Signifier

“Be with me” : injonction, supplique, invite ou sortilège.
Etre ensemble, par delà le langage et les faux semblants. Parce que nous échouons à traduire complètement ce que notre âme ressent et que la pensée, comme le prétendait Bergson, demeure «incommensurable au langage “. Etre ensemble et déborder les filtres qui empêchent de voir, d’entendre : téléphones portables, mail, SMS, «appels en absence» qui surlignent précisément l’absence. Communiquer : relation intransitive, phagocytée par les écrans qui bouchent la vue, irradient. Le langage achoppe à trop être langage. Comment se trouver dans une société du flux, hantée par son cauchemar technologique ?
Tous ces questionnements latents impriment au film d’Eric Khoo sa languide violence. Be with me décline trois histoires d’amour, récits enchâssés qui mettent en scène, dans un premier segment une relation entre deux collégiennes, les amours frustrées d’un obèse dans un deuxième temps et Theresa Chan, dans la dernière partie, femme courageuse, sourde et aveugle, qui côtoie des personnages de fiction, leur insuffle son incroyable générosité et son désir de vivre.
Du fond de sa nuit, Theresa apprend aux héros qu’aimer passe avant tout par le don de soi. De loin en loin, d’écrans en écrans, les mots ne rencontrent que solitude. Seule Theresa Chan connaît intensément le langage des choses muettes, lesquelles trouvent leur propre voie, ce chemin secret qui mène à l’autre. La nourriture, tout comme dans le magnifique roman Kitchen de Banana Yoshimoto, permet l’inattendu rapprochement avec l’être aimé, celui qu’on connaît avant les mots.
Dans une séquence éblouissante de beauté, Eric Khoo donne à entendre la vie intérieure de Theresa Chan. On la regarde cuisiner, évoluer dans son appartement, tandis que des sous-titres égrènent ses pensées et souvenirs. Séquence muette, troublée par les tintements métalliques des casseroles. Le silence offre la connivence. Et la bouleversante étreinte finale, sur laquelle se referme l’un des plus beaux films de cette année, consacre un autre niveau de langage : celui du corps et de l’âme, dans un même mouvement.

Be with me, un film de Eric Khoo, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, Cannes 2005. Sortie à préciser.

22 réponses pour “Signifier”

  1. jean-sébastien dit :

    vu le caractère très subjectif de la photo, je ne sais pas comment il faut entendre “I’m coming”…

  2. sandrine dit :

    Oh ! ;-)

  3. Phil dit :

    Sacré (…), je n’aurais pas osé la faire, surtout à 8h20 du matin :-)

  4. Esther dit :

    j’avoue y avoir pensé également… (surveille ton inconscient Contrechamp !)
    En tout cas, Monsieur Jean-Sébastien a l’air plus en forme que Monsieur Phil, qui n’est pas du matin semble-t-il…

  5. sandrine dit :

    Oh !

  6. Phil dit :

    Si si Ether, j’étais devant vers 9h15, mais justement je me suis retenu, si je puis philer la métaphore… :-)

  7. sandrine dit :

    Et voià une note avortée alors que pas même écrite. Je jette l’éponge ! :-)

  8. Phil dit :

    Ooh NON !!!
    Pas encore une fois !!

    Je ne sais même pas qui est Eric Khoo, et en plus la photo est très belle.

    On veut en savoir plus !
    Merci d’avance

  9. sandrine dit :

    Ah, bon ?! Ok, j’essayais à tout hasard : il fait si chaud.

  10. Esther dit :

    Oh non ! Please, come again !
    Ok je sors…

  11. Damien dit :

    Ouais, pas d’excuses foireuses pour ne pas faire votre travail Mrs Counterfield, les Français ont le droit de savoir !

  12. sandrine dit :

    C’est une fronde ! :-) Je peux négocier ? Juste une petite heure encore en terrasse…

  13. .Moland.Fengkov. dit :

    en terrasse ou avachie sur une pelouse quelconque ?

  14. Phil dit :

    Une douche froide et au clavier !!

  15. sandrine dit :

    Pffff ! Pas envie !
    Et qu’est-ce que c’est que cet horrible mot à mot, Damien ? “Counterfield” pour Contrechamp !!!! I prefer Miss “reverse shot”…
    Et jamais je ne m’avachis sur les pelouses : j’ai un certain standing tout de même. Des preuves à charge peut-être, Moland ? :-)

  16. .Moland.Fengkov. dit :

    oh, vous savez, moi, je dis ça, je dis rien…

  17. Esther dit :

    Vue !

  18. sandrine dit :

    Voilà, j’ai fait mes devoirs. Je peux retourner “pétasser” en terrasse ?

  19. .Moland.Fengkov. dit :

    C’est 8,50 euros en terrasse… J’peux encaisser tout de suite, Mam’selle ? J’ai fini mon service…

  20. Damien dit :

    Well done, Miss Reverschott !

  21. Izo dit :

    Ah ben tiens ! Banana Yoshimoto qui se retrouve citée ici ! La petite Banana fait pas beaucoup parler d’elle ces temps-ci, à moins que je ne me sois fait avoir par mes yeux encore maladroits en matière de kanji.

    Enfin, bref, dis-moi que ce film sortira cet été, genre au mois d’août… C’est pas tous les jours que je reviens en France !! (Ah si je pouvais revenir, juste pour le ciné, une fois par semaine).

    A propos, y a longtemps que tu n’as pas écrit une note sur une série TV, un bon drama de la Fox ou d’ailleurs.

    Izo

  22. sandrine dit :

    Concernant Yoshimoto, le peu qui a été traduit reste en deçà, je trouve, de son sensible Kitchen. J’avoue avoir été déçue par ses autres livres.
    C’est troublant ça : je suis précisément en train de finir aux forceps le visionnage de plusieurs séries, pour pouvoir en parler ici. Tu devances mes prochains billets ! :-)
    Au menu et dans le désordre :
    24 (saison 4)
    Carnivale (saison 2)
    Je me suis aussi mise à Queer as Folk, L. World et attend Lost avec impatience.
    Je note, non sans amusement, que le lecteur est roi sur ce blog : quand il ne me harcèle pas pour que j’écrive, il me commande maintenant des billets !
    Je suis cannibalisée ! :-) (en fait, ça me booste en cette période de grande paresse).
    Concernant Be with me, je n’ai pas de date de sortie, celle-ci ne figurant pas dans le dossier de presse. Si d’autres ont des infos plus précises, qu’ils se manifestent !
    Sinon, je te propose un deal, cher Izo :
    JF échange appartement Paris + carte abonnement cinéma contre hébergement Japon. Pas sérieux s’abstenir.
    ???

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