Patti Smith intime
Comment se soulager dans la promiscuité d’un petit avion en plein vol ? A cette question épineuse, Patti Smith a la réponse : uriner dans une bouteille, en conversant l’air de rien avec son entourage. Voici l’une des confessions qu’elle adresse à la caméra de Steven Sebring, à l’origine du portrait Patti Smith : Dream of life. Depuis dix ans, Sebring filme la chanteuse, poétesse, peintre et compositrice, la plus rebelle de sa génération. C’est dire si l’on attendait beaucoup de ce film, qu’on imaginait en forme de bloc arraché à la vie d’une icône fascinante. Mais Sebring est un ami intime de la chanteuse et cette proximité-là, paradoxalement, se révèle moins féconde qu’on ne l’escomptait. A être trop familier avec son sujet, Sebring glisse insidieusement vers l’hommage idolâtre. Du moins, il livre un portrait où l’étroite collaboration entre les deux artistes révèle ses limites. Patti Smith assure la voix off du film. Elle commente les fragments d’une vie en images. Dream of life, titre de son album sorti en 1988, est aussi un film qui se rêve comme une création. Certaines séquences prennent des allures de clip classieux, que surligne le parti pris d’un noir et blanc très contrasté. Moments suspendus, hypnotiques où la voix rauque et électrisante de Patti Smith Smith accompagne la lecture de ses poèmes. Mais ce n’est pas tant Sebring qui met la chanteuse en scène qu’elle-même, jusque dans des beaux plans de déambulations urbaines. Frustration de fan : on regrette la parcimonieuse utilisation des live qui ont fait la réputation de la chanteuse. Absents ses trépignements, sa rage, la transe dans laquelle l’embarque ses propres paroles et qui lui ont valu un accident (elle est tombée sur scène) qui l’a immobilisée de longs mois. Rien sur la drogue, son passage à vide artistique non plus. Mais la renaissance, grâce à Springsteen qui lui a composé Because the night (album Easter), contraste avec les disparus qui hantent la bande. Ce sont les proches de Patti Smith, morts prématurément comme son mari Fred Smith, l’ancien guitariste des MC5 ou encore Ginsberg et Burroughs avec lesquels elle traînait dans l’East Village dans les années 70. De cette période, Patti Smith dit qu’elle était la plus heureuse de son existence car “tous ceux qu’elle aimait étaient en vie”. On la voit encore fleurir les tombes de William Blake et d’Arthur Rimbaud, ses maîtres. On la retrouve dans une chambre d’hôtel, entourée des objets qui parlent d’elle : sa guitare qu’a grattée Dylan (autre référence majeure) et avec lequel elle a joué, une robe d’enfant, des photos. On la voit peindre, doigts caressant la toile. On la découvre aussi en mère de famille. Par la grâce d’un film tourné sur une décennie, ses deux enfants se transforment en jeunes gens. Avec le temps justement, Patti Smith n’a rien perdu de son militantisme, comme en témoignent les archives où elle conspue la politique de Bush en Irak. Son album Trampin’ (sorti en 2004) prolonge cet engagement pacifiste. Ensemble composite, Patti Smith : A Dream of life tient le pari de révéler une artiste dans son intimité mais à sa manière impressionniste, il approche son sujet sans vraiment oser s’attaquer à sa face obscure.
La Fondation Cartier présente une importante exposition personnelle de Patti Smith du 28 mars au 22 juin 2008. Elle réunit des oeuvres réalisées entre 1967 et 2007. La voix de l’artiste accompagne l’ensemble des installations créées spécialement pour l’évenement, en plus des dessins, photos et films d’elle. Une carte blanche lui est donnée pour la programmation des soirées Nomades durant lesquelles elle chante seule ou accompagnée de son groupe. Elle lira aussi sa poésie. (Sources fondation Cartier)


Le 14/03/2008 à 18:55
Et rien sur sa relation amoureusiconique avec Mapplethorpe ? Indépendamment de ça, j’ai l’impression qu’au bout d’un moment on en vient toujours à être déçu sur ces films qui ne percent jamais la surface de l’icone (cf l’ennui que je ressens devant le trop chic I’m not there). Je crois qu’il n’y a que quand Garrel parle de Nico que ça m’intéresse, aussi parce qu’il n’a pas peur de ramener ses turpitudes amoureuses à des dimensions quotidiennes. Et pour autant, ça reste toujours aussi lyrique.
Le 14/03/2008 à 19:00
Pour combler l’oubli (potentiel), ce lien:
http://boudoirderos.canalblog.com/archives/2008/01/13/7552967.html
Le 17/03/2008 à 15:14
Joachim,
Suis d’accord avec toi pour Garrel et Nico.
La relation Smith/Mapplethorpe est évoquée mais de manière peu approfondie. Il apparaît comme un jalon à toute l’oeuvre artistique de Smith. Mais on ne rentre pas dans l’intimité de cette relation-là. Est-ce parce qu’il est douloureux de parler de lui ? De la même manière, Smith ne s’épanche pas sur Fred Smith, son époux. La chanteuse était très liée à un autre homosexuel : Burroughs. Elle l’aimait d’amour, comme Mapplethorpe…
En tout cas, j’ai hâte d’assister aux concerts/lectures organisées par la Fondation Cartier. Je suis à peu près certaine que le documentaire de Sebring sera visible à cette occasion.
Le 25/03/2008 à 15:38
Pour info : le doc de Sebring passe sur Arte ce soir…
Thierry
Le 25/03/2008 à 18:29
Rien ne vous échappe, Thierry. J’allais l’annoncer. Vous m’avez précédée. La chanteuse fait aussi la couv de Libé aujourd’hui.
Le 12/04/2008 à 18:27
<IMG src=”http://www.postmodern.com/~fi/pattipics/images/annie2.jpg”
Le 13/04/2008 à 03:43
Wouééééé, Marie, ma cousine ! Merci pour la photo. On se voit chez Tata dimanche ?
Bises.