Oh my Todd !
Todd Haynes n’est pas là. Voilà qui est cohérent avec le titre de son nouveau film I’m not there, une variation originale et réussie sur la vie de Dylan en six acteurs et sept incarnations. Dans les bureaux où l’équipe d’Epicentre Films et moi-même l’attendons, l’impatience est palpable. Le plateau de gâteaux et de tournage sont prêts. Je dois réaliser un entretien avec l’éclectique cinéaste pour un bonus DVD de Old Joy, l’ode sensuelle et minimaliste de Kelly Reichardt. Comme pour Echo Park L.A et quelques autres courts-métrages, Haynes a endossé la casquette de producteur.
Mais c’est coiffé d’un bonnet qu’il arrive enfin, flanqué de deux jeunes assistants. D’emblée, il installe une ambiance chaleureuse. Haynes est de ces personnalités immédiatement sympathiques. La raison de son retard ? Il revient du marché aux puces. Quand on s’intéresse au contenu de son sac, il en sort spontanément deux drôles de poupées. Une Barbie blonde, à la peau noire, amarrée à un parachute et un bonhomme un brin queer, costume rayé, bandana jaune. Haynes ne se contente pas de montrer ses achats. Il les commente et invente une vie à ses effigies. La poupée blonde est d’après lui soudanaise ! Ses yeux brillent tandis qu’il manipule avec délicatesse ses miniatures.
Mais la caméra tourne déjà et le temps défile. L’objet n’est pas de revenir sur la passionnante filmographie de l’auteur. Frustration. Quand on le voit ici en master of puppets, on pense immanquablement à son moyen métrage Superstar : The Karen Carpenter Story. Réalisé en 1987 (mais retiré de la circulation trois ans plus tard, suite à un procès de la famille), ce biopic en forme de parodie de documentaire met en scène la vie de la chanteuse de The Carpenters. La majeure partie des rôles est assumée par des poupées Barbie trafiquées. Par la figure substitutive, atteindre à un surcroît d’incarnation : c’est ce que l’auteur a accompli 20 ans plus tard et de nouveau dans I’m not there. Le mythe Dylan ne saurait être réductible à un seul corps. Dylan, c’est vous, c’est moi et Todd Haynes ce jour-là, dans son pantalon slim de velours.
L’homme est modeste et ne tarit pas d’éloges sur Kelly Reichardt qui avait supervisé les costumes sur son sulfureux film Poison, d’après Jean Genet. Il minimise son apport sur Old Joy, convient avoir participé au montage et orienté le choix des décors. Old Joy a été tourné à Portland où vit dorénavant le cinéaste, loin du tumulte new-yorkais. C’est l’occasion pour lui de voir les saisons passer, de se ressourcer à l’aune d’une nature bruissante. L’entretien arrive déjà à son terme. Haynes file donner une leçon de cinéma. Une fois parti pourtant, il est encore là. L’aura ?
Crédits : Todd Haynes, en montreur de marionnettes, à Paris le 1er décembre 2007. Photos Moland Fengkov.





Le 16/12/2007 à 19:25
Trop déçu par “I’m not there”, tellement aucun personnage n’a pas effectivement plus d’existence qu’une paire de marionnettes médiatiques.
Le 16/12/2007 à 23:25
La déception est générale autour de moi. Lire aussi ce qu’écrit Slothorp à ce sujet sur son blog. Curieusement, sans être une spécialiste de Dylan, le film m’a vraiment convaincue. Sans doute n’ai-je rien contre les marionnettes…