Notre musique : accords majeurs

Après mille dérobades, j’ai récemment vu le dernier film de JL Godard, essai humaniste lumineux et sublime leçon de cinéma, transcendée par un regard aigu sur l’époque contemporaine.

Et de relever cette phrase, écho à mon billet sur la photo de la rafle du Vel D’Hiv :

les faits parlent d’eux-mêmes. Céline en 1936 se méfiait déjà de cela. Aujourd’hui, le champ du texte a recouvert le champ de la vision“.

Godard fait la démonstration que le texte a supplanté le visible, en somme que le commentaire l’emporte aujourd’hui sur l’image.

Le film questionne largement la notion de mémoire et m’évoque des réflexions de la philosophe Marie-José Mondzain, à propos de ce qu’elle nomme les “visibilités“.

Selon elle, la mémoire collective se constitue par l’image et la société “souhaite en contempler les vignettes les plus émouvantes“.

Concernant la mémoire, il nous faut nous emparer d’une histoire qui appartient à d’autres mais nous appartient intrinsèquement.

Ce qui importe, selon la philosophe, « c’est le travail de mise à l’écart », c’est-à-dire la prise de distance par rapport à l’image ou le visible qui nous émeut.

Elle ajoute que l’image met en jeu le désir de voir et qu’il s’agit alors de divorcer de ces choses qui nous séduisent. En somme, il faut se débarrasser de l’imagerie ou des « visibilités » pour atteindre à une forme de vérité que la société exige.

L’image versus le texte ? La radicalité intellectuelle de Mondzain me gêne. Comment ne pas opposer ces deux pôles -image et texte- dans un souci pédagogique de transmission de la mémoire ?

15 réponses pour “Notre musique : accords majeurs”

  1. Scanner (pas encore vu JLG) dit :

    « Céline en 1936 se méfiait déjà de cela. » Cela quoi, mam’zelle ? Qu’est-ce que Céline vient s’mêler là-dedans ?
    « travail de mise à l’écart », « se débarrasser de l’imagerie… pour atteindre à une forme de vérité que la société exige. » Gloups ! Késsek’ça ?

  2. sandrine dit :

    Céline se méfiait des “faits qui parlent d’eux-mêmes”. J’ai attrapé cette phrase au vol. Comme toujours chez Godard, il n’y a guère plus de développements. Au spectateur de réfléchir…
    Le travail de mise à l’écart ? Simplement se méfier de l’image (ces philosophes sont si abscons !) pour atteindre à la vérité historique.
    Ca s’éclaircit ? J’ai fait une synthèse un peu trop synthétique, sans doute ? :-)

  3. Scanner de passage seulement dit :

    Ben non, pas tant qu’ça… ou alors… euh… désolé mamz’elle, mais Céline, les faits qui parlent d’eux-mêmes, tu m’étonnes qu’il connaît pas. Puis la Mondzain, là, si elle a rien de mieux and new à dire que de se méfier des images, bien alors, j’me sacre le King des Sphilosophes ! Et le roi doit prendre congé. À demain pour mieux m’éclaircir mes vessies, s’iou plaît. Buona notte.

  4. jean-sébastien dit :

    la rhétorique de Mondzain rappelle celle des chrétien qui recommandaient de se méfier de la séduction du malin (et donc tout ce qui provoque de la jouissance : MJM peine-à-jouir?)

  5. Photoparis13 dit :

    ?? je comprends pas tout? Mais par contre, j’aime pas cette façon à la télé ou ailleurs de rendre souvent ridicule M.JL Godard. Quand j’allais au cinéma, c’est le seul qui me faisait pensé que j’étais pas con, peut être à tors, du coup, je vais plus au cinéma.

  6. sandrine dit :

    Hé bien, c’est le moment de renouer avec le salles obscures cher Photoparis (?). Nul doute que Notre Musique va satisfaire ton exigence intellectuelle et cinéphile !

  7. sandrine dit :

    JS et Sacnner,
    Je me fais l’avocate du diable en reprécisant les propos de Mondzain, avec lesquels on ne peut pas être en total désaccord.
    Lorsqu’elle parle de la “séduction des images” dont il faut se départir dans un souci d’approcher la vérité, elle ne fait rien d ‘autre que de parler d’éthique et d’esthétique.
    Elle s’appuyait ici notamment sur l’exemple du film de Benigni, La Vie est Belle, et “ses vignettes émouvantes” attractives pour le spectateur. D’où le travail nécessaire de “mise à l’écart”.
    Là où en revanche, je ne suis pas d’accord avec elle, c’est lorsqu’elle affirme de manière péremptoire que la société est naturellement attirée par ses “vignettes émouvantes”. Elle condamne aussi au passage l’émotion.
    C’est très discutable.

  8. jean-sébastien dit :

    évidemment qu’il faut se méfier des images…comme de tout! le problème avec la Mondzain c’est l’hystérie avec laquelle elle le fait, c’est cela que je trouve suspect chez elle; de toute façon les gens qui condamne l’émotion n’auront jamais ma sympathie (et on sait combien certains intellectuel totalitaires au XXème siècle ont condamné l’émotion de la même façon…
    la rhétorique intellectuelle peut-être à ses heures très redoutable aussi, la “Pensée” n’est jamais à l’abri du faux et de l’ignominie…et elle n’est pas toujours débusquable…
    c’est pour cela que je me méfie d’elle comme de la peste, elle pense que la “chose intellectuelle” en soit suffit à se prévenir de tous les mots…

  9. Willy dit :

    Il me semble que le film de Godard, que je trouve magnifique (sauf peut-être sur la fin, un peu caricaturale), ne dit pas seulement que le commentaire a remplacé notre vision, c’est-à-dire l’action de voir, mais aussi les images. Ainsi, “son” Enfer indique que nos représentations passent dorénavant pour l’essentiel par les images (cinéma, TV, etc) et que ce sont elles qui viennent constituer notre mémoire. Le réel, en l’occurence les guerres, Sarajevo, ne sont que des images de plus. Et que ce nouveau mode de représentation ne permet plus la révolte, l’engagement…

  10. jon dit :

    “For thirty years people have been asking me how I reconcile X with Y! The truthful answer is that I don’t. Everything about me is a contradiction and so is everything about everybody else. We are made out of oppositions; we live between two poles. There is a philistine and an aesthete in all of us, and a murderer and a saint. You don’t reconcile the poles. You just recognize them.”

    –Orson Welles
    (C’est presque convenable. Peut-être.)jr

  11. sandrine dit :

    Willy,
    Je suis heureuse que tu trouves le film de Godard magnifique. J’ai absolument tout fait pour éviter de le voir à Cannes car j’étais restéee sur Eloge de l’Amour qui m’avait agacée au plus haut point. Les propos réac de Godard sur le cinéma américain commençaient à tourner au système.
    Et puis là, lumineux, Notre Musique, dans la continuité de For Ever Mozart que j’adore. On y retrouve le motif du livre, comme arme contre la barbarie.
    C’est pourquoi , je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi sur le final “caricatural” du film.
    Tu fais référence à la jeune russe d’origine juive dont on nous rapporte l’assassinat dans un cinéma car on pensait qu’elle avait une bombe dans son sac, alors que ce dernier ne contenait que des livres ?
    Je trouve ça très cohérent dans la mesure où la circulation du livre permet la circulation de la parole humaniste, arme contre l’obscurantisme.
    Ce que Godard veut dire par là , et c’est très pessimiste, c’est que la civilisation (matérialisée par le livre) ne résiste pas face à l’obscurantisme ou à la guerre.
    La mort d’Olga, rapportée froidement, évoque celle des terroristes tchétchènes. Je trouve ce final très émouvant au contraire. Un brin naïf, je te l’accorde, du fait de sa lumineuse simplicité.
    Mondzain et Godard réconciliés ? Tous deux pensent d’après toi que c’est l’image qui fonde la mémoire ? Oui. Mais de quelles images parlons-nous ? J’ai encore besoin d’y réfléchir. Et surtout, de revoir le film. C’était des premières impressions émues au sortir de la salle…

  12. sandrine dit :

    He John !
    Very nice quotation from the Master/monster Orson Welles. There is no more contradiction. Willy found out how to reconciliate text and images ! And don’t worry : c’était très convenable !
    Nice to hear from you. You’re so welcome on this blog. Love.

  13. Willy dit :

    Non, je ne parlais pas de cette fin là mais du Paradis tourné comme il se doit au bord du lac Léman avec cette histoire de Paradis, donc modèle dominant, aspirations pour demain, gardé par les Marines américains. L’idée est juste d’une certaine manière mais mise en scène de manière caricaturale, peu imaginative… Pour le reste, je répondrais ultérieurement car je dois filer……. See you

  14. sandrine dit :

    Ok, I see ! Oui, c’est vrai. Ce segment là est un peu faible…

  15. show-road dit :

    show road

Laisser une réponse