Théâtre réalité
Fabrice Melquiot, auteur dramatique
Lorsque j’ai pris ma place pour découvrir la nouvelle création de l’auteur dramatique Fabrice Melquiot et du talentueux metteur en scène Emmanuel Demarcy-Mota, tous deux la trentaine radieuse, le talent en prime, c’était avec la confiance sereine d’assister à un moment de théâtre exceptionnel. Espoir non déçu.
J’ai eu le privilège, l’an passé, de travailler avec Fabrice Melquiot à l’occasion d’un stage d’écriture dramatique organisé au théâtre de la Bastille. Etre initiée aux mystères de l’écriture d’un auteur, investir son imaginaire, être témoin du moment bouleversant où un texte prend corps, chair et vie sur scène m’a permis de dépasser mes réticences à l’encontre du théâtre.
Car pour un cinéphile, le hiatus entre cinéma et théâtre, pôles inconciliables, existe intensément. Daney d’ailleurs en parlait très bien, faisant état de sa défiance en direction du théâtre, invoquant, si mes souvenirs sont bons, une artificialité qui le dérangeait (s’agit-il bien de cela ? Qu’on rectifie mon propos si je m’égare).
La troublante, voire malaisante proximité avec les comédiens de théâtre me rebutait, lui préférant la distance de l’écran de cinéma. De plus, j’estimais que les moyens de raconter une histoire au théâtre étaient restreints par rapport au cinéma, jugement que j’ai encore revu il y a une semaine avec Ma Vie de Chandelle.
Soit un trio. Lui est chauffeur de salle. Il rencontre un couple, s’éprend du mari, s’installe chez eux et tient la chandelle. Voyeur, frustré, il interpelle le public sur sa vie de chien, malmène l’audience, la prend à témoin.
Tant et si bien que le spectateur se retrouve lui-même dans la position du voyeur et plus subtilement au coeur d’un dispositif qui s’apparente à un studio de télévision !
Là, les intentions de l’auteur se font jour : il s’agit d’une dénonciation glaçante et corrosive de la télé réalité où les individus s’exposent en toute impudeur, pour finir engloutis par ce même dispositif qui les a fait advenir au monde. Nul n’est épargné : des individus qui se livrent complaisamment à cette mise à nu et ceux qui les regardent.
La pièce fait écho à mon interrogation sur la perte d’identité générée par la télévision : les personnages s’appellent tous les jours par des prénoms différents, jeu initialement à visée érotique mais qui stigmatise l’abîme identitaire dans lequel ils sombrent.
Demarcy-Mota joue constamment sur les mises en abîme, en usant d’écrans et de vidéo en live. Les points de vue sont démultipliés : ceux que nous regardons nous regardent en retour, grâce à une subtile mise en scène qui joue sur la réflexivité.
Son théâtre en cela communique intimement avec le cinéma, s’en nourrit (les références à l’univers de David Lynch sont manifestes). De même, la pièce joue sur cette frontalité inhérente à la télévision (cf post de JS sur le “facingness” de la TV).
J’ai été stupéfaite par la violence de cette pièce, son sujet (je ne savais pas du tout que ce spectacle traitait de la TV réalité ! Qu’on ne me taxe pas de monomanie !) et par la noirceur inattendue de l’écriture de Melquiot, si habituellement intime, poétique.
Demarcy-Mota et Melquiot apportent la preuve que le théâtre peut être le lieu d’expérimentations passionnantes qui n’ont rien à envier au cinéma. Allez en juger par vous-mêmes !
S.
Ma Vie de Chandelle, du 3 mars au 27 mars, Théâtre des Abbesses (Métro Abbesses). Réservations au 01 42 74 22 77

Le 19/03/2004 à 01:04
ah là là…je sens que ça va m’énerver!!! (réponse le 23!)
:-) Carrie Bradshaw
Le 19/03/2004 à 01:12
Eh oui ! Et j’en ris d’avance! Je vois où se situent tes réticences. A ton sens, le metteur en scène adopte un point de vue moralisateur et ma foi, assez culpabilisant sur la TV réalité qui pourrait se résumer ainsi : tous voyeurs ! Je me trompe ? Je ne ferai rien pour te persuader du contraire puisqu’il s’agit bien du propos de la pièce…
S.
Le 20/03/2004 à 01:19
let’s see, let’s see…
Le 20/03/2004 à 01:22
d’ailleurs je crois bien que le voyeurisme est une notion qui ne me gêne plus aujourd’hui, du moins plus complexe et riche que ce à quoi on a l’habtude de la résumer…
et puis…je ne sais pas si le spectateur du LOft était un voyeur, en tout cas pas seulement, un voyeur-spectateur peut-être…(une notion à creuser!!)
allez comme on dit, see you (!)
Le 20/03/2004 à 01:45
Hé, hé ! Cela m’amnènera prochainement à parler de la notion d’oeil absolu !
S.
Le 2/09/2004 à 17:03
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Le 21/09/2004 à 11:35
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