?
    Je reste intimimement convaincue que l’expérience picturale a été décisive dans son parcours de cinéaste.

  4. Eskâtéhênëç dit :

    Eh bien, il n’a pas de véritable talent de peintre, ou si peu ! Quant à l’accomplissement… il faut des « germes ».

  5. sandrine dit :

    Mais qu’est-ce que c’est que ce pseudo d’abord ? ! Ecoute, je vais devoir partir de choses qui te touchent plus particulièrement. Beethoven était un cancre. Il a appris et expérimenté plus tard. Son génie s’est révélé par la suite. Imagine, si on avait retrouvé ses partitions alors qu’il s’était arrêté en chemin. Qu’aurait-on dit ? QU’il était un compositeur sans talent ?
    C’est pareil pour Pialat. Le geste arrêté…

  6. Tlön dit :

    Je ne veux avoir l’air d’insister mais Pialat est un mauvais peintre (pour preuve ces deux exemples). mais qu’il se soit posé des problèmes de lumière, de cadre et de composition et que les réponses apportées par la peinture lui ai servi au cinéma cela est fort possible.
    D’autre part si il a arrêté c’est volontairement, il trouvait lui même que sa peinture n’était pas bonne..il disait la même chose de ses films, mais on doit constater que là il a continué.
    Sur van Gogh, je n’ai pas revu le film depuis un certain temps, l’influence picturale me semblait plutôt être du coté de Bonnard que des impressionistes.
    Ex:
    http://www.normandy-tapestry.com/images/bonnard-pierre-crouching-nude-in-tub-big.jpg

  7. Eskátéhênëç dit :

    D’accord avec Tlon.
    Dans le film, on voit un genre de tableau japanisant, des branches en fleurs, très belles.

    (Les toiles sans la postérité des films ne valent pas grand chose.)

  8. sandrine dit :

    Eh, bien, je pensais à toi Tlön quand j’ai fait le billet. Tu l’auras compris ! Je te le dédie. :-)
    C’est l’indigence qui a conduit Pialat à arrêter la peinture et non la cosncience d’être un mauvais peintre. D’ailleurs, Pialat n’aimait pas non plus ses films !
    Maintenant, c’est une évidence que la peinture lui a servi pour le cinéma. C’est pourquoi, il m’est difficile de trancher. Je préfère camper sur cette incapacité à statuer sur le talent pictural du jeune Pialat. On ne l’a pas vu “grandir” comme artiste peintre.
    Bonnard dans Van Gogh ? Oui, mais aussi Poussin qu’il aimait particulièrement.

  9. sandrine dit :

    Le tableau auquel tu fais référence Skot, bien que je ne l’ai pas en tête, correspond sans doute aux estampes japonaises de Van Gogh. Je les ai vues à Amsterdam. Ce qui est touchant, ce sont les idéogrammes autour du cadre. Vang Gogh ne parlait ni n’écrivait le japonais ! Ces signes ne renvoient à rien : ils ajoutent une touche “exotique” au tableau et n’ont qu’une fonction décorative.

  10. Eskátéhênëç dit :

    Sans parler de talent, on peut juger au regard de ce qui a été peint avant lui : ça n’a pas grand intérêt.
    En “valeur absolue”, ce n’est pas remarquablement peint non plus…
    Le cinéma — au risque de faire smurfer les cinéphiles sur leur tabouret — c’est une forme de composition, donc… de peinture.

  11. Tlön dit :

    Smurfer? Tu as été formé chez Sidney!!

  12. Eskátéhênëç dit :

    Of course, mais comme il a chipé, on l’a chopé…

  13. sandrine dit :

    Oh, non, les garçons ! C’est reparti les conneries ! :-)
    Non mais, rendez-vous compte : Pialat qui rencontre Sydney ! Pffff ! (le pire, c’est que ça me fait rire).

  14. Eskátéhênëç dit :

    La scène dans la cuisine de « À nos amours », c’est un peu du smurf relationnel — que vont en dire les cinéphiles ?

  15. Ludovic dit :

    Bah…On lève aussi le poing dans le hip-hop, mais avec moins de tripes que Pialat, je crois. C’est vrai que le cinéma est une forme de composition, mais avec des paramètres dont ne dispose pas la peinture, entre autres le temps. Le temps suspendu ou accéléré, qui oblige à nous recadrer à l’intérieur du film sous peine d’en être exclu ou bien d’y être immergé, ce qui constitue le même échec, je pense. Belle idée en tous cas qu’un medium artistique vienne reprendre le flambeau d’un autre abandonné ; mais si le passage de la peinture au cinéma peut être riche (ex donc Pialat mais aussi Cocteau ou Greenaway), celui de la littérature au cinéma est plus problématique (j’ai beau chercher je ne trouve pas de cinéaste intéressant ayant du arrêter l’écriture). Quelle peut bien en être la raison ?

  16. sandrine dit :

    Ludovic,
    Merci pour ce commentaire pertinent. Finalement, on pouvait filer la métaphore entre le cinéma de Pialat et le hip hop, une danse qui me passionne au demeurant.
    Il y a d’autres exemples de peintres cinéastes : Pasolini et Tarkovski. Autant que je sache, ils ont continué à peindre tout en étant cinéastes.
    Des écrivains cinéastes ? Il y en a pléthore, mais qui ont renoncé à l’écriture ? Je pense à des critiques de la Nouvelle Vague en revanche : Truffaut, Chabrol, Godard… Symptomatique. Le romanesque infuse leurs films, manière de prolongation du littéraire.

  17. Ludovic dit :

    Exact ! je n’avais pas pensé aux critiques de cinéma…

  18. Eskátéhênëç dit :

    Tenez, d’ailleurs, vous les cinéphiles que j’ai déjà surpris en train de parler de « cinéma filmé », que diriez-vous du cinéma PEINT ?
    AHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAH !

  19. sandrine dit :

    Tu ne crois pas si bien parler, mon cher Ezachadebêl ! Tu nous renvoies au temps des primitifs et aux décors peints sur des toiles. Sinon, existe ce que Bonitzer appelle le “plan tableau” in Décadrages, très bon ouvrage que je te recommande, consacré aux relations entre cinéma et peinture.
    Qu’est-ce que les “cinéphiles” peuvent faire pour toi sinon ? Bon, je retourne finir de nettoyer ma salle de bains…

  20. sandrine dit :

    (En attendant que ça sèche)… Tu me fais penser aussi, cher Ezéchiel, au cinéma expérimental. Les vidéastes interviennent sur la pellicule, la peignent, la rayent, la font vieillir etc.. Tu as de bonnes intuitions cinéphiliques, mais un bien curieux pseudo ! Skoteinos est mort ?

  21. silver dit :

    Pour info. :
    www.maurice-pialat.net

  22. Francois Russo dit :

    Pour information, et à l’intention de l’auteur de l’article, je n’ai jamais dit ni écrit que Pialat était un mauvais peintre. La question est d’ailleurs sans objet, l’oeuvre cinématographique est suffisamment éloquente sur la qualité de son regard, sa maîtrise de la technique picturale est secondaire.

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