Palme d’Or - Le petit vent de Ken Loach

Loach voudrait lever une tempête, mais se prend un vent avec un film qui ressasse des thèmes déjà abordés dans Hidden Agenda.

Curieuse démarche qui anime son auteur : au moment historique où l’IRA rend les armes., Loach les reprend, réactualisant les tensions immémoriales entre Britanniques et Irlandais. 1920, un groupe de villageois décide de combattre l’ennemi britannique inique et sanguinaire, suite aux exactions qu’il commet en toute impunité. Arrestations arbitraires, tortures, exécutions, le film ne néglige rien qui justifie le recours aux armes.

La démarche se double, comme toujours, d’une forme de didactisme mâtiné de romantisme. Loach trouve en Cillian Murphy, son héros révolutionnaire beau comme un Dieu, lequel meurt, comme il se doit, en martyr. La grâce de l’acteur détonne dans la filmographie de l’auteur, abonné aux films à thèse naturalistes et aux récompenses manquées (n’est pas faute d’y travailler pourtant !).

Mais mis à part l’introduction de ce corps étranger dans un cinéma balisé à l’extrême, Loach navigue en pilote automatique, dans des eaux bien troubles. La première partie du film se démarque néanmoins d’un second segment dédié à des luttes intestines. Les différentes intrigues qui concourent à l’implosion du groupe indiffèrent. L’empathie que réserve habituellement le spectateur aux héros crucifiés est totalement absente du film. Loach échoue à installer ses figures dans des situations où se révèle leur capacité à résister.

Pro-IRA, The Wind that shakes the Barley, néglige des propositions de mise en scène fortes, au profit de l’idéologie. Et le récit s’évente et se délite dans une lande irlandaise où les corps s’effacent.

 

11 réponses pour “Palme d’Or - Le petit vent de Ken Loach”

  1. luiz carlos dit :

    bravo pour cette très spécial coverture du festival de Cannes, Sandrine. j´ai recommendé dans Contracampo :-)

  2. cactus dit :

    Pas facile de trouver autre chose sur Cannes que du people sans intérêt. Merci pour cet autre chose.

  3. Fubiz dit :

    Excellent ce blog sur le ciné. Hop je bookmark.

  4. N.O. dit :

    On ne va pas à Cannes pour le cinéma, ou si peu. Non, ce qui compte c’est d’approcher de près cet étrange zoo déglingué, cette foire aux vanités, cet ilôt d’inconscience auto-satisfaite.

    La seule question qui mérite une réponse est donc la suivante : sexuellement, comment c’était ?

  5. sandrine dit :

    Malheureusement, sur ce plan, calme plat !Outre ce que vous décrivez très finement, j’ajoute que c’est un festival de vieillards.
    Heureusement, à l’écran, la baise était garantie (Shortbus, Red Road, Les Anges exterminateurs etc..).

  6. sandrine dit :

    Euh.. bon, merci à tous pour vos commentaires. J’ai fait ce blog en diagonale pendant 15 jours mais si vous avez pu partager un peu ce festival grâce à moi, j’en suis ravie !

  7. Raphaël dit :

    Critique de “The Wind that shakes the Barley” amplement partagée. Il semble décidément que le jury cannois apprécie le romantisme révolutionnaire. Je me suis senti un peu seul hier soir en quittant le cinéma. bien à vous.

  8. Pascale dit :

    Bonjour, je découvre votre blog grâce au magazine “Marianne” qui en fait l’éloge.
    Je ne suis pas d’accord avec votre vision du film de Ken Loach qui pour moi est un hymne antimilitariste qui ne prend partie pour aucun des deux camps.
    Quant à réduire Cilian Murphy à son physique, je trouve ça un peu léger car il me semble tout à fait étonnant et à sa place.

    Je vais fureter pour découvrir ce blog consacré au cinéma. C’est si rare !

  9. sandrine dit :

    Pascale,
    Bienvenue ! Vous m’apprenez quelque chose. Dans quel numéro de Marianne parle-t-on de mon blog ?
    Sinon, j’ai revu le Ken Loach depuis ce billet qui avait été écrit à chaud pendant le festival de Cannes. Et je maintiens mes positions. L’anglais est dominateur et sanguinaire, l’irlandais, pauvre mais libre. C’est donc une vision très manichéenne qui me met particulièrement mal à l’aise. Sans compter la réalisation des plus académiques.
    Hymne antimilitariste ? Au contraire. Ce que prône Loach, c’est la lutte armée, au nom des idéaux. La seule saillie, c’est les luttes intestines qui agitent l’IRA. Mais au final, Loach neutralise son propos comme ses images.

  10. Pascale dit :

    Nous n’avons pas vu le même film manifestement.

    Il ne faut pas négliger cette part de l’histoire souvent ignorée de la domination anglaise en Irlande.

    Dans le film, anglais comme irlandais sont sanguinaires et dominateurs puisqu’à la fin l’Irlande se scinde en deux clans.
    Les tortures et excécutions sommaires ont lieu des deux côtés et Ken Loach n’épargnent personne.

    Je persiste et signe : Ken Loach est pacifiste et vômit la guerre.

  11. extirp dit :

    100 % d’accord avec Sandrine pour la lourdeur du film à thèse, et la succession ininteressante des scènes à faire (le côté prof d’histoire gaucho de Loach) — c’est académique, manichéen et balourd : ah la belle métaphore des deux frères déchirés comme un pays qui se sépare (à moins que cela ne soit le contraire…) c’est Cain tuant Abel ! trop fort. Pas étonnant que le film ait été si mal accueilli en Angleterre.
    Il faudrait réévaluer effectivement l’œuvre de Loach : presque rien d’interressant depuis quinze ans (2-3 bons souvenirs comme Riff Raff ou Sweet Sixteen), et quelques pépites avant (Family life, Kes). Avec le recul, on a peut-être été intoxiqués par la doxa critique bien pensante…

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