The love cat


Björk, Triumph of a Heart - Clip réalisé par Spike Jonze

Il y avait bien longtemps qu’un clip ne m’avait pas autant fait rire que celui réalisé par Spike Jonze pour Björk, artiste avec laquelle il avait déjà collaboré pour le titre ‘It’s Oh So Quiet’”.
Spike Jonze, connu pour ses films Dans La Peau de John Malkovich et Adaptation, a imposé son style singulier dans différents clips : de ‘Sabotage’ (Beastie Boys) à “Weapon of Choice” (Fatboy Slim), en passant par ‘Da Funk’ (Daft Punk) ou “Electrobank” (Chemical Brothers).
Jonze affiche un goût prononcé pour les univers étranges, traversés par d’euphorisantes embardées du côté de l’absurde.
Nous sommes en Islande. La jeune femme s’ennuie au lit avec son mari de chat. Bien déterminée à s’amuser, elle quitte le domicile conjugal et atterrit dans un rade. Commence alors une longue nuit de beuverie, en compagnie d’autochtones. Au petit matin, piteuse et défaite, elle retrouve son amour de chat qui la ramasse sur le bord de la route.
Que Björk partage son lit avec un matou (réel ou animé, selon les séquences) importe moins que ce formidable moment d’auto-dérision auquel se livre sans retenue l’artiste. Passablement éméchée au début du clip (Jonze filme admirablement la durée), la belle sombre dans un delirium tremens cathartique. Elle se cogne dans une porte vitrée, se retrouve les quatre fers en l’air, se relève, court dans la rue, hagarde, saccage une borne, échoue dans le caniveau, s’ouvre le crâne, se relève encore, hilare, et se réveille au petit matin sur une route de campagne, la robe maculée et le front ensanglanté.
Les regards caméras de Björk, qui nous prend à témoin de son délire, comptent parmi ce qu’il y a de plus drôle dans le clip. Ces scènes, filmées caméra à l’épaule, presque documentaires (la fête à la manière islandaise), ne sont pas sans évoquer la série Jackass, dans laquelle Jonze a fait quelques apparitions : même euphorie liée à une mise en scène absolue de soi, même passion pour la démesure et l’exubérance.
On n’est pas prêt d’oublier ces séquences hilarantes où Björk, artiste obsédée par le contrôle, lâche enfin prise.

27 réponses pour “The love cat”

  1. .Moland.Fengkov. dit :

    tout à fait d’accord avec toi, S., j’aime particulièrement le moment où le délire repart, relancé par un jeune branché qui exécute une séance de beat-box, mais j’avoue que le surréalisme de l’ensemble peut instiller une discrète dose d’inquiétude.

  2. sandrine dit :

    Pas faux : il y a aussi quelque chose d’inquiétant dans l’entreprise, quelque chose même d’un peu dépressif… Mais quel délire !

  3. lo dit :

    pour ma part, j’adore l’image du chat au volant de la voiture : il a presqu’une expression de compassion, du genre : ben je t’aime, tu le savais, on se connaît, il y a une grande complicité entre eux, un quotidien réel…
    et puis, effet facile, quand la voiture s’arrête, on ne voit pas le chat, puisqu’il est tout petit derrière le volant, je craque
    j’aime aussi les cœurs qui s’envolent autour de björk quand elle se réveille, on retrouve soudain le truc poétique qui la définit, un peu commes les méduses du clip précédent : cette idée que sa voix, son univers, son chant fabriquent quelque chose de réel, matérialisé -dans un autre univers, bjôrk serait une x-men, son pouvoir serait source de création, et je pense soudain à alison blair, the dazzler, alliée des célèbres mutants pour un temps…
    arrête-moi sandrine, quand je commence comme ça, je pourrais VRAIMENT me laisser aller ;-)
    lh.

  4. sandrine dit :

    Ah,ah,ah ! Loin de moi l’envie de t’arrêter, Lo ! J’aime beaucoup les séquences que tu décris, absolument craquantes en effet ! Comme ce n’était pas l’angle que je privilégiais, je n’ai pas sélectionné les photogrammes dont on parle. Mais oui, l’air ingénu de Björk, son amour de chat qui lui pardonne au final ses incartades, quelle poésie ! Décidément, je suis fan de l’univers de Spike Jonze.

  5. lo dit :

    puisqu’encouragé…
    alison blair est une jeune pop-star blonde des années 80, connue sous le nom de dazzler (the dazzler, dans la bd américaine, “celle qui illumine”, dans le sens d’un feu d’artifice, quelque chose de brillant, presqu’aveuglant); c’est une mutante, dont le pouvoir est de transformer sa propre voix en véritable festival pyrotechnique : pour le public qui assiste à ses spectacles, les effets spéciaux sont saisissants -mais nul ne sait qu’alison blair est une mutante et la bd va focaliser sur le coming-out possible d’alison blair dans un climat anti-mutant grandissant (famille comprise) et sa crédibilité comme chanteuse une fois qu’elle aura été reconnue comme mutante (et qu’elle s’assumera comme telle) va être mise à mal : c’est alors qu’elle rejoindra les x-men, perdant du coup et son indépendance et le caractère original d’une série militante à plus d’un titre (combat féministe, social, lutte pour la tolérance et l’acceptation de la différence, etc…)
    j’ai lu à propos du dernier album de björk dans le supplément du monde en anglais -hélas je n’ai pas gardé l’article et je le regrette bien- un texte sublime qui exprimait toute l’originalité du talent de la chanteuse islandaise, cherchait à en comprendre l’origine, abdiquait bien entendu : björk était cosmique et inhumaine dans le sens : au-delà de l’humain, le dépassant et le rassemblant tout à la fois (mais je résume bien mal la pensée du journaliste), une mutante en somme…
    cqfd,
    lh.

  6. sk†ns dit :

    Un vrai Freak cette nana…

  7. .Moland.Fengkov. dit :

    Oui, mais le freak, c’est chic…

  8. jean-sébastien dit :

    je suis tout à fait d’accord avec lo sur l’image du chat au volant (bon il faut dire que j’adore les chats, des fois ça suffit et même ça se substitue à l’esprit critique…)

  9. jean-sébastien (bis) dit :

    skoty > comment dit-on freak en nietzschéen?

  10. Tlön dit :

    Peux t’on ne pas aimer Björk? Trouver ça surfait, poseur etc…?
    Qui se souvient encore de Yes, Emerson Lake and Palmer, Rick Wackeman, de l’art pompier.
    Björk c’est la Bouguereau du rock

  11. sandrine dit :

    Inculte comme je suis, j’ai du me renseigner sur ce Bouguereau, peintre de son état, somme toute très classique et là, je ne comprends pas tout… Peux-tu être plus explicite Tlön ! Quant à Yes ! Wow, tes analogies me surprendront toujours !

  12. sk†ns dit :

    Plutôt la Bacon (Francis) du rock en moins bien — pour se situer dans cette perspective “picturalisante”.
    Bonne soirée.

  13. Tlön dit :

    Bacon est “un antimoderne”
    Bouguereau est un “pompier” pas la même chose.
    On essaiera d’y revenir…pas d’un point de vue pictural d’ailleurs (Lecture des Antimodernes de A.Compagnon Ed Gallimard en cours..a suivre..
    Yes fut la musique dominante à une certaine époque (la mienne) comme Björk l’est aujourd’hui.

  14. lo dit :

    owner of a lonely heart vs. triumph of a heart
    there’s definitely something there…
    lh.

  15. sandrine dit :

    Là, moi, je suis larguée ! :-)

  16. jean-sébastien dit :

    on peut ne pas aimer Yes, mais je ne suis pas sûr Tlön que la comparaison soit opératoire…il n’y a strictement aucune invention musicale chez eux, on peut au moins reconnaître ça à Björk…

  17. jean-sébastien dit :

    heu je voulais dire…”on peut ne pas aimer Björk”…

  18. Philippe Manoeuvre dit :

    Comparer Björk a Yes, c’est comme comparer Lorie à Téléphone…

  19. Tlön dit :

    Mon cher Philippe
    Jr me permets de te tutoyer, ancien lecteur de Rock and Folk je fus, malgré tous l’amour que tu as porté à Téléphone, et donc à ton corps défendant je te concède que ta comparaison est tout à fait pertinente.

  20. Damien dit :

    Moi aussi elle me gave un peu la petite Islandaise : les musiques varient, mais le chant (le cri ?) est toujours le même - je préfère Kate Bush (et Nina Hagen, qu’est-elle devenue ?)

  21. .Moland.Fengkov. dit :

    Nina, elle vend des glaces à la DASS…
    (désolé, je fréquente trop le blog de Cyrille…).

  22. sandrine dit :

    Ce qui m’embête avec Björk, c’est la disparition progressive de la mélodie au profit de la recherche musicale. Elle revient à ses 1ères amours - la musique contemporaine- pour avoir travaillé notamment avec Stockhausen. En concert, elle est très concentrée sur sa voix et sa relation au public n’est donc pas très spontanée. Néanmoins, je suis toujours là et continue à la suivre d’albums en albums car elle a un vrai univers.

  23. Damien dit :

    Je l’aimais bien au début (aussi pour ses looks extarvagants, son air de femme-enfant eurasienne et mutante) et puis je me suis lassé de sa voix atmosphérique… Mais je la trouve remarquable dans le film de Lars von Trier (film par ailleurs assez puant)

  24. Salvo dit :

    Ciao come ti chiami dove 6 . Rispondi ciao

  25. Bacem dit :

    je cherche une fille

  26. sandrine dit :

    Cherche : tu finiras peut-être par trouver. Mais pas ici ! Au revoir.

  27. Totoro dit :

    “la fête à la manière islandaise”, c’est exactement ce qui m’a plu dans ce clip, et pis moi j’adore quand la Björk elle se lache!

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