Shadow of a vampire

Je n’imaginais pas rencontrer Abel Ferrara, créature de la pénombre, autrement que nuitamment.
L’obscurité recouvre Montreuil-sous-Bois depuis des heures maintenant, quand il apparaît, nimbé d’une lumière blafarde. Moment parfait, en complète adéquation avec ses œuvres nocturnes.
La ville, la nuit, son vampire. Beauté singulière de l’homme. Je suis frappée par la douceur ineffable qui émane de son être tout entier. Et par son visage livide surtout, que dévore un regard ténébreux. J’écoute d’une oreille distraite le dialogue qui s’engage entre le cinéaste et Bertrand Bonello.
Rien à faire : le halo du visage, ravagé par les excès (ses stigmates à lui), me happe. J’ai alors une curieuse sensation : ce n’est pas seulement une vie et son lot d’expériences limites qui traversent le corps d’Abel Ferrara, mais sa filmographie toute entière. Il est la somme de tous ses personnages, charismatique, ambigu, inquiétant et séduisant dans un même mouvement.
Dans l’énigmatique Mary, l’un de ses plus beaux films, Matthew Modine (remarquable déjà dans The Blackout) incarne un nouvel alter ego du cinéaste. Personnage en souffrance, forcément. Créer, c’est souffrir et Dieu nous a abandonnés. Film tout en ruptures, parcouru de réflexions théologiques, Mary oscille entre le sublime et l’outrancier. Non pas un film en plus sur la croyance et le rachat, mais bien une somme là encore, inscrite dans le prolongement de Snake Eyes.
Et puisque le génial réalisateur se confond décidément avec ses personnages, je garde de cette soirée une dernière image, hautement cinégénique. Au sortir de la salle de cinéma, Ferrara plante là son attaché de presse soufflé, dédaigne la voiture confortable qui s’offre à lui, pour disparaître par les rues, habitant de l’ombre, naturellement rendu à la nuit.

8 réponses pour “Shadow of a vampire”

  1. lo dit :

    addicted, sandrine?
    lh.

  2. sandrine dit :

    More than this ! :-)
    Je relate les circosntances de LA rencontre dans un rapide billet. Les photos de Moland seront nettement plus à la hauteur. Surveille son blog !

  3. Phil dit :

    Après Etienne Daho, Brian Ferry… Tu collectionnes les beaux ténèbreux ! :-)

    Bon OK, je sors…

    Alors les flous (l’émotion sans doute) se rammassent à la pelle , après .Mo, miss S.

    Je trouve assez comique de voir Abel devant une interdiction de fumer, bien qu’il était plutôt calme dimanche soir.
    J’ai hâte de lire tes impressions et peut-être quelques mots sur le film, que je trouve à la deuxième vision toutefois fort intéressant malgré le côté exaspérant de la présence top prégnante de la religion. Je sais pour illustrer la vie de Marie-Madeleine, il était difficile d’y échapper. Je suis surtout intéressé dans le film par l’idée de croyance en l’image et donc au cinéma.
    Mais j’attends ton avis.

    Pour terminer, en le voyant courbé et s’agitant je n’ai pu m’empêcher de penser à Columbo, c’est con, mais il est des attitudes qui restent gravées dans votre mémoire…

  4. sandrine dit :

    Hahahaha ! Columbo ! Ce n’est pas faux, en même temps ! Dans l’attitude, il a également tout du crooner italien, sa façon de tenir le micro, sa gestuelle. C’est frappant sur les photos de Moland (vite, qu’il les poste !).
    Sinon, c’est une constante chez moi que de rater les photos des réalisateurs que j’apprécie. L’émotion y est sans doute pour quelque chose, assurément. Mais là, en l’occurence, j’étais tout au fond de la salle et Ferrara, en contre jour ! Mais tant pis, ce cliché constitue néanmoins une modeste trace de l’événement.
    Et oui, le panneau “interdiction de fumer” forme un contrepoint très ironique !!
    Comme tu le constateras, je ne me suis pas étendue sur la critique de Mary, qui, comme tu le soulignes fort justement, appelle plusieurs visions. Mais, j’ai trouvé le film émotionnellement très fort. Les longues discussions théologiques ne m’ont pas gênée, au contraire. Car comment faire un film sur Marie Madeleine, si l’on ne s’interroge pas sur le fait religieux, sa permanence, son sens, à l’aune de la contemporanéité ?
    Ces larges développements théoriques irriguaient aussi le film The Addiction, l’un de mes préférés.
    En tout cas, bravo pour ton travail sur le festival qui te doit beaucoup de sa réussite !

  5. Phil dit :

    Ou la la faut pas exagérer, je ne suis qu’un petit caillou de l’édifice, le Festival se serait fait sans moi sans grande différence… Mais merci quand même.

    Assez d’accord avec toi sur tout, surtout pour The Addiction et la dernière image…
    L’attaché de presse n’a eu que ce qu’il méritait puisqu’il nous a privé d’une plus longue discussion avec Abel (tout juste 40 minutes)…
    Je serais quand même assez curieux de savoir ce qu’Abel et Bonello ont fait après…
    J’aime imaginer qu’ils sont allées planter leurs crocs dans quelques vierges errantes au bord du périphérique, mais je m’égare… :-)

  6. lo dit :

    habitant de l’ombre, sandrine?
    écho au photographe qui n’a pas encore posté ses clichés du cinéaste -mais je l’ai rappelé à l’ordre ;-)
    sortie de “mary” prévue au…?
    lh.

  7. Phil dit :

    sortie de Mary le 21 décembre, dans toutes les bonnes salles…

  8. lo dit :

    … pour l’anniversaire de jp, qu’on se le dise ;-)
    lh.

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