Rocky rocks !

The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman (1975).
Spéciale dédicace pour Damien.

Photogramme que je me permets d’assortir d’un dialogue inédit :

- Is sex dirty ?
-Yes, if you do it well.

(Woody Allen)

8 réponses pour “Rocky rocks !”

  1. Damien dit :

    Hi hi hi merci Sandrine, et pour la peine je t’accorde ta dernière objection (d’accord, Hitchcock ne faisait pas tout ce qu’il voulait - tiens d’ailleurs, à propos de sexe, savais-tu qu’il était impuissant depuis la 1ère version des “39 marches” ? Une bonne clef pour son oeuvre, en tout cas… ), et moi aussi j’avais beaucoup aimé “Les deux anglaises” (je n’ose pas le revoir, j’ai peur d’être horriblement déçu - “La femme d’à côté” par contre je peux pas, pour moi c’est un mauvais téléfilm)… Je sens qu’on pourrait discuter encore pendant des heures, mais je te souhaite une bonne nuit.

  2. sandrine dit :

    Non, j’ignorais son impuissance et ça ne me surprend guère ! La Femme (..), un mauvais téléfilm ? L’esthétique, la narratrice/témoin ? Je n’ai pas eu le courage d’ouvrir les Cahiers de ce mois-ci consacrés à Truffaut. J’en baille d’ennui d’avance. Les a priori ont la vie dure ! Je vais m’y mettre de toute façon ! ‘Night.

  3. Adam Belinski dit :

    Manière féconde de prolonger un débat qui méritait bien que l’on s’y attarde un peu. Ce qui me donne l’occasion de laisser une trace, ici, alors que j’ai pris l’habitude de venir flâner depuis quelques jours. Cette discussion me renvoie à une conversation récente à laquelle j’ai été amené, au sujet de Requiem for a dream, et qui tenait sur des oppositions similaires. Requiem et TRHPS reposent sur une même logique de la sensation (dont l’interactivité du second n’est qu’un prolongement) et tiennent donc principalement au dispositif matériel qu’ils mettent en place. Le récit de Damien sur ses séances mémorables de TRHPS me rappelle d’une certaine façon ma singulière expérience lors de ma vision de Requiem : une salle bondée et tendue à l’extrême, soumise à la même pulsation cardiaque durant le derniers tiers du film et retenant son souffle, pour s’abandonner, passée la catharsis, à un soupir collectif, sorte de holà respiratoire dont je garde très précisément la sensation. Expérience communautaire et organique, certes – mais peut-on pour autant parler de mise en scène ? On me soutient que Requiem révèle de tout autres qualités, lorsque l’on dépasse son principe de pulsation et d’immédiateté, de même que TRHPS ne se réduirait pas seulement à un happening programmé. Mais je peine à y voir davantage. Car s’il retrouve alors l’une de ses fonctions premières (l’attraction foraine), je pense que le cinéma perd au passage sa nature propre, qui en fait un langage. Vos derniers commentaires formulent implicitement cette question puisqu’ils évoquent la place du verbe opposée à celle de l’image (mais qu’en est-il alors de leur interaction, de l’articulation de la parole et du visible ?). Pour ma part, je ne crois pas que la nature du matériau y change grand-chose : ce qui fait le cinéma, me semble-t-il, c’est sa façon de s’affranchir des déterminations mécaniques de la sensation et de ses manifestations aussi efficaces que convenues. Je comprends qu’en ce sens, Requiem puisse susciter l’ennui avec sa pornographie désincarnée. Et que Damien ne s’y trompe pas : si l’on a longtemps élevé le montage au rang de première valeur cinématographique, ce n’est pas parce qu’il donnerait la prévalence au visuel, mais plutôt par les rapprochements et les oppositions qu’il opère, et par la circulation du sens, du désir et de l’émotion qu’il rend possible. Faute de quoi, sex isn’t really dirty.

  4. sandrine dit :

    Cher Adam Belinski (!),

    Rassurez-moi : ressemblez-vous à Charles Boyer ou me prendriez-vous pour une “Folle Ingénue” ?
    Au-delà de la référence à Lubitsch , vos propos sont passionnants et clairs. Pour autant, je tiens à repréciser que nous n’avons pas opposé radicalement le verbe à l’image, tout comme Hitchcock ne le faisait pas. Il était en recherche d’un langage purement cinématographique, qui passerait avant tout par le visuel. Pour le reste, nous sommes en tout point d’accord : de l’interaction de la parole avec le visible, de la primauté du montage, de l’intérêt de rappeler qu’effectivement le cinéma à l’origine est une attraction foraine…
    Une réserve tout de même et je me permets de vous citer : “ce qui fait le cinéma, me semble-t-il, c’est sa façon de s’affranchir des déterminations mécaniques de la sensation et de ses manifestations aussi efficaces que convenues.”
    Pour commencer, je comprends aisément que vous n’aimiez pas un film comme Requiem (..) qui est éminemment sensitif (mais pas sensuel, je vous l’accorde), mieux qui tend à reproduire par toutes sortes d’effets les sensations : ruptures, camméra tremblée, sautes, flous, climax sonore etc.. Cependant, dans votre assertion, quelque chose m’alarme : quid de l’émotion ?

  5. Adam Belinski dit :

    Chère Sandrine,

    Quid de l’émotion ? C’est, à peu de chose près, la formule qui m’est venue à l’esprit après ma découverte de Requiem for a dream. Une fois apaisé l’affolement général de mes sens, le film m’a laissé avec cette redoutable question. Cet objet froid et méthodique vous aurait-il fait vibrer ?

    Ce n’est que quelques mois après sa vision que j’ai trouvé un début d’explication à ce qui me chagrinait dans le film d’Aronofsky (auquel je ne suis pourtant pas foncièrement hostile), en redécouvrant le Casanova de Fellini. Le petit théatre d’ombres du Maestro m’a permis, par comparaison, de mettre au clair ceci : qu’un tel projet (prendre en charge physiquement et jusqu’à son terme la mécanique totalitaire de la sensation) fasse l’économie de l’émotion est parfaitement justifiable. Ce qui l’est sans doute moins, c’est d’en rester au stade du mimétisme - ce qu’opère, avec un savoir-faire que vous relevez très justement, le réalisateur américain. Il y a sans doute là une cohérence logique, mais en termes esthétiques, c’est assez décevant, je trouve.

    Une dernière précision : je ne vous tiens ni pour folle, ni pour ingénue, bien au contraire, et ma ressemblance avec Charles Boyer est toute relative (si l’on fait abstraction de ma prononciation de l’anglais). Mais les photogrammes qui ont suscité la discussion m’ont inspiré une irrésistible envie de pratiquer la plomberie - exercice que vous me semblez tout particulièrement apprécier.

  6. sandrine dit :

    Requiem a provoqué chez moi un choc violent. Une fois celui-ci dépassé, j’ai recouvré mes esprits. Aujourd’hui le film m’apparaît même un brin moralisateur. Chez Selby, la déchéance est accompagnée par l’amour de l’écrivain pour ses personnages. Cette dimension là est absente chez Aronofsky, dont les héros sont pour le moins désincarnés.
    Mais vous ne répondez pas tout à fait à ma question.
    Si pour vous le cinéma n’est rien moins que “s’affranchir des déterminations mécaniques de la sensation et de ses manifestations”, où situez-vous l’émotion, qui participe aussi de la sensation (peur, effroi, dégoût) ? En somme, l’émotion est-elle pour vous valide au cinéma, car tel que vous le formulez, je n’en suis pas si sûre et ça me gêne ! Y compris dans l’exemple que vous donnez du Casanova.
    Amateur de plomberie, vous êtes ? Je vous attends pour le prochain quizz interdit (pour les non-initiés, cliquez sur la catégorie “quizz”, colonne de droite). Vous devriez exceller, monsieur Charles Boyer !

  7. Adam Belinski dit :

    Oui, j’ai effectivement éludé en partie la question, en me focalisant sur le cas Requiem. Bien entendu, l’émotion est partie prenante de mon (coupable?) plaisir cinéphile et je la conçois comme un matériau premier entre les mains du cinéaste. Il faut dire que l’on fait ici allusion à des films qui, par leur objet et par leur systèmatique, excluent précisément l’émotion, qui fait figure de grande absente. Le choc que peut (ou non) provoquer Requiem est d’ordre physique, corporel, et non pas affectif, me semble-t-il (c’est en cela qu’il se démarque de l’oeuvre adaptée).

    Voilà pourquoi je l’omettais moi-même. Pour autant, ce que je posais, légèrement sentencieux, au sujet de la mécanique sensorielle - dont je disais qu’il fallait savoir se déprendre -, me semble valoir tout autant concernant l’affect ou l’intellect : le travail de création consiste, je crois, non pas à s’y soumettre, mais à les empoigner et, pourquoi pas, les détourner de leur “cours naturel”. C’est donc davantage sur le terme “détermination” que sur celui de “sensation” que je portais ici l’accent.

    Quoi qu’il en soit, je relève avec plaisir l’invitation à participer au Quizz, même si je crains de ne pas être à la hauteur de vos attentes.

  8. The Doc dit :

    No, itsn’t dirty.

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