Renouveler la critique
“Comment expérimenter de nouvelles formes critiques ? Comment dire d’un même geste le cinéma et le monde comme il va, son Histoire et son actualité ?” s’interrogent Stéphane Bou et Jean-Baptiste Thoret dans un édito manifeste de la nouvelle revue Panic.
En somme, comment sortir de l’ornière critique universitaire, par trop sclérosée, se déprendre d’un certain dogmatisme encore bien vivace dans l’approche de l’image ? Vieille lune dont est dépositaire la jeune garde critique, laquelle voudrait assassiner le père, tout en se réclamant d’autres pairs : Daney, Skorecki, Arasse et Biette en tête, figures emblématiques à juste titre. On ne louera jamais trop l’héritage de ces intellectuels dans l’élaboration d’une pensée de cinéma originale, innovante, débarrassée de ses afféteries formelles (éclatement de la forme stylistique au profit d’une écriture libre) et idéologiques (la critique chrétienne ou marxiste qui donna lieu, tout de même, à de grands textes critiques). Mais dans cette chicane qui oppose les universitaires, réputés conservateurs, à la jeune génération cinéphile (sorte de réminiscence de la querelle des Anciens et des Modernes), de quoi parle-t-on au juste lorsque l’on prétend renouveler la critique ? Si l’on entrevoit bien la nécessité de creuser d’autres sillons, le modus operandi reste flou, en dépit des vœux pieux. Cette même indétermination accompagne d’ailleurs de bout en bout la lecture de la revue sus-mentionnée, sans toutefois en altérer la qualité d’ensemble.
Je posais la question à un ami cinéphile, qui rivalisait de prolixité militante à l’endroit des vieux caciques de la critique française (je lui accordais que les fonctionnaires de la pensée sont légion dans ce milieu là et que leur mépris pour la jeune critique n’a d’égal que leurs à priori. Pour ne citer que lui, Alain Bergala, parle même d’une sorte de génération spontanée, dont la culture cinématographique n’excède pas les 20 dernières années !).
Cet ami ,donc, me répondit spontanément que le renouveau critique, Saint Graal cinéphilique, devait passer une écriture où la mise en scène de soi prime. Savoir d’où l’on parle et parler avec les images, en somme, postulat que je tâche de faire mien, non sans difficulté parfois.
Mais pour autant, j’étais insatisfaite. Sa réponse, qui s’avérera partielle, nous ramenait à des aspects formels et ne justifiait pas, à mon sens, la posture radicale par laquelle les universitaires se trouvent systématiquement voués aux gémonies. Certes, leur approche, parfois ardue, cloisonnée et cloisonnante, hermétique au monde et à sa volubilité, peut rebuter. Mais, j’en venais à me demander si mon ami, plein de défiance, ne manifestait pas, à l’endroit de la chose universitaire, un dégoût confusément empreint d’envie. Car on ne peut nier la rigueur intellectuelle de la démarche universitaire, sa ligne claire, sa densité et sa richesse, ses apports structurants enfin. Tabula rasa ?
S’agissant de renouveler la critique, la vraie crise porte in fine sur les objets d’élection, leur légitimité, au regard de toute une histoire de la critique, éprise de hiérarchies.
Désirer des objets déconsidérés, méprisés, voire ignorés par la dogma, les juger bons pour soi et se les approprier parce qu’ils nous parlent du monde, leur sont farouchement contemporains, tel est l’enjeu. Rendre compte de ce désir au travers de l’écriture, principe de plaisir trop éloigné sans doute de la critique universitaire. Sur ce point, mon interlocuteur cinéphile ne devrait pas me contredire.
Crédit photo : le professeur Unrat (Emil Jannings) dans L’Ange Bleu de Josef Von Sternberg.


Le 3/12/2005 à 11:26
Es-tu vraiment sûre que l’Université garde une telle distance avec certains styles cinématographiques ou télévisuels ?
Il me semble au contraire qu’elle fagocite tout, puisque des thèses sécrivent sur un peu tout et n’importe quoi.
L’augmentation du nombre d’étudiants les contraint à aller chercher des objets d’études dans les plus petits détails ou dans des disciplines honnies il y a moins de dix ans.
Je me demande si il ne devient pas plus rebelle de se démarquer de l’universite (comme ton ami semble le faire, mais effectivement il y a forcément aussi une part d’envie, de faire partie du sérail), d’autant que la plus part des critiques de cinéma sont également des universitaires ou l’ont été (même Daney ou Skorecki).
Mais ta question est intéressante même si actuellement elle n’a aucune réponse puisqu’effectivement nous semblons être dans cette impasse que tu décris.
Peut-être que les blogs en sont une alternative, à la manière dont tu la pratiques (comme quelques autres J(…)-S(…), Cinématique…), en mélant le vécu, les affects et la théorie analytique…
Cependant je ne voudrais pas tomber dans le panneau de la mode nouvelle technologie, il faut sans doute encore laisser à ce nouveau mode d’expression le temps d’acquérir sa maturité.
Tout cela mériterait un beau colloque comme à notre époque des fanzines (j’ai l’impression de jouer au vieux con en écrivant cela…).
Le débat est donc ouvert, espéront que nombreux seront ceux qui viendront l’alimenter…
Mais reste aujourd’hui la vraie question de la cinéphilie avec les nouvelles pratiques.
Autre vaste débat…
Le 3/12/2005 à 14:01
Ton ami est peut-être un peu péremptoire là-dessus ; sans doute, comme tout “militant” qui se respecte, a-t-il choisi son “camp”. Mais je dirai plutôt qu’il a choisi son “champ” : je veux dire par là que si être critique n’empêche pas d’enseigner, ce sont tout de même deux choses bien distinctes.
Il y a certes des universitaires qui font d’excellents critiques (Daney en fut un, et pas des moindres, au sein de l’université expérimentale de Vincennes), d’autres, comme Daniel Arasse, qui s’adressant depuis un autre champ d’expérience (la peinture), établissent assez de “modus operandi” pour servir de modèle dans d’autres disciplines, par quoi la puissance de son travail universitaire peut évidemment servir la critique. La “servir”, et non pas s’y subtituer. C’est là que je rejoindrais ton ami.
La question que se pose l’universitaire est celle du “comment”. Or il incombe au critique de savoir “pourquoi”. Parmi les universitaires qui ont su faire le lien du comment au pourquoi (force est de constater malgré tout qu’ils sont peux nombreux, et il est vrai pour la plupart très “conservateurs”), il en fut un merveilleux, bien que très conservateur lui aussi : Alain Bergala justement, analyste exemplaire, toujours du côté de la “fabrique” des films, avec une manière bien à lui d’intégrer les acquis de l’université à son éventuelle utilisation dans le champ critique. Pour ma part, je ne nie donc pas les acquis de l’analyse et plus largement de l’université en vue d’un travail critique. Je reproche à une certaine critique de ne s’en tenir qu’à ces acquis, sans chercher à les transformer.
La pratique du “jugement” n’est pas chose aisée, elle relève de toute façon de l’idéologie. Bien entendu, il s’agit toujours d’en revenir à un problème d’élection, par quoi, si la critique entre dans le champ du politique, c’est en temps que “processus électoral” ; une question de forme, et seulement : encore et toujours, qu’il s’agisse du film ou du texte. Folle ambition qui doit être chaque fois renouvellée d’un forme “créative” d’écriture où comme le revendiquaient certains, “faire du cinéma et en parler, cela revient au même”. Il s’agit toujours, pour la critique digne de ce nom, d’inventer le cinéma : de prolonger et/ou d’enrichir sa définition, qui n’est pas la même pour tous (chapelles, clans, “Anciens et Modernes” si tu veux). Cela revient, comme tu le dis, à choisir ses objets, lesquels constituent pour chacun une histoire du cinéma autant que sa propre histoire.
Au cas par cas, chacun pour soi (les blogs, idéalement), renouveller la critique n’est pas si difficile, dès lors que le talent s’exerce, et que l’écriture se revendique comme singulière. Il en va tout autrement lorsqu’il s’agit, pour la critique, de se faire entendre au sein d’un collectif (idéalement, les revues), d’inégrer réellement le champ politique, de faire naître une singularité à partir de plumes diverses qui doivent, ensemble, construire ce “modus operandi” dont tu parles.
Le 3/12/2005 à 16:43
pour moi, renouveller la critique, au-delà du chacun chez soi, du blog, etc, devrait passer / aurait DU passer par le dvd. Je veux dire par le bonus, l’analyse, la déconstruction, une forme critique impure qui sublimerait tout choix “d’élection”, dommage ainsi que tu n’approches pas la question du dvd (puisque tu parles, et hésites sur ce sujet, des technologies nouvelles).
Et la critique dans tout ça ? Toujours en force, dans Panic, comme dans Simulacres avant, bcp moins sur les blogs je trouve (ss dénigrer)… !
Reste ce FAUX renouveau du dvd pourtant ET DE L ILLUSION D UN DISCOURS CRITIQUE.
Cela persiste, travaille tout à chacun ?, apparaît sous-entendu dans ton texte par un non dit, ou laisse filtrer un manque ou absence - je crois -, via un renouveau par des supports nouveaux (ce n’est pas un critère cela dit…) ; à travers la création d’un discours avec ou mieux, par les images. Ce que tu fais svt par le montage, le bout à bout, avec le texte.
L’université en ce sens a tenté via bergala (et via sa mission pr le ministère) de reformuler la transmission, ou une forme de pédagogie par l’image et via le dvd, pas si éloignée de ça d’une volonté de transmission critique (bergala passeur ? je crois pas! il se dit essayiste ET cinéaste.. hum).
La fac a prôné la vhs, elle est aujourd’hui dans un entre-deux qui dure, le dvd c’est aussi la preuve par l’image, l’intéractivité en point de mire, aussi, ce qui diffère de la fac, et l’échec actuel de bergala est aussi là, ne pas répondre aux nouvelles lectures (plus que par l’image, par le montage!!) en vigueur, que l’on voit aussi ce que certains proposent (douchet, notamment) est criant, ils ont capitulé dans l’apport critique, sont restés au stage oral, professoral, là est aussi la critique de SB sur les universitaires et le repos sur leur “acquis”.
Pt être tu ne t’intéresses pas ou plus, que sais-je, sur les apports critiques du dvd. comment il refait le cinéma, comment il questionne notre regard (pardon pour la tarte à la crême), comment il se place et déplace les enjeux (économiques et critiques) en cours…
Perso, moi, en dehors de deux éditions ci et là, et mes rêves en attente, je vois pas… d’où pt-être que tu passes “sous silence” cet aspect-là.. non ?
en ce sens - plus ou moins - j conseille le fabuleux entretien avec assayas, ds panic, sur un certain échec de la fac..
Le 3/12/2005 à 22:51
Oui, l’article d’Assayas est à lire. Il donne envie de se mettre au travail…
Le 4/12/2005 à 01:42
Je ne suis pas sûr de bien saisir l’opposition entre approche universitaire et approche critique. Sans doute ne vaut-elle que dans la perspective d’une sociologie qui tenterait de déterminer en quoi les contraintes propres à chaque champ peuvent empêcher, infléchir ou orienter le discours. Au-delà, je la crois inopérante. Difficile, ensuite, de repérer dans la réalité des productions textuelles, le partage des genres idéalement énoncé par Sébastien (le comment d’un côté et le pourquoi de l’autre). Je ne suis pas loin de considérer que les grands théoriciens sont toujours de grands idéologues. La question pourrait être de savoir quels espaces, aujourd’hui, favorisent le mieux un renouvellement des conceptions. C’est donc plus une question de milieu que de méthode : est-ce que les modes de formation, de recrutement, de réflexion et d’échange, dans les revues ou à la fac, permettent de laisser émerger des vues novatrices ou même tout simplement tolèrent, ne serait-ce qu’à la marge, un langage de rupture ? J’ai plutôt le sentiment, d’un côté comme de l’autre et pour le (très) peu que j’en connaisse, d’une tendance actuelle à la clôture stricte du champ. Non qu’ils rejettent par principe la nouveauté (chacun au contraire est invité à s’en prévaloir), mais parce que tout dans leur fonctionnement institutionnalisé favorise la reconduction des postulats qui font consensus et des manières de dire éprouvées plutôt que la rupture épistémologique. Ce qui est peut-être un temps nécessaire, d’ailleurs, à l’évolution des représentations, qui n’intervient jamais de façon linéaire ou progressive, ni vraiment là ou dans les formes que l’on pourrait attendre.
Le 4/12/2005 à 01:58
Très chère, je n’ai pas encore lu ce texte mais je vais le faire… Je voulais juste savoir si vous pouviez m’expliquer pourquoi je ne peux plus lire votre blog dans Firefox ? Je suis obligé de passer par Explorer, ce qui me coûe beaucoup !
Le 4/12/2005 à 02:12
Beaucoup d’anomalies en ce moment, Willy : je jongle aussi entre les deux navigateurs et les commentaires ne me sont plus signalés dans ma boîte mail non plus. Roger, si tu nous lis, on a besoin d’aide ici !!!!
Quant aux autres contributeurs, je vous réponds point par point (ça va être long, tant vos commentaires sont nourris) demain sans faute. Ma santé bancale fait que je dors la plupart du temps en ce moemnt et me relève à des heures indues. La preuve !
Le 4/12/2005 à 11:20
Des heures hindoues ??
“Heures hindoues, rentrer tard
Tard ou tôt, c’est comme on l’entend
Et j’ai l’idée d’une idée dans les airs
Et décoller de ce bitume et ces pavés
A fond de cale dans l’air silencieux
Oublier cette putain de pluie, la nuit est finie
Peut-être enfin demain nous appartient”
;-)
Le 4/12/2005 à 15:27
Sympa ta chanson, Etienne ! Tu m’aideras à descendre la poubelle après, ok ?
Euh bon….
Vous soulevez tous des points, dont la somme entre en ligne de compte dans la redéfinition de la critique.
1) la formation
L’enseignement passéiste du cinéma à l’université laisse à désirer, tant en terme de contenus (étude du cinéma classique, au détriment du contemporain) que de pédagogie (un cadre rigide, soumis à l’évaluation). La question de la formation des formateurs (je rejoins rph) est sujette elle aussi à caution. Lire effectivement à ce sujet le bel entretient Assayas/Thoret dans Panic ! Mais, il ne faut pas radicaliser. Phil a raison de signaler que l’université s’est ouverte à des objets contemporains. Seulement, l’approche de ces mêmes objets demeure insatisfaisante : elle croise d’autres champs (philosophie, sociologie etc…) et perd parfois de vue l’objet même.
2) les nouveaux supports et l’émergence d’une nouvelle syntaxe cinématographique
Ces 20 dernières années l’image et le rapport à celle-ci ont considérablement muté. Gilles parle du DVD, et à travers ce support, de sa pratique cinéphile, autre volet à ne pas négliger. Le DVD comme outil favorisant l’émergence d’une “forme critique impure qui sublimerait tout choix “d’élection” ? Je ne suis pas convaincue, car la condition d’un renouveau critique, c’est le choix.
D’ailleurs, c’est le sens même du mot “critique”, qui en grec, veut dire “choisir”.
Les outils analytiques sont inadaptés à la réalité de l’image et de son évolution. A nouvelle syntaxe cinématographique, nouveaux outils. Je lis partout qu’il faut les repenser mais là encore les modalités restent floues. Repenser en fonction du support, de son contexte, les deux à la fois ? Comment articuler une forme critique à l’aune d’une autre forme dont la maîtrise nous échappe ?
Le 5/12/2005 à 13:58
Il semblerait qu’il faille effectivement chercher du côté du DVD, en ce qu’il réintroduit le montage au centre du regard et donne une piste réelle si l’on veut repenser le geste critique : le choix, certes, mais comme montage précisément. Le film changeant de support change aussi de statut. N’élire qu’une scène, pointer par exemple le talent d’un cinéaste sur un seul enchaînement de trois plans sans se préoccuper du reste, envisager le bonus comme excroissance du film, comme ouverture : les fins alternatives, les scènes coupées, tout un matériel disponible qui n’entame certes pas l’intégrité première du film (personne n’a eu encore la possibilité de remonter le film à sa guise ou de remettre à la place qu’il décide les scènes écartées par le cinéaste ou la production), mais permet de moins l’envisager comme un objet clos, sinon réellement “terminé”. Le DVD, au hasard des rééditions permet aussi de brûler des idoles, d’importer un peu de paganisme dans un culte cinéphilique un rien sclérosé et de reparcourir l’histoire du cinéma dans les deux sens pour révéler de nouvelles connexions, etc. Ne pas aimer un film mais acheter le DVD parce qu’il contient dessus un bonus génial ne me semble pas aberrant. L’éclairer se faisant de nouvelles images, se retrouver à la source, dans la “fabrique” des films proprement dite, ne les envisager que comme cela : des objets fabriqués, construits pensés, se mettre littéralement dans la peau du cinéaste, se demander pourquoi ce choix, pourquoi cet enchaînement-là, réintroduire de la précision, un statut de preuve, une certaine objectivité en somme. “Critique impure”, certes, parce qu’elle ne se contente pas de la seule vision du film dans sa continuité. Elle ne choisit pas seulement un film contre un autre, elle choisit dans le film lui-même une porte d’entrée qu’elle voudra la plus opératoire possible. Si la méthode existe déjà (c’est en tout cas la mienne), elle trouve dans le DVd son avènement possible et nécessaire.
A partir de là, il apparaît de plus en plus souvent que la question de savoir si le film est bon ou pas importe peu : ce qu’il éclaire, ce qu’il symptomatise dans l’histoire des formes, parfois à son corps défendant, ce qui le renvoie lui, bon ou mauvais film à d’autres, moins bons ou meilleurs que lui, et qui dessinent avec lui l’objet qui incombe au critique : une morale, une définition “in progress” du cinéma. De plus en plus, les films sont porté par des enjeux les dépassent, dépassent leur seul statut de film, y déposent cependant une trace qu’il convient au critique de cerner, ce que le DVD permet aussi plus que tout autre. Critique impure, oui, à partir de là, qui dès lors va faire ses choix selon des critères élargis, opérer son propre montage à partir d’une banque de données toujours plus conséquente.
Le 5/12/2005 à 14:45
Deux petits retours, et précisions, à Sandrine. D’abord, pour l’entretien Thoret/Assayas, je n’ai pas vu traité la question de “la formation” des profs. Mais il était vraiment question, c’est vrai, des choix de la fac !
Ce qui en fait n’était pas mon propos, je ne parlais ni de contenus, d’ailleurs, mais bien de transmission. Que veux-tu dire par “syntaxe cinématographique” : syntaxe par le montage et une pédagogie critique ? Syntaxe du film/dvd même (du contenu)?
Je ne pense pas non plus, suite à la belle synthèse de S., qu’il s’agisse de choix ou d’élection, ms bien de texte, de texte et d’image, de portes d’entrées quoique c’est terminé je crois, ou bien mort-né. Les bonus ont échoué, c’est pas que le constat de Scorsese !! Enfin, c’est pas le débat. On ne peut pas regarder un dvd sans zappette : et l’intéractivité, donc, de creuser le rapport entre le manque, créé par le trop-plein (je dirai l’absence!) d’”excroissances” que seraient les bonus, et la croyance naïve du film comme objet fini (l’essence du cinéphile). Pour moi, le renouveau critique passe par le dvd, mais il faudra d’abord qu’on confesse :
- que le dvd c’est l’inachèvement du film, le fantasme impossible de son dépassement.
A ce titre, peu importe le support ; le dvd n’est qu’une étape, le tout-numérique une réalité actuelle, avant transformation. La VOD permet elle de se payer le film et rien que lui, retour au cinéma à domicile, brisure de l’intéractivité.
- qu’il n’y a pas, comme certains le proclament, une dématérialisation du cinéma (encore une fois le discours stérile sur le support), mais un cinéma émietté.
Des dvd proposent des versions sans avis du cinéaste ; où est l’intégrité du film ? Second problème, plus fort, entre le film en VOD et le dvd, plus la ressortie en salle : où est passé le film ?
La cinéphilie est tellement devenue une valeur marchande qu’il faut jongler, pour les décideurs, avec les technologies. Et non pas contre. Le dvd, allié du cinéma donc. Allié pour le moment même au film en payperview, à domicile.
Le 6/12/2005 à 10:12
la critique soit se fonder sur du solide…
Le 6/12/2005 à 10:27
Je drais même plus du “concrete”
Le 6/12/2005 à 10:33
Oui, faire une critique comme on fait un film. Pédagogie de la création, selon Renoir : regarder un film comme un cinéaste en puissance
Le 6/12/2005 à 15:29
comme un critique en puissance, plutôt. non ? c’est présompteux, mais ça permet de se donner un idéal (en tout cas le mien), de se fixer un horizon (sans se mettre dans la peau d’un autre), qui réside dans “l’oeil critique”.
quand tu crées dans ton blog, tu ne penses pas à l’axiome de renoir, si ?
sinon tu en penses quoi de ce que je disais avant ?
Le 6/12/2005 à 22:58
Non, comme un cinéaste en puissance ! Se replacer au centre de la syntaxe cinématographique. J’entends par là,les mouvements de caméra, le montage, l’interprétation, la lumière etc. En somme, ce qui fait un film de cinéma, sa substantifique moelle. La techne ayant muté, cela nécessite aujourd’hui de renouveler des outils d’analyse filmiques caduques.
Mon blog n’est pas motivé par un quelconque aspect pédagogique. Je l’ai voulu comme une plateforme d’échanges sur le cinéma, tout simplement. C’est juste qu’il me manquait quelque chose dans ma démarche de cinéphile, telle que l’énonçait Daney : “voir, en parler, écrire”.
C’est sur le 2è point que je butais et je me suis dit que le blog (pour le coup, un nouvel outil dont il est néanmoins trop tôt pour dire s’il tiendra ses promesses) serait une bonne alternative pour combler ce manque.
Le 6/12/2005 à 23:33
bon… un autre point de désaccord, encore un! que dire d’autre ?
point de vue de sandrine sans aucun lien avec pt de vue du cinéaste, pour moi.
Le 6/12/2005 à 23:49
Je ne comprends pas bien cette histoire relative à mon point de vue…
Le 7/12/2005 à 09:51
je dis que tu t’attaches bcp à la démarche, au choix d’élection ; d’autre part, tu te dis tentée plus que tout, face au film, de “se replacer au centre de la syntaxe cinématographique”, càd grosso modo tjs selon tes dires, d’opter pour un point de vue de/du cinéaste, “regarder un film comme un cinéaste en puissance”.
“regarder”, donc, ou alors critiquer ?
Si c’est critiquer, je ne partage pas cette option, c’est chacun la sienne. Je n’ai pas ton recul peut-être… Toujours est-il qu’il me semble trompeur (mais je me trompe pt-être) de croire à cette vision in vitro, une vision de l’intérieur, qui, par le fait de coller à la trajectoire d’une caméra, à sa moelle comme tu dis, se confonderait avec le pt de vue interprétatif. C’est coller au film et ne pas en regarder les contours. Cela pose une équivalence entre interprétation critique et le comment du cinéma. Moi je ne vois pas juste en quoi la critique peut complèter les deux ; à moins qu’elle ne prenne des notes tout le temps en collant à l’image, lors de la vision. Mais c’est contraire à une éthique, une théorie. J’opte pour ça quitte à préférer la froideur. On en revient à sa cuisine interne, et perso : càd qui prend, ne prend pas des notes avant d’écrire ? Ou théorie vs praxis ?