Prix du jury - Red Road
Andrea Arnold remporte le prix du jury avec son premier film, Red Road.
Premier film intimiste, Red Road a été produit dans le cadre du concept Advance Party, selon le principe duquel trois réalisateurs développent, à partir des mêmes personnages, des scénarii différents. Exercice de style avec un territoire bien défini : l’Ecosse. La réalisatrice Andrea Arnold ouvre la marche, en s’attachant à la trajectoire en ligne brisée de Jackie (Kate Dickie), une opératrice pour une société de vidéosurveillance. Observatrice privilégiée de la vie des autres, l’héroïne solitaire trouve dans les écrans, la métaphore de sa vie fragmentée. Jusqu’au jour où son œil expert se focalise sur la silhouette d’un homme qu’elle aurait souhaité ne plus jamais revoir.
La première partie du film laisse augurer un thriller qui aurait pour objet un dispositif de surveillance, à la manière de Caché de Michael Haneke. Il n’en est rien. Avec acuité et sensibilité, le long métrage glisse progressivement dans l’étude de relations interpersonnelles ambiguës, s’engouffre dans les béances pour y chercher un secret, esquissé par touches impressionnistes et qui se donne dans un final bouleversant. Qu’est-ce qui lie la jeune femme à cet ex-taulard rustre qui zone avec ses potes d’infortune dans les bars lépreux, au pied des tours froides, balayées par le vent ? Quelle tragédie réunit ces personnages socialement opposés, lesquels n’auraient jamais du se rencontrer ? Andrea Arnold ne cède pas aux facilités d’une mise en scène explicative. Pas de recours aux flashes back : le drame se joue au présent, comme une douleur lancinante. Récit d’un deuil impossible, Red Road porte dans tous ses plans très physiques, la souffrance des héros ravagés.
Jackie a perdu sa petite fille et son mari dans des circonstances obscures. Elle prend en filature leur meurtrier, le séduit, découvre un plaisir violent et paradoxal dans ses bras, tente de le perdre, avant de se réconcilier avec un présent jusqu’alors sclérosé. Le film vaut entièrement pour la relation trouble qui se noue entre les deux héros blessés, et le territoire dépressif qui sert de décor à un récit de reconstruction pas très original, mais bien emmené.


Le 30/05/2006 à 01:37
Je ne partage pas votre avis.
Pétri de bonnes intentions, reprenant l’idée du Fils des frères Dardenne (la fascination d’une femme pour le meurtrier de sa famille), Red Road, malgré un bon début (on pense à Caché oui, mais aussi à Alice), s’enfonce peu à peu dans ce que le naturalisme fait de pire : le grattage de conscience, la pornographie des sentiments, les chialements et les cris, le sexe cru (je préfèrerai toujours la fausseté et la crudité du porno à ces scènes de sexe esthétisées, jolies) et la rédemption, le tout caméra à l’épaule. Une erreur de casting pour moi (Shortbus, Friedkin et Bellochio - que je n’ai pas vu, mais qui bénéficie d’un buzz énorme - en parallèle, quand ce truc et Sorrentino sont en officiel, c’est du grand n’imp’ monsieur Frémeaux)
Le 30/05/2006 à 22:56
Là encore d’accord avec toi, y compris sur Red Road que j’ai défendu pourtant, surtout au motif qu’il s’agit d’une 1ère oeuvre. Quant à la compétition officielle, il est clair qu’elle était bien indigente et d’énormes erreurs ont été commises par Frémaux qui a laissé passer des films importants. Je ne comprends, par exemple, que le génial Bled Number One n’ait pas eu les honneurs de la compétition. cela aurait relevé le niveau général, surtout pour la sélection française.