Petite mort
L’actrice se cambre. Une lourde chevelure lui tombe sur le visage, ondule au rythme languide et saccadé que lui imprime le coït.
La chevelure de jais se substitue au pubis, accentue la blancheur laiteuse du seul postérieur offert à la jouissance du regard. Mais le visage se dérobe. Frustration de l’oeil. La cérémonie des corps est incomplète.
Et puis le geste secret advient enfin, qui échappe à toute sophistication. Un geste qui me hante depuis : la main s’évanouit dans les cheveux et dans un mouvement sec, se dégage. La nuit fond sur le visage de l’actrice.
A ce moment précis, quelque chose éclate en moi. Une sidération, un effroi. Je reconnais Karen Bach. De l’ombre à la lumière, son visage comme une allégorie. Vie et mort de l’image. Cette révélation, au sens primitif du terme, m’a amenée à vivre une expérience spectatorielle aussi saisissante qu’effrayante :
Ce soir là, sur le câble, j’ai regardé une morte jouir.
Est-ce cela la pornographie ?




Le 12/02/2005 à 21:20
Très belle évocation, vraiment.
Oui, je crois que c’est cela la pornographie : des jouissances mortes parce que passées, ou menties, ou même regrettées, et pourtant toujours accessibles, d’une simple demande, au spectateur.
Le 12/02/2005 à 23:12
Oui, mais quand tu regardes les frères Marx faire les cons dans un grand magasin, tu vois autant de morts faire les cons.
Le 13/02/2005 à 23:26
Non, c’est seulement du cinéma dans toutes ses dimensions. Maintenant je demande à voir la séquence… Nous verrons !
Le 14/02/2005 à 11:18
Je vous rejoins : l’image est un phénomène mort né, un espace infesté par les fantômes. Néanmoins, la séquence était saisissante en raison de :
- la proximité du suicide de l’actrice
- le dévoilement inattendu de son identité. D’entre les morts, son visage sorti de l’ombre.. Un choc !
- Eros et Thanatos réuni dans ce coït troublant
- la latence, le désir, l’angoisse….
Le 15/02/2005 à 20:23
L’agonie, “ce n’est nullement une joie érotique, c’est beaucoup plus. Mais sans issue. Ce n’est pas non plus masochiste, et profondément, cette exaltation est plus grande que l’imagination ne peut la représenter, elle dépasse tout. Mais c’est la solitude et l’absence de sens qui la fondent.”
Le 15/02/2005 à 21:02
“Présence des morts”