Printemps, Eté, Automne, Hiver… et Printemps !

Un lac perdu dans une vallée reculée. Un temple se dresse à la surface des eaux étales. Dans ce lieu exempt de toute faute vivent, en ascètes, un moine et son jeune disciple. Les saisons s’écoulent. Elles épousent symboliquement les différentes étapes de la vie des deux héros.

Le printemps correspond à la prime jeunesse, à l’initiation au bien et au mal, au façonnement d’une conscience pure, éloignée de toute turpitude. L’observation attentive de la nature et de ses phénomènes éveille le garçonnet aux valeurs morales, lui ouvre les portes de la connaissance. Le franchissement de la porte, rituel qui prend place dès le premier plan, figure ce passage. Les lourds battants stylisés s’ouvrent, le regard s’engouffre par cette béance. Le spectateur accède à la fiction comme le disciple à la connaissance.

Le film est travaillé en creux par le temps. Les saisons, signalées par de sobres cartons, se succèdent. Un cycle éternel s’enclenche : début, fin et renouveau.

Après la radicalité de L’Ile, Kim Ki Duk, qui compte parmi les cinéastes coréens les plus réputés de sa génération (en cinq ans d’une carrière fulgurante !), s’attache à une chronique minimaliste, délicate et sensuelle.
Avec finesse et humour, le réalisateur se fait l’écho du bruissement continu de la vie et de la mort. Des rituels immuables rythment la simple existence menée par le Maître et l’élève, dont la quiétude n’est pas troublée par les turbulences du monde extérieur. C’est précisément l’intrusion d’un élément étranger qui va altérer cet équilibre. Une jeune fille de la ville vient soigner son âme malade.

L’été attise les passions, exacerbe les sens. Le jeune moine bouillonne de désir. Kim Ki Duk réalise des séquences d’une sensualité à couper le souffle. Le poisson donné en guise d’offrande scelle l’union charnelle des jeunes gens. L’automne, en revanche, stigmatise la perte de l’être aimé. La prophétie du Maître, qui prône l’ataraxie, s’accomplit : la passion engendre la folie meurtrière. Le vieux moine apaise l’âme d’un assassin, grâce à un sutra gravé sur le sol.

Saison des désillusions et du désenchantement, l’automne préfigure l’hiver chargé d’une aura mortifère. Ce segment hivernal, sans conteste le plus beau du film, voit l’implication personnelle du réalisateur. Il incarne le moine, devenu adulte, qui succède au Maître défunt. Tout en intériorité, visuellement magnifiques, ces séquences contemplatives sont tournées vers la maîtrise du corps et de l’esprit, condition sine qua non pour atteindre à la catharsis. La venue d’une femme voilée, accompagnée de son nourrisson, amorce un nouveau cycle. L’enfant est confié aux bons soins du jeune moine. La boucle est bouclée.

Kim Ki Duk, venu des arts plastiques, compose des cadres d’une grande picturalité, assisté par son directeur de la photographie, le talentueux Baek Dong-Hyun. Cette recherche esthétique ne nuit en rien à la portée de son message universel. Film étonnant, aux antipodes des œuvres antérieures parfois extrêmes, Printemps (..) reprend néanmoins des motifs chers à Kim Ki Duk : la femme, comme principe de vie et de mort, le débordement des passions, la corruption de l’âme. L’arrivée sur nos écrans des précédents films de Kim Ki Duk permettra de prendre pleinement la mesure d’une œuvre résolument tournée vers l’humain.

Sandrine Marques

Critique en ligne sur plume-noire.com

8 réponses pour “Printemps, Eté, Automne, Hiver… et Printemps !”

  1. tlon dit :

    on va aller voir ça

  2. skoteinos dit :

    Visité ce site… Je relève par hasard le chapo de la critique de «La Passion du Christ» par ton confrère F. Thom.
    J’ai l’impression qu’il a lu mon blog avant de rédiger ça :

    « La liberté d’expression d’un auteur est le fondement même de l’art et, quelle que soit l’orientation religieuse de Mel Gibson ou la qualité de son film, il ne méritait certainement pas d’être la cible de cette croisade bigote lancée avant même la vision définitive de son œuvre. Un lynchage médiatico-religieux d’autant plus honteux que son film n’est pas plus anti-sémite qu’il n’est anti-romain : Gibson s’en prend clairement à la race humaine en général, épargnant seulement quelques personnages clés, qu’ils soient juifs ou romains. »

    Ou alors, on est faits l’un pour l’autre !

  3. versac dit :

    Tiens, ça me rappelle ces émissions du masque et la plume, où Olivia de Lamberterie (très charmante par ailleurs) disait d’un bouquin qu’il était chiant, lent et incompréhensible comme du cinéma coréen (en substance). La semaine suivante, volée de bois vert des auditeurs, condamnant cette apostrophe à un cinéma de qualité. L’Olivia se dédit, le tout sur un fond d’humour joyeux.

    Je crois que ce qui manque souvent, ce sont des clefs pour comprendre ce cinéma. Merci de les donner.

  4. sandrine dit :

    Cher Skoteinos,
    Je viens précisément d’aller voir la fameuse Passion et vais m’empresser d’aller relire ton post. Sois rassuré, Fred a écrit ce texte il y a plusieurs semaines maintenant. Il habite en Californie où le film a été projeté sur les écrans bien avant notre sortie nationale. Il a rédigé une version en anglais. Son article a été traduit pour la sortie en France. Nul plagiat éhonté donc, mais bien une parenté d’idées. Bref, je vous rejoins tous les deux. Vous avez eu l’intelligence de replacer le débat là où il devait être, c’est-à-dire du côté du cinéma … où il n’y a rien ! A part un regard complaisant, servi par des ralentis destinés à magnifier l’insoutenable martyre du Christ.
    Ne demeure qu’une délectation sadique, un filmage laid et improbable. On est aux antipodes de L’Evangile Selon Saint Matthieu, film éminemment religieux (ce que n’est pas le regrettable film de Gibson. En somme, une double faillite : idéologique et cinématographique).
    Le corps du christ ? Ah, merde !

  5. sandrine dit :

    Merci Versac ! Je n’ai pas le sentiment de maîtriser pleinement toutes les références culturelles et religieuses, mais si je m’attache à la simple mise en scène, lumineuse et sobre, le cinéma de Kim Ki Duk m’éblouit. Heureuse que tu aies envie d’aller voir le film, de même pour Tlon.

  6. serge danette dit :

    Tremblez pauvres mortels ! Le cinéma n’est qu’une illusion !

  7. photo-male dit :

    photo male

  8. news-nude dit :

    news nude

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