To catch a thief - De Marion Crane à Marion Holland

Deux héroïnes hitchcockiennes en cavale. Janet Leigh dans Psycho (1960) et Tippi Hedren dans Marnie (1964). Des personnages de voleuses, toutes deux prénommées Marion, lesquelles disparaissent avec l’argent de leur patron.
D’un film l’autre, le geste se redouble : boucler les valises, rassembler les papiers d’identité, cacher l’argent.
Une cérémonie chargée d’érotisme .
La béance de la valise, la lingerie fine, les billets de banque : le crime, comme sublimation de la sexualité, topos hitchcockien.
Marnie, remake en couleurs de Psycho ?
Une substitution, un transfert qui n’ont rien de fortuits. Tuer son personnage, le sauver quatre ans plus tard.
Marion, take 2 : l’habiller, soigner ses accessoires (la valise, le sac à mains), restaurer la blondeur naturelle de la chevelure (son forfait accompli, Marnie/Marion se décolore les cheveux), selon un désir fétichiste qui n’est pas sans évoquer Vertigo.
Hitchcock, comme James Stewart, exhume son héroïne d’entre les morts, lui offre un nouveau devenir fictionnel.

17 réponses pour “To catch a thief - De Marion Crane à Marion Holland”

  1. lo dit :

    remake ou prolongement?
    reprendre le personnage, le sauver d’une douche mortelle, l’habiller, passé, futur, le justifier en quelque sorte
    imaginer un autre film, une autre marion, encore une autre, le prénom multiplié à l’infini -un “vice de forme” en quelque sorte, self-private joke ;-)
    lh.

  2. Pierrot dit :

    Un grand merci pour votre participation à mon enquête dont les résultats viennent de tomber…

  3. Philippe[s] dit :

    C’est dans le “to be continued” que tu dévoiles le nom du peintre ??

  4. sandrine dit :

    lo,
    Excellente intuition, comme toujours !

    Pierrot,
    Tout classement est décevant (le consensus aux dépends du singulier).

    Phillipe(s),
    Curieux. Tu n’as pas reçu mon mail, en réponse à notre quizz privé ? Le tableau dans Psycho (celui que soulève Bates pour s’adonner au voyeurisme) est bien une variation sur Suzanne et les Vieillards, mais Tlön me disait qu’il avait été vraisemblablement peint pour les besoins du film. Donc, son auteur reste un illustre inconnu. Je n’ai trouvé, de mon côté, aucun crédits.

  5. sandrine dit :

    Et le “to be continued” annonçait plutôt la finalisation du billet (rapide) et une suite à ce dernier !

  6. Tlön dit :

    Hitchcock travaille non pas tant sur le thème que le motif.
    Marnie/Vertigo : l’ouverture de Marnie reprend effectivement les séquences de Vertigo.
    The Birds dérive des oiseaux empaillés de Pyscho (cf la bande son accompagnant les meurtres de la “mère”
    Scène de l’aveu du “Rideau Déchiré sue une colline jardin d’eden reprise de films antérieurs.
    To be continued

  7. sandrine dit :

    Right ! :-)

  8. Philippe[s] dit :

    Sandrine, non, pas reçu de mail. Mais la réponse ne m’étonne pas outre mesure (on pourrait s’amuser à chercher les tableaux qui ont inspiré le “décorateur” de Psychose)

  9. Vincent dit :

    Le rapprochement est intéressant mais Marnie n’est elle pas psychologiquement plus proche de Norman Bates ? Le crime comme substitut au sexe…

  10. (lo) dit :

    (trente-sept minutes déjà, depuis l’institution surpeuplée, à me demander, les yeux dans le vague, pourquoi je bloque sur le commentaire de vincent…
    to be continued, c’est à la mode
    lh.)

  11. sandrine dit :

    Moi aussi, lo, le commentaire de Vincent me tarabuste.
    C’est pourquoi, je n’y ai pas répondu tout de suite. Bien joué, Vincent : tu as réussi à tourmenter deux âmes tranquilles (?).
    Marnie, c’est la frigidté, Bates, le refoulement. Une sexualité sublimée par le crime dans les deux cas. L’une kleptomane, l’un schizophrène. De la névrose à la psychose. Ca, c’est pour le symptôme.
    Quant au devenir des personnages. L’une s’en sort, l’autre pas. Dans la lourdingue explication du psy à la fin de Psycho (évacuée par GVS), on dit bien que Norman est mort et que c’est Mme Bates qui a pris le dessus, en somme, s’est complètement incarnée.
    Mais quand on y réfléchit bien, on se rend compte que Marnie, c’est pareil : une histoire d’incarnation. L’héroïne doit accepter son corps, sa féminité, ce que réussit, au fond, Norman Bates, à travers sa mère.
    Ca rejoint ce à quoi tu pensais, Vincent ?

  12. lo dit :

    j’étais moi aussi sur la frigidité des deux personnages, je cherchais pour bates le mot adéquat, sentant qu’on ne pouvait pas parler de frigidité dans son cas
    tu parles de refoulement, sandrine, mais quelque chose me gêne
    dans les deux cas, les personnages ont une vie sexuelle, évidente
    subie pour marnie
    sans doute masturbatoire pour norman
    mais
    je ne pense pas que le crime se substitue au sexe : je pense qu’il s’y ajoute, qu’il en est un aboutissement, je veux bien qu’il se substitue à l’orgasme, voilà
    vous voyez?
    et il y a aussi le dédoublement de personnalité dans les deux cas (si je me souviens bien, marnie nie le vol) qui implique autre chose : le crime n’est pas un choix conscient, c’est un dérivatif
    un substitut, direz-vous encore…
    oui
    mais
    crime?
    lh.

  13. sandrine dit :

    Bates ne se masturbe que chez GVS. Tout indique qu’il ne s’adonne pas aux plaisirs onanistes chez Hitchcock. D’ailleurs, quand j’ai vu le remake, j’étais horrifiée. Je me disais : “si Norman Bates se masturbe, alors il ne peut pas tuer l’héroïne” puisque ça participe de la même pulsion et invalide le geste meurtrier.
    Je crois qu’il faut vraiment chercher du côté de l’incarnation, de la part féminine refoulée. Pas un hasard d’ailleurs le choix de Perkins, acteur très féminin. GVS en a d’ailleurs rajouté sur le côté queer de Vince Vaughn.

  14. vincent dit :

    Désolé de vous avoir perturbé, mais ça m’est venu un peu d’instinct. je pense que c’est bien aussi pour moi le côté féminin de Bates qui finit par laisser sa mère prendre le dessus qui me séduit comme idée.
    Je vois aussi ce qui sépare Marion Crane de Marnie. Marion a une vie sexuelle affirmée (la scène d’ouverture) par forcément enthousiasmante mais sans névrose. Elle est aussi déterminée, son “crime”, le vol, n’est pas une pusion, mais une opportunité qu’elle saisi avec méthode et intelligence. Ce vol n’est pas lié à sa sexualité. Marnie c’est le contraire, sa kleptomanie est une conséquense de se phobies. Même si elle y met de la méthode, elle est aussi possédée que Bates quand il tue. Et lui aussi y met de la méthode. C’est d’ailleurs pour cela que je ne le vois pas se masturber non plus, ça me semble un contresens puisque quand il fait le voyeur, c’est une transition à son changement de personnalité.
    Je m’excuse, c’est peu être un peu confus, mais c’est comme cela que j’analyse cette réflexion instinctive

  15. lo dit :

    relisant et relisant, je découvre une différence frappante dans vos deux commentaires, quelque chose d’étonnant : quand sandrine met en parallèle la kleptomanie de marnie et la schizophrénie de norman, vincent rapproche le vol du meurtre
    je pense à nouveau la question : où est le crime?
    dans les deux cas, c’est l’éducation, la famille
    norman bates et marnie ne sont finalement que des victimes, au même titre que les leurs

    en ce qui concerne la masturbation de bates…
    il y a suffisamment de désir en lui pour justifier la présence de l’œil à travers lequel le garçon reluque ses proies : du voyeurisme à l’érection et du voyeur à l’onaniste, il n’y a qu’un pas
    je n’ai par contre pas parlé de jouissance, d’éjaculation, ni d’orgasme -dans un cas comme dans l’autre, d’ailleurs
    c’est bien l’insatisfaction d’une pulsion sexuelle, me dis-je, qui conduit à l’acte “criminel”
    que bates se masturbe ou non (chez hitchcock ou van sant : que ce soit figuré ou non), cela vient évidemment à l’esprit de tout voyeur
    non?
    (une âme tranquille, sandrine? lol)

    quant au crime lié à la féminité…
    la scène de la douche de “psycho” : un exorcisme de la menstruation chez le réalisateur américain?
    de même que le rouge vient en horreur pour marnie, forcément, forcée
    lh.

  16. Vincent dit :

    Juste pour vous répondre sur la notion de “crime”, je l’entend au sens 19e du mot : le crime en tant que transgression. Norman est effectivement une victime, comme Marnie, ils subissent des pulsions et y répondent par ces transgressions du meurtre et du vol. C’est là où Marion est différente, son “crime”, son vol, est froidement envisagé, elle ne serait pas juridiquement irresponsable. elle n’agit pas sous une emprise extérieure, sauf à considérer la pression sociale qu’elle subit mais ça nous entraîne ailleurs.
    Ensuite, si c’est le rapprochement d’un meurtre avec un vol qui vous choque, disons que je crois qu’ils sont similiaires en tant qu’actes cinématograohiques. Norman pourrait aussi bien être kleptomane ou Marnie une tueuse, ça ne changerait rien au fond de ces histoires.

  17. lo dit :

    lol non vincent, rassure-toi : rien ne me choque ;-)
    les rapprochements sont faits pour être osés, ils diffèrent simplement de l’un à l’autre et c’est ce qui m’intéressait, ici
    transgressivement,
    lh.

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