Si tu as des mots plus forts que le silence….
“Quelles que fussent parfois la beauté ou la nature hypnotique des images, elles ne me satisfaisaient jamais aussi profondément que les mots.
Trop de choses étaient données, me semblait-il, trop peu laissées à l’imagination du spectateur et, paradoxalement, plus le cinéma simulait de près la réalité, plus grave était son échec à représenter le monde - celui qui est en nous autant que celui qui nous entoure.
C’était la raison pour laquelle j’avais toujours, d’instinct, préféré le noir et blanc à la couleur, les films muets aux films parlants. Le cinéma est un langage visuel, une façon de raconter des histoires en projetant des images sur un écran à deux dimensions. L’addition du son et de la couleur avait créé l’illusion d’une troisième dimension mais, en même temps, elle avait dérobé aux images leur pureté“
Paul Auster, Le livre des Illusions.
Photogramme : Les Deux Orphelines de DW Griffith.


Le 20/07/2006 à 18:53
No comment.
Le 20/07/2006 à 20:49
La pureté?!? Dieu merci, c’est au contraire l’impureté des “Deux Orphelines” qui fait la beauté unique de ce film, mélange d’horreur et de fascination, de suspense et de contemplation, de faste et de simplicité, de caricature et de réalisme, d’idéologie et de vérité…
Le 21/07/2006 à 15:28
Hyppogriffe,
Tiens vous aimez Griffith qui ne fut pas, c’est le moins que l’on puisse dire, un modèle de progressisme…:)
Le 22/07/2006 à 13:43
Vous savez, je ne suis pas un idéologue, et surtout pas “progressiste”, d’ailleurs qu’est-ce que c’est, “progressiste”?
Le 23/07/2006 à 13:52
pfff, c’est bien une vision d’écrivain sur le cinéma, toujours la même antienne : “trop de choses étaient données” dit-il, je pense qu’on pourrait en dire autant de la majorité des romans, seuls quelques uns échappent à cette extrême lisibilité…j’ai toujours été frappé par Kafka par exemple, je crois que c’est Vialatte (mais pas sûr) qui avait dit en substance que chez Kafka, justement, tout était en pleine lumière, tout était donné (c’est à dire de l’ordre de la visibilité extrême), et pourtant rien n’était là, tout se dérobait…il me semble justement qu’avec les grands films parlant en couleurs, ce genre d’expériences est fréquent…
et si, plus simplement, Paul Auster ne savait pas voir les images, ne savait pas déceler leur ambiguité…(et je suis d’accord avec Hypogriffe, la pureté dans ce cas là, c’est d’un bête…)
Le 23/07/2006 à 13:55
la pureté dans ce cas là, c’est le muet bien sûr…
Le 23/07/2006 à 20:52
Tu restes muette Contrechamp… C’est l’un des inconvénients de la pureté cinématograpique…
Le 24/07/2006 à 00:44
Quelle ironie, n’est-ce pas, chère Esther!
La moitié de mes réponses sont refusées sur ce blog et me voilà contrainte au silence que je recherchais en m’absorbant dans le cinéma muet.
Le 24/07/2006 à 01:20
Je reparle ! Miracle !
Auster n’est pas un cinéphile, au sens, où il ne manifeste pas une vraie expertise du regard. Ses considérations sur le medium restent fragementaires. Elles sont celles d’un amateur, au sens noble du terme. C’est d’autant plus frappant dans le très décevant Livre des Illusions.
Son point de vue n’en demeure pas moins intéressant, même si, comme le soulignent fort justement Hypogriffe et JS, cette question de “pureté” est sujette à caution. Terme très connoté depuis Bazin, mais je pense que l’écrivain n’en a pas la même acception. La pureté est à entendre, il me semble, du point de vue du dépouillement originel des images, de le poésie secrète qui s’en dégage.
Le 24/07/2006 à 01:36
Je poursuis le monologue, puisque me voilà autorisée de nouveau à m’exprimer (c’est une vréitable loghorée, je me tais depuis des jours, comprenez !).
En cela donc, Auster n’a pas tort. Je ne pensais pas être si remuée face aux premiers films de l’histoire du cinéma (disponibles en DVD sur play.com : Early primitives and Pionneers par le British Film Institute).
Mais cette frontalité, un langage cinématographique qui s’invente en direct, ses intuitions, sa modernité, en somme, émeuvent.
J’ai bien sûr choisi Griffith sciemment, mais on est déjà plus tout à fait dans le cinéma primitif…
Le 24/07/2006 à 07:08
Un peu rapidement mais il me semble que l’erreur d’Auster est d’établir une coupure entre muet et sonore alors que certains films muets sont construits (je pense à Stroheim mais on est loin des primitifs) exactement comme des films sonores. Et qu’à contrario certains films sonores, et je dirais même plus “bavards” (Pagnol, Eustache, certains Hawks…) sont construits comme des films muets
Le 24/07/2006 à 13:08
“pureté”, il s’agit peut-être d’un problème de traduction de l’anglais au français.
Ce passage associé à cette photo me touche…il ne s’agit pas d’énoncer une position, un principe mais de mettre en evidence un rapport, une relation aux images.
Comment rendre compte de ce rituel qui consiste à se rendre dans un lieu ou apparaissent/disparaissent des formes, des figures qui nous interpellent parfois de très loin ( cf la photo choisie )
Je viens de lire le livre d’un Ethnologue Patrick Deshayes ” les mots, les images et leurs maladies ” essai chez les indiens Huni Kuin, leur projetant des images que celui-ci a pris, celles-ci sont assimilées par les indiens à des visions sous hallucinogène pris lors de rituels chamaniques…peut-être que le cinéma a finalement à voir plus avec la vision, comme une manière de rechercher, de retrouver, de faire émerger des choses souterraines
Peut-être que je m’egare…
Le 24/07/2006 à 14:49
Il y a également la reflexion de Fernand Deligny faite à partir de l’observation d’enfants autistes…qui débouche sur une reflexion autour de l’image, qui rejoint peut être votre problématique
Il existe un documentaire ” sur un film à faire…” ( je ne suis pas sûr du titre ), j’avais trouvé sa pensée saissisante.
Le 24/07/2006 à 19:38
Quant au livre d’Auster (qui n’est pas un livre sur le cinéma mais un roman), je me permettrais juste de rappeler cette banalité : ne pas confondre l’auteur et l’un de ses personnages…
Le 25/07/2006 à 17:48
Sauf qu’Auster vomit le cinéma, se souvenir de son interview donné à Arte lorsqu’il fût membre du jury du festival de Cannes.
Le 25/07/2006 à 19:57
En tous les cas, la pureté chez Griffith se situait moins dans l’esthétique du muet que dans le personnage innocent et fragile qu’incarnait Lilian Gish. Une sorte de blancheur qui atteint son point d’incandescence dans le célèbre final de “A travers l’orage”, lorsque l’actrice, exceptionnellement vêtue de noir, se retrouve prisonnière sur le fleuve gelé en train de se morceler et que les chutes approchent. Par sa construction, d’une perfection absolue, la séquence rivalise avec n’importe quel grand film d’aujourd’hui.
Le 28/07/2006 à 21:47
oooh lilian… mon actrice préférée…