Par Dewaere l’écran
Dans les années 80, la télévision devenait amusante. Le petit écran estival nous gratifiant abondamment de ses archives, rétrospectivement ses balbutiements nous interpellent. A la faveur de ces heures creuses de dolence cathodique, se déchire le voile par où s’engouffre une histoire. Fabrique de souvenirs, la télévision a bien une mémoire, contrairement à ce qu’affirme Godard.
Il y a près de 25 ans, le médium a commencé à se mettre en scène. Mais quand a t-il organisé ses premiers autodafés, transformé le plateau en prétoire ? Sous Giscard. Et un acteur en fit les frais : Patrick Dewaere, l’éternel mauvais fils du cinéma français.
Joies de la rediffusion, je le découvre invité au JT de 20h par un Roger Gicquel concerné. Le sanguin acteur se débat dans une bien houleuse affaire. Il a collé son poing sur la face d’un scribouillard du Journal du Dimanche, lequel a révélé son mariage secret. Décrié par une presse solidaire jusqu’à la nausée, ce geste met à mal la carrière d’un acteur qui trouve pourtant, dans cette période, ses plus beaux rôles au cinéma.
Dorénavant signalé par ses initiales (P.D, on appréciera) dans les critiques de films auxquels il prêtre sa puissance de toréador et sa fragilité de danseuse, Dewaere n’a pas d’autre choix que d’organiser sa défense.
Manifestement tendu, mais déterminé, il fait face à une France qui le juge sans aménité. La mascarade commence. En médaillon, apparaît le visage tuméfié du journaliste peu scrupuleux. Effet comique involontaire mais preuve par l’image accablante dont doit répondre son instigateur. Tout à l’euphorie de son union prochaine, Dewaere avait accordé sa confiance au gratte-papier qui n’a pas respecté sa vie privée. Alors, il a pété les plombs, est allé trouver le baveux chez lui et l’a salement amoché.
Il aurait pu être un personnage fordien, comme celui de L’Homme Tranquille interprété par John Wayne dont il a hérité incontestablement quelque chose. Un homme d’honneur qui règle ses comptes aux poings. Mais la France de Giscard tolère mal ces débordements, au même titre qu’elle n’a jamais su reconnaître le génie de Dewaere acteur. On lui reproche son jeu excessif, son hubris. Il faut le revoir dans Série Noire se taper la tête contre le capot d’une voiture, dévasté par une fatale et mutique Marie Trintignant, et apprendre que la scène n’était pas écrite ainsi à l’origine de la bouche même de Corneau…
Atypique présence condamnée dans un paysage cinématographique français qui entame sa mue vulgaire. Dewaere, l’anti conformiste, résiste à toute entreprise de formatage. Il le prouve encore sur le plateau du journal télévisé. Il a pourtant soigné sa mise : rasé de près, chemise rose impeccable sur une veste grise, le cheveu discipliné, il revient sur sa sortie de route. L’homme blessé s’explique, regrette. Pour un peu, il convaincrait le bourgeois qui n’était pas encore bohême de la légitimité de sa réaction. A-t-il conscience de l’obscénité de la situation ? L’ironie affleure sous le mea culpa qu’on lui impose. Dans le rôle du gendre parfait, Dewaere échoue… et renifle. Il renifle tant que son exercice public de tempérance tourne court. La drogue, dont on ne parle pas, s’est invitée sur le plateau télé et ponctue, invisible, cet invraisemblable réquisitoire.
Et après ? Ostracisé, l’acteur le plus doué de sa génération n’a jamais reçu de récompense pour ses prestations magistrales. Il s’est suicidé en 1982. Et depuis son bureau de l’Elysée, Giscard fit de pathétiques adieux au pouvoir…à la télévision.
Il y a près de 25 ans, le médium a commencé à se mettre en scène. Mais quand a t-il organisé ses premiers autodafés, transformé le plateau en prétoire ? Sous Giscard. Et un acteur en fit les frais : Patrick Dewaere, l’éternel mauvais fils du cinéma français.
Joies de la rediffusion, je le découvre invité au JT de 20h par un Roger Gicquel concerné. Le sanguin acteur se débat dans une bien houleuse affaire. Il a collé son poing sur la face d’un scribouillard du Journal du Dimanche, lequel a révélé son mariage secret. Décrié par une presse solidaire jusqu’à la nausée, ce geste met à mal la carrière d’un acteur qui trouve pourtant, dans cette période, ses plus beaux rôles au cinéma.
Dorénavant signalé par ses initiales (P.D, on appréciera) dans les critiques de films auxquels il prêtre sa puissance de toréador et sa fragilité de danseuse, Dewaere n’a pas d’autre choix que d’organiser sa défense.
Manifestement tendu, mais déterminé, il fait face à une France qui le juge sans aménité. La mascarade commence. En médaillon, apparaît le visage tuméfié du journaliste peu scrupuleux. Effet comique involontaire mais preuve par l’image accablante dont doit répondre son instigateur. Tout à l’euphorie de son union prochaine, Dewaere avait accordé sa confiance au gratte-papier qui n’a pas respecté sa vie privée. Alors, il a pété les plombs, est allé trouver le baveux chez lui et l’a salement amoché.
Il aurait pu être un personnage fordien, comme celui de L’Homme Tranquille interprété par John Wayne dont il a hérité incontestablement quelque chose. Un homme d’honneur qui règle ses comptes aux poings. Mais la France de Giscard tolère mal ces débordements, au même titre qu’elle n’a jamais su reconnaître le génie de Dewaere acteur. On lui reproche son jeu excessif, son hubris. Il faut le revoir dans Série Noire se taper la tête contre le capot d’une voiture, dévasté par une fatale et mutique Marie Trintignant, et apprendre que la scène n’était pas écrite ainsi à l’origine de la bouche même de Corneau…
Atypique présence condamnée dans un paysage cinématographique français qui entame sa mue vulgaire. Dewaere, l’anti conformiste, résiste à toute entreprise de formatage. Il le prouve encore sur le plateau du journal télévisé. Il a pourtant soigné sa mise : rasé de près, chemise rose impeccable sur une veste grise, le cheveu discipliné, il revient sur sa sortie de route. L’homme blessé s’explique, regrette. Pour un peu, il convaincrait le bourgeois qui n’était pas encore bohême de la légitimité de sa réaction. A-t-il conscience de l’obscénité de la situation ? L’ironie affleure sous le mea culpa qu’on lui impose. Dans le rôle du gendre parfait, Dewaere échoue… et renifle. Il renifle tant que son exercice public de tempérance tourne court. La drogue, dont on ne parle pas, s’est invitée sur le plateau télé et ponctue, invisible, cet invraisemblable réquisitoire.
Et après ? Ostracisé, l’acteur le plus doué de sa génération n’a jamais reçu de récompense pour ses prestations magistrales. Il s’est suicidé en 1982. Et depuis son bureau de l’Elysée, Giscard fit de pathétiques adieux au pouvoir…à la télévision.


Le 27/08/2006 à 20:56
Clap clap clap clap…..Great
Le 27/08/2006 à 21:47
“auxquels il prêt[R]e sa puissance …”
joli lapsus…
Le 27/08/2006 à 21:54
Ah, oui, en effet ! Et je le laisse car ce lapsus traduit bien l’orientation que je voulais donner à ce billet : où un plateau télé devient un confessionnal. Ce que l’on demande à Dewaere, c’est d’expier, ni plus ni moins, ses fautes publiquement.
Mister T.
Merci. Venant de vous, c’est d’autant plus flatteur.
Le 28/08/2006 à 00:31
Bonvour,
F’est moi le vournalifte en queftion. Ve tiens à préfiver que la famille de meufieu Deverre m’a touvours pas rembourfé les dents qu’il m’avait caffés. Ve manve de la purée tous les vours depuis vingt-finq ans. F’est un fcandale !
Poft Frcriptum (f’est pas fafile à dire) : Quant à la groffe fomme d’arvent que meufieu Deverre m’avait remis à titre d’indemnités (tiens, ve parle normalement maintenant), ve rappelle que v’ai tout donné à Fantal Goya (f’est pas très malin, ve sais).
Patrife de Nuffac
Le 28/08/2006 à 11:51
Au revoir!
Le 28/08/2006 à 11:58
Hahahaha, pauvre Patrice (il l’avait bien cherché, en même temps ! ).
Et je vois que le départ de VGE a marqué tous les esprits….
Le 28/08/2006 à 15:34
Tu fais donc partie de celles qui mettent un “h” à “ubris”.
C’est comme le verbe “assoir”, il y a les “je m’assois” et les “je m’assieds”, qu’est-ce qui amène un individu à choisir un camp plutôt que l’autre ?
Ca fait toujours du bien un Dewaere, ton billet me donne envie non seulement de revoir Série Noire (pour la drôlerie de Myriam Boyer avec 180 kilos de moins) mais aussi Le Juge Fayard et Adieu Poulet : deux bons exemples de ce qu’était le cinéma de la période Giscard, remplis d’excellents second rôles et de Citroën DS. Love.
Pourquoi d’ailleurs parle-t-on toujours de VGE lorsqu’on évoque les films français de la fin des années 1970 ?
L’expression “cinéma Giscardien” est systématiquement associée aux films “Un éléphant ça trompe…” et à Pierre Richard période sans le gros Gérard.
Il n’en est pas de même avec la France du Général, ou de Pompidou, Tonton et Chirac.
Parle-t-on de cinéma Vichyste ou Pétainiste pour les films de Clouzot tournés sous l’Occupation ? Mmh ?
Qu’a-t-il donc de spécial Valéry ? A part d’avoir laissé raccourcir Ranucci ? La particule ? Le col V vert canard avec la veste de chasse marron ? Sa femme délurée ? Ses amis joaliers de Bangui ? Pierre, son majordome ? Un instrument de musique qui déforme le dos également pratiqué par Maurice l’Ayatollah de la Musette, le Prince de Nogent, le Yakusa du Vieux-Paris ?
La question est ouverte…
Le 28/08/2006 à 20:16
> “contrairement à ce qu’affirme Godard”
Quel toupet !
Le 28/08/2006 à 22:55
Bon je vais pas me faire que des amis, mais pour moi le personnage politique qui aujourd’hui me rappelle le plus le Giscard des années 70, c’est vraiment Ségolène Royal.
Sinon sur Dewaere, rien à ajouter, le texte est parfait.
(en revanche, la mise en page laisse à nouveau à désirer)
Le 29/08/2006 à 11:00
Le personnage de Giscard était certes ridicule (il l’est d’ailleurs toujours et l’âge n’arrange pas les choses) mais il me semble que son septennat doit faire l’objet d’une réévaluation (de même que la période Barriste) Il faut quand même voir d’où l’on sortait : du Pompidolisme le plus rance…
Enfin je parle d’une periode que etc….
Le 29/08/2006 à 12:43
Concernant la mise en page, elle dépasse mes compétences car actuellement, mon hébergeur fait évoluer l’interface de ce blog. D’où la forme aléatoire que peuvent prendre les textes, des créatures protéiformes. J’aime assez, ce côté organique et le fait que certains jours, ça ne ressemble à rien. Mais il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps, hein Roger ? :-)
Carlito,
Abandonnez toute révérence, voyons. Sur la télé, Godard est largué : ” La télévision fabrique de l’oubli. Le cinéma fabrique des souvenirs.”. Tout de même !
Zanux, Tlön,
“Vous n’avez pas le monopole du coeur” avait lancé Giscard à Mitterrand lors d’un débat télévisié qui devait le mener à la Présidence. Je crois qu’effectivement les années Pompidou ont été plus “rances” encore pour reprendre le terme de l’ami Tlön (cf Les Valseuses de Blier, film emblématique s’il en est de la période Pompidou).
Sous le septennat de VGE, il y a certes eu des avancées manifestes, notamment sur la question de l’avortement. Mais le chômage a décollé à cette période (suite aux chocs pétroliers). Forcément, le cinéma de l’époque s’est emparé de figures de marginaux. Déclin moral et économique d’un pays, après les Trente Glorieuses. On commençait à boire la lie amère des désillusions politiques. Pourquoi ces années ont marqué ? Sans doute parce que le mandat de VGE s’est achevé par de nombreux scandales financiers.
Le 29/08/2006 à 13:07
> “Carlito, Abandonnez toute révérence, voyons.”
Je feignais de m’offusquer. Il est toujours habile de se poser en contradicteur.
Le 29/08/2006 à 13:33
Question style, moi Pompidou j’adore : son côté bon vivant, toujours la clope au bec, l’amour des bagnoles et de la vitesse… Et c’est quand même le grand personnage politique des années soixante. Bon, une fois malade et bourré de corticoïdes, c’était plus ça. Quant au cinéma pompidolien, ça renvoie surtout aux films de Sautet qui n’ont pas si mal vieilli…
Giscard, lui c’est une nouvelle forme de politique, plus moderne certes, inspirée des démocrates américains, mais qui m’a toujours semblé un peu creuse, trop centrée sur l’image et les sondages (d’où mon rapprochement avec Ségolène Royal, ce mélange de vieille France et de renouveau…). On le ressent bien dans le film de Depardon sur sa campagne de 1974. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si Giscard l’a interdit pendant 30 ans…
Le 29/08/2006 à 15:37
Je ne vois pas en quoi le fait que la télévision ouvre ses archives conteste la proposition de Godard sur la télévision qui fabrique de l’oubli.Il ne voulait pas du tout dire par là que la télévison n’a pas d’archives.On peut oublier toute “révérence” mais quand même Godard est un penseur un peu plus sérieux que ça.
Le 29/08/2006 à 19:07
Interressant :)
Le 29/08/2006 à 20:12
Je t’ai toujours connu écorché vif, grand brûlé. Pendant le tournage en province des Valseuses, nous dormions dans le même hôtel. Un soir, j’étais péniblement en train d’essayer de trouver le sommeil en me tirant l’élastique quand j’entends soudain des gémissements, des plaintes. Je n’arrivais pas à déterminer d’où cela venait. Cela n’arrêtait pas, les grandes eaux. Puis, d’un seul coup, la porte de ma chambre a littéralement explosé. Je te revois devant moi, complètement allumé, exalté et les yeux ronds. Là, tu bredouilles une pâle excuse :
- Je croyais qu’elle était avec toi.
- Mais qui ?
- Miou… Miou-Miou. Je pensais qu’elle faisait l’amour avec toi.
Tu hurlais tout le temps sur un ton aigu et parodique : “Un jour, je me ferai plomber, c’est pas possible !” ou encore : “On ne pas se laisser faire, dis, on ne va pas les laisser nous enculer”.
Le 29/08/2006 à 20:25
Ah ! ces personnages anti-conformistes, qui n’ont pas peur d’en mettre de partout, qui vivent en écorchés vifs et ne se préoccupent que de vivre sensationnellement… ce sont eux qui font bouger les lignes de la société, qui remettent en question les normes admises, qui provoquent du changement, des interrogations…
Il ne s’est pas vendu le Patrick, il est resté ce qu’il était, jusqu’au bout et notre mémoire retient l’un des plus exceptionnels acteurs de sa génération (avec Gérard, bien sûr).
Le 30/08/2006 à 00:08
je retiens aussi de ce billet (par ailleurs excellent….) qu’aujourd’hui comme il y a 30 ans faire confiance à un journaliste relève de l’exploit…
je parle d’expérience…
Le 30/08/2006 à 01:06
Orphée,
Royal est une Christine Boutin déguisée, et je ne vois pas la moindre expression d’un renouveau dans ses propos ou dans ses actions, elle qui se targue d’avoir légiféré sur le port du string à l’école ou la pédophilie. Elle incarne, au contraire, une France traditionnaliste. Perso, elle me fiche les jetons la rombière. De la même manière, Pompidou m’a toujours glacée, sous la bonhommie de bon aloi qu’il a pu afficher.
Carlito,
Habile. En effet, vous vous posez là !
Nicolas,
Abandonnez toute révérence, voyons… Euh, pardon. On s’est sans doute mal compris. Ce n’est pas tant l’acte d’exhumer l’archive télévisuelle qui remet en question les propos de Godard que ce que cette archive véhicule : une mémoire. 5mn de journal télévisé et c’est la France de VGE qui se matérialisait. Godard dénie au medium son potentiel mémoriel, au motif qu’il se caractérise par le flux, quand le cinéma s’inscrit dans la permanence. Godard est un penseur de cinéma et ses magistrales Histoires du Cinéma ne vous contredisent pas, au contraire. Mais sur la télé comme sur le cinéma américain contemporain, il est largué.
Casaploum (et Gégé),
Vous qui l’appelez par son petit nom, pouvez-vous dire à Gérard Depardieu que je trouve son dialogue irrésistible d’intelligence. A tel point (l’anecdote est criante de vérité et Miou Miou vécut bien une histoire d’amour passionnelle avec Dewaere) que je me demande s’il n’est pas extrait d’une quelconque biographie… J’aimerais bien qu’on éclaire ma lanterne (magique).
Frédéric,
Tes frasques mondaines ont (encore) fait les gros titres de la presse people cette semaine pour que tu soies remonté comme cela contre les journalistes ? Surveille ta boîte mail, par ailleurs, une proposition incongrue t’y attend prochainement.
Le 30/08/2006 à 01:09
j’ai des preuves ! et je surveille ma boite…
Le 30/08/2006 à 01:11
Je t’envoie ça tout de suite alors…
Le 30/08/2006 à 01:42
> “Mais sur le cinéma américain contemporain, il est largué.”
Qu’en dit-il ?
Au reste, qu’avez-vous pensé des dernières livraisons de Shyamamann?
Le 30/08/2006 à 08:42
Ah zut, Sandrine, j’avais oublié de mettre des guillemets à renouveau. Du coup, vous l’avez pris au pied de la lettre. Bien sûr qu’il n’y a rien de neuf chez Ségolène Royal.
Pour Pompidou, trop long à expliquer et plutôt compliqué (c’est le nœud gordien, ah ah aha…). Disons que cela renvoie à des souvenirs de famille (via sa femme Claude) sur le Pompidou privé. Pas du tout l’image glacée que vous en avez. Et puis comme disait Betty Boop : Pom Pompidou !
Le 30/08/2006 à 10:44
Ma louloutte,
L’anecdote que tu as lu hier soir vient d’un recueil que j’ai écrit il y a plus de 18 ans : “Lettres volées”. Vingt-cinq textes à l’attention de Truffaut, Deneuve, Adjani, Pialat, l’argent, Barbara, la maladie, Blier…
Tu pourras peut-être trouver cela en livre de poche.
Je t’embrasse.
Le 30/08/2006 à 12:00
Carlito,
Godard juge sévérement le cinéma américain tant au plan artistique (il en déplore la vulgarité) qu’au plan de sa sur-présence dans le circuit, lui qui ne cesse de rappeler la petite économie dans laquelle s’inscrivent ses films. Du ressassement caractérisé.
Quant au dernier film de M. Nuit ShyamaLalanne, il s’est transformé sous mes yeux en une comédie involontaire. Acteur, Chiamalalanne est aussi expressif qu’un cassoulet. Réalisateur, il ne croit pas en l’intelligence du spectateur qui n’a, à aucun moment sa place là-dedans. C’est un conte et pourtant, le spectateur se voit privé de son imaginaire.
Orphée,
Consentirez-vous à me dire un jour qui vous êtes ? Vous pouvez passer aux aveux, mon adresse mail est disponible. Mais sur Pompidou, à part le Centre du même nom, nos avis divergent.
Gégé,
Je vais acheter ton livre. Sinon, t’as vu, je t’ai cosnacré un portrait à toi aussi, dans des temps plus reculés. Tu disais que tu étais un acteur en train de disparaître et je m’en étais émue. Je t’embrasse.
PS : Guillaume est au commissariat du 20è.
Le 30/08/2006 à 12:28
Chère Sandrine, j’espère ne pas être lourd (ce n’est pas du tout mon intention), mai je ne vois pas clairement en quoi consiste l’opposition du flux et de la permanence.Par flux vous voulez dire : quantité trop importante pour être mémorisé?Et permanence du cinéma ?Le fait qu’on peut revoir les films?Quand Godard parle de la “permanence” du cinéma il parle je crois me souvenir d’Hitchcock et du milliard de spectateurs qui se souviendra de je ne sais plus quel détail (désolé, le briquet ou la bouteille de vin j’ai oublié).Oui ce milliard est certes très éxagéré.La permanence est-elle due à la memoire ou à la simple conservation des oeuvres?
Pour la télévision je me permets de dire ce que je pense : c’est en grande partie un médium fait par des névrosés pour des névrosés.On y voit des gens comme Beigbedder (je ne suis pas sur de l’orthographe c’est bon signe je pense) qui est pour moi une personne que seuls des ignorants profonds peuvent admirer (c’est comme Houellebecq ces gens se croient profonds dans la critique sociale, mais une phrase d’un livre de critique sociale de Foucault ou d’Adorno les renvoient à leur inexistence);la téléa me donne l’impression que le monde est un asile quand je la regarde ; et je n’en peux plus d’entendre glorifier les séries téle quis ont certes sympathiques mais il n’y a pas dans ces séries un plan qui sente un peu le vécu profond nécessaire à faire la moindre oeuvre, alors si on commence à se contenter de ça..c’est fait pour se reposer après la journée de travail, sans mépris aucun c’est la cocaÏne du prolétaire. Pourquoi vouloir défendre la télé à tout prix? En plus à la télé on ne donne la parole qu’aux gens qui n’ont rien à dire.Exemple : la grande période Fabrice Luchini;il lisait du Nietzsche devant 500 personnes admiratives et il n’y comprenait rien du tout.Je plains le pauvre Nietzsche et le pauvre Céline.Et l’émission littéraire du dimanche matin sur arte là ca dépasse mon seuil de tolérance.
Godard est largué sur la télé, alors honneur à lui. Il y a quand même dans ses films un désir d’absolu qui tourne très mal (Pierrot bien sûr) mais comme il li disait “le cinéma est là pour nous rappeler qu’il faut tenter de vivre”.On peut avoir la conscience vigilante devant la télé et gacher son intelligence à l’analyser (ce genre de processus est sans fin, on peut tout déconstruire dans cette société c ‘est inutile, le pourrisement est infini).Mais la vraie mémoire dont parlait Godard c’est celle là : “il faut tenter de vivre”.Jamais la télé ne nous le dira.
Le 30/08/2006 à 12:31
Ton texte m’a ému. Je le découvre à l’instant. Je devais être en tournage à l’époque où tu l’as publié. Je suis toujours en tournage, tu me diras. J’y serais moins souvent s’il y avait de meilleurs metteurs en scène, hein ?
Quant à Guillaume, j’essaie de l’aimer, mais tu sais ma maladresse : j’étouffe un peu les gens ; c’est mes épaules qui me gênent, et ma cage thoracique aussi. Et puis je communique mieux dans la douleur.
Le 30/08/2006 à 13:20
Je reviens à la charge, pas sur Pompidou, je sais que je ne convaincrai personne, mais sur la chouchou des socialo. Oui, S.R. c’est vraiment du vent. Dans “Charlie Hebdo” de la semaine dernière, il y avait un très bon dessin de Schvartz où l’on voyait le couple Hollande découvrant à leur retour de vacances leur appartement cambriolé. La chambre est sens dessus dessous. Et François de dire à Ségolène : “ls devaient chercher ton programme !”.
Autant dire qu’ils ne l’avaient pas trouvé, ou alors, juste un bout de papier caché sous une petite culotte.
Pour le coup, je nuance mon propos sur Giscard. Lui aussi était très sensible au discours des sondages, mais sa façon de vouloir se rapprocher des Français était si maladroite qu’il en était presque touchant. Ses adieux à la télé, c’était à la fois ridicule et très émouvant.
Sinon pour les aveux, j’hésite encore…
Le 30/08/2006 à 15:46
Nicolas,
Rassurez-vous, vous n’êtes pas du tout “lourd” et j’aime qu’on batte en brèche mes arguments. Mais je n’entretiens pas le même rapport à la télé que vous. Si vous fréquentez ce blog depuis peu, les archives (!) vous renseigneront sur ma prédilection pour les séries, mon goût pour les talk-show et la télé réalité. Pour moi, il n’est pas antinomique d’aimer ce medium et le cinéma. Sans niveler les choses par le bas ou les mettre sur le même plan, l’hybridation des différents supports m’a toujours passionnée. Certes, et vous le rappelez, la tendance veut que l’on déconstruise tout. C’est un travers que vous avez raison de souligner et dans lequel je tombe moi-même assez souvent.
Je dis que j’aime la télé et en même temps, je la regarde peu ! Je vous rejoins sur la mascarade que vosu conspuez mais elle me fascine à dire vrai. “Il faut tenter de vivre” assurément (cette phrase va déclencher un billet prochain - vous m’inspirez) mais en quoi la télé ne serait pas riche de cet enseignement, ne le permettrait pas ?
Gégé,
Ah, quelle magnifique pique : “Je suis toujours en tournage, tu me diras. J’y serais moins souvent s’il y avait de meilleurs metteurs en scène, hein ?”. Quelle lucidité sur ton métier d’acteur et le cinéma français ! Viens là mon poto que je serre tes grosses pognes.
Orphée,
Emouvants ces adieux ? Juste ridicules. Quel est votre pré-supposé ? Il se lève car il va fondre en larmes ou les diamants de Bocassa sur lesquels il est assis lui font mal au séant ? Sinon, je vous propose un marché. Si vous me révélez votre identité (que je tairai), j’apparais en photo sur ce blog.
(Qui a dit dans le plus simple appareil ? Ca ne va pas non ?) De toute façon, je ne vais plus avoir le choix car ce qui était une blague s’est retournée contre moi. Un lecteur zélé m’a envoyé une traduction parfaite de mon interview en allemand, pour laquelle je promettais, jeu concours de l’été, une photo dédicacée….
Le 30/08/2006 à 17:25
> “C’est un conte et pourtant, le spectateur se voit privé de son imaginaire.”
Bien dit Sandrine. Shyamalan livre son cinéma en pâture, ne reste plus que la formule, la “petite cuisine”. Au reste, la part “involontaire” de la dite comédie est à relativiser. On est proche de la parodie à compte d’auteur. Toujours est-il qu’en ne gardant que la note d’intention, il se fourvoie, quand ses précédents films consistaient en la critique de leur propre système.
“ShyamaLalanne”, un partout pour la formule, mais c’est être passé à côté de “ShyamaMann” : quid de Miami Vice ?
Le 30/08/2006 à 18:50
“Il se lève car il va fondre en larmes ou les diamants de Bocassa sur lesquels il est assis lui font mal au séant ?”
En matière de scandale son succcesseur l’a largement surpassée…mis il est vrai que Giscard n’a pas l’épaisseur romanesque de Mitterrand ou pour dire les choses autrement qu’il est moins Barrésien bref qu’il beaucoup moins à droite que Mitterrand…
Le “Je crois dans les forces de l’esprit” tout de même plus de gueule que la ridicule chaise vide giscardienne ou pour prolonger la metaphore du grand sinistre (avec laquelle on n’est pas obligé d’être d’accord, on peut la considérer comme dépassée, la tévé commençant à construire ses propres mythes qui ne sont plus , Nicolas, fondés sur le plan ) d’un coté le cinéma de l’autre la télévision.
Ps : Force est d’ailleurs de constater que la tévé n’a pas encore reussi à créer un corps comme celui de P.D (encore qu’avec cet acteur anglais, se reporter à imdb, dans la série Docteur House ilse passe quelque chose…A suivre donc)
Le 30/08/2006 à 20:31
Vous n’êtes qu’une sans-cœur Sandrine. Non, je plaisante. En fait cette scène, il faudrait la revoir, peut-être au ralenti, mais je pense qu’il se passe là quelque chose. Tout a été parfaitement mis en scène, comme toujours avec Giscard. Pourtant quand il dit “au revoir” (vous remarquerez qu’il ne dit pas “adieu” et qu’il compte peut-être revenir, le bougre), se lève et se dirige vers la porte du fond, on est dans le pur mélo, mélo grandiloquent certes, à la Gance, mais mélo quand même, et auquel, en tant qu’amateur, je ne suis pas insensible (c’est mon petit côté Margot). Dommage que le plan ne se termine pas sur un fondu au noir…
Sinon il faudra trouver autre chose pour que je dévoile mon identité, parce que votre photo je l’ai déjà (bon elle n’est pas très net, Moland était encore dans le flou artistique à cette époque, mais elle reste suffisamment parlante, si vous voyez ce que je veux dire).
Le 30/08/2006 à 23:32
Bon, alors tout a un peu été dit, mais j’ai envie d’apporter mon petit caillou à cet édifice…
“pourquoi les années giscardiennes restent-elles dans les esprits ?”
Mis à part les raisons sociales et économiques que vous évoquez, peut-être faudrait-il rajouter que c’est le dernier président de droite. Et justement dans une période où le contrecoup de 68 commence à se faire sentir, où ses acteurs entrent vraiment en politique (tant dans la vie culturelle et artistique que dans le monde purement politique) Cette france giscardienne que 81 vient balayer, par ce qu’elle est justement le symbole de toutes ces années sans la gauche, et bien, on s’en souvient.
mais alors oui… au revoir…
Le 31/08/2006 à 00:13
La phrase de Godard date de l’époque de “Pierrot le fou” et elle m’a toujours fasciné.C’est du personnage de Pierrot qu’il s’agit bien sûr, lui qui “tente de vivre”dans l’absolu ce qui le conduit à la mort.Le passage où Marianne dit à la caméra “moi ce que je veux c’est vivre mais ça il le comprendra jamais” a été interprété comme “un plaidoyer contre l’inertie masculine”.Je ne suis absolument pas anti-féministe mais ce passage est je pense absolument critique vis-à-vis de Marianne.Comment Pierrot tente-t-il de vivre?Par l’amour, l’aventure, la pensée, les livres et surtout son carnet.L’aventure est pour Pierrot cette forme de vie dans laquelle on ne veut rien remettre de l’existence à plus tard, comme dans la fête, où l’on veut éprouver la vie comme fait énergetique , se sentir le plus vivant possible.Pierrot veut se sentir vivant par tous ces moyens, et non par le sexe ou la musique que veut écouter Marianne.C’est pour cela que Pierrot tient des carnets, pour retranscrire cette vie intensément vécue le plus “immédiatement possible”.Et plus il lit et écrit plus le soleil envahit l’écran jusqu’à l’inonder au final. Cette quête romantique , c’est cela “tenter de vivre” et ceux qui parlent du féminisme de Godard m’intriguent (pour cette période tout du moins).
Donc voila, ce film sur un homme “fou”, je n’ai rien vu à la télé qui s’en approche même de loin et qui nous rappelle qu’il ne faut jamais cesser de chercher “la vraie vie” (désolé je ne veux pas ête lyrique mais c’est bien un des aspects du film).Dans un entretien de 93 Godard montre bien comment la télé ne peut être nécessaire que dans une société devenue une prison.”Le cinéma c’est fait pour respirer” disait -il aussi.Alors je termine par une dernière “question -citation” : pourquoi défendre la télé alors que “ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être adapté à une société malade”?
p.s : vous devez vous dire qu’à la télé aussi on pourrait faire “pierrot le fou” ou autre mais la fonction sociale de base de la télé - faire légumer quelqu’un épuisé par sa journée de travail - l’empêche totalement je pense.Je n’ai vu que “twin peaks ” et “tous les garçons et les filles de leur âge” de vraiment marquant.
Sinon j’aime beaucoup votre site.Cordialement. ( et je précise je ne vénère pas Godard absolument).
Le 31/08/2006 à 00:22
Orphée, vous êtes un lecteur de longue date ? De quelle photo parlez-vous donc ? Et puis d’abord, qui êtes-vous à la fin, bordel ?!
Le 31/08/2006 à 00:52
Dites donc Moland, z’êtes pas resté zen longtemps. Les bienfaits de votre séjour au Laos auraient-ils déjà disparu?
Le 31/08/2006 à 01:09
Suis pas allé au Laos cette fois-ci, bordel, mais en Thaïlande et au Cambodge, et puis, difficile de rester zen à Paris… Et puis, répondez à la question, foutre Dieu !
Le 31/08/2006 à 01:13
Bon, je ne vais pas particulièrement briller avec mon comm à deux balles, mais c’est la nuit et j’ai juste envie de dire…Brillant…
Le 31/08/2006 à 18:32
Moland, detends toi ou on t’envoie le père fouettard qui va te redonner des leçons de photographie (en fait non, se disait-il, parce que c’était impossible, tout simplement impossible de s’abaisser à ce niveau-là, à ce niveau rance-là, à cette abjection qui souille tout)
Le 31/08/2006 à 23:10
je suis détendu, bordel ! Et puis de quel père fouettard parles-tu, cher Slot ? J’ai bien ma petite idée là-dessus…
Le 1/09/2006 à 00:08
Bon alors, ça y est, tout le monde a vu “Flandres”. On va pouvoir s’étriper…
Le 1/09/2006 à 01:33
Sur Shyamalan (chien - joyeusement - malade) : “Réalisateur, il ne croit pas en l’intelligence du spectateur qui n’a, à aucun moment sa place là-dedans. C’est un conte et pourtant, le spectateur se voit privé de son imaginaire”. Au contraire : si “La jeune fille de l’eau” prend, à proprement parler, la place du spectateur, c’est pour mieux dialoguer avec lui. S’il montre quelque chose, c’est que l’on a beau déconstruire une histoire, elle n’entame pas, au fond (si tout est question de forme), la croyance que l’on peut avoir en elle. C’est ce qu’il ya de très beau dans le film : même une fois les rouages dénudés, ça continue de fonctionner. Le génie de Shy, en d’autres termes, c’est de montrer les rouages de la fiction tout en continuant de les faire fonctionner, de fondre dans un même mouvement théorie et pratique. Il arrive à point nommé pour nous demander : “comment ça va avec les histoires ? “
Le 1/09/2006 à 01:55
Il n’y a aucune raison que nous nous étripions, nous sommes entre gens de bonne compagnie et de goût non ?
“Flandres”, enfin, c’est du cinéma, et c’est suffisamment rare pour le souligner (et l’apprécier)
Le 1/09/2006 à 02:42
Nicolas,
Usons d’un raccourci : la télé entretient une relation par où le dehors n’existe pas, redoublant l’espace de réception dans lequel s’inscrit le spectateur (un espace domestique), quand le cinéma, traduit l’ouverture. On peut, se fondant sur cet axiome, préférer le cinéma à la télévision. Je dis bien “préférer” car ce qui me pose problème ici c’est cette ‘opposition systématique des deux médium qui me paraît caduque. Comme le dit Tlön très bien, la télé invente en ce moment sa propre mythologie, à travers ses séries et autres objets hybrides.
Orfeo Negro et Moland,
J’ai un penchant pour le mystère finalement…
Slothorp,
Qui êtes-vous ?
SoE,
Brillant ? La nuit ? Ce commentaire vous ressemble. Merci de l’avoir déposé.
So Sweet,
Des gens de bonne compagnie ?! Faîtes néanmoins attention en repartant d’ici, c’est une maison de fous !
Sébastien,
Déjà te renvoyer au dernier commentaire de Slothorp chez JS que j’approuve de manière inconditionnelle. Y rajouter ceci. Dans son billet, JS souligne les prouesses supposées d’un montage qui diffère et magnifie le recours au champ/contrechamp.
Moi deux choses m’embêtent là-dedans. La 1ère, c’est que ce procédé n’en est qu’un. JS dit qu’entre le champ et le contrechamp, il y a la rencontre. Mais il y a aussi et surtout le spectateur que Shyamalan ne prend pas en compte dans son dispositif forclos, lui déniant toute liberté d’évoluer dans cet “univers”. Ce qui m’amène au second problème :
l’absence de hors champ, autrement dit, ce qui a trait à l’imaginaire du spectateur que l’on prend par la main en permanence. Tout se donne, prémâché. Tout est visible, en effet. Mais il n’y a pas lieu de s’extasier sur les coutures d’une mise en scène qui s’exhibe, faut de savoir distiller le secret.
C’est quoi un raconteur d’histoires ? Je vais radoter en repenant une citation de Auster : “les histoires na’rrivent qu’à ceux qui savent les raconter”. Ici, rien n’arrive. Tout est déjà raconté.
Le 1/09/2006 à 11:03
Pas encore vu Flandres ! J’y vais ce week end…
Le 1/09/2006 à 16:42
I’ll go too. Mais pas du tout les same dispositions que Mister T vis-à-vis de Dumont. Very bad vibes pour « La Vie de Jésus », rien vu depuis.
Et un petit coup d’épée… in the water : Le Shyamalan est indeed un très beau film, hypothèse : son meilleur avec « Signs ».
I won’t argue illico, pas l’temps, mais le billet del señor JS sur son site est une réussite.
Va falloir qu’on s’explique (clear enough qu’entre amateurs et détestateurs, pas vu le même film). Entre ça et « Flandres », de la baston dans l’air, yep yep.
Bonus rien à voir : brillant necro paper de Garnier sur Glenn Ford in Libé.
‘Day.
Le 8/02/2007 à 18:05
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