Toujours vivants

Rachel Griffiths dans Six Feet Under

On commençait à se dire que Six Feet Under (saison 4, dimanche soir, Canal Jimmy) sentait sérieusement le chloroforme, quand deux événements coup sur coup sont venus infléchir ce sévère jugement : l’épisode diffusé la semaine dernière et l’annonce de l’arrêt de la série, dont le tournage de la 5è et ultime saison s’achève. Dès lors, le projet de ce petit monument télévisuel prend tout son sens : achever un cycle.
Depuis la saison 3, très mitigée, les personnages évoluaient dans la gangue ouatée d’une vie normative, évidée des débordements passés. Oubliés les excès, muselés les instincts, envolée l’euphorisante étrangeté ! La frontière entre les vivants et les morts s’amenuisait à vue d’œil. Rien ne semblait plus distinguer, en effet, les Fisher des cadavres qu’ils embaument à longueur d’épisodes, inlassablement. Le gel paralysant du conformisme avait engourdi leur manière d’existence, celle qu’on aimait tant, loin des convenances, mais terriblement humaine, au fond. Les héros, que nous avions vus « grandir » sous nos yeux se dérobaient. A moins que ce ne soit nous qui n’avions plus notre place dans ce grand maelström psychologisant ?
Et puis, il y a eu un mort (Lily Taylor/Lisa, épouse de Nate Fisher) et la saison 4 s’est ouverte sur sa mise en terre, au sens littéral du terme. Effet de proximité, nous avions réintégré, sans nous en rendre compte, la famille de croquemorts.
L’épisode diffusé dimanche dernier n’a fait que confirmer ce qu’on pressentait : les personnages tentaient de faire le deuil d’eux-mêmes, de leur ancienne personnalité dévorante. Un échec. «Je crois que je ne changerai jamais » confie l’exubérante Brenda, en post cure de désintoxication. Et la série d’en prendre acte et de retrouver ses fulgurances narratives, son impertinence et sa gravité.
Parce que Brenda, incontestablement le personnage pivot de la série, celui qui lui donne son souffle, ne changera jamais sa nature profonde, mais «fera avec», elle révèle le projet secret de cette série climatique : regarder des personnages composer avec leurs instincts pour se conformer aux attentes sociétales, trouver un moyen terme enfin dans l’acceptation de ce qu’ils sont intimement. Passe sur le visage de l’excellente Rachel Griffiths un sourire triste, presque une manière de s’excuser. Moment d’extrême dénuement et d’une rare beauté.
Six Feet Under s’envisage donc dans un continuum, un tout insécable, à l’image d’une vie. Un cycle s’achève. Le temps de vivre, le temps de mourir…

23 réponses pour “Toujours vivants”

  1. Esther dit :

    J’adooooooore….

  2. .Moland.Fengkov. dit :

    J’adeure © !

    Cette actrice australienne, découverte dans “Jude” de Winterbottom, irradie l’écran ! Pas une bombe, mais mieux : une beauté discrète… Ah, ses cheveux courts dans “Among Giants”, un régal… Quant à son rôle dans “Six Feet Under”, sans doute son meilleur. C’est étonnant comment certains acteurs anglosaxons retrouvent un état de grace dans une série TV… Attendons ton texte avec impatience, surtout que la dernière saison de 6FU commençait très mollement…

  3. lo dit :

    woof ;-)
    lh.

  4. sans moi, rendue téléphile dit :

    je veux la revoir !

  5. morgane dit :

    ahhhh, Brenda… Un des personnages les plus marquants de l’histoire de la série TV ! Et de loin mon préféré de six feet under.. C’est incroyable de voir à quelle point Rachel Griffiths est talentueuse, quand on sait qu’elle a eu du mal à vraiment percer.. Combien y a-t-il d’acteurs et d’actrice à un tel potentiel, que nous ne connaitrons sans doute jamais ?

  6. sandrine dit :

    Oh la la ! Je viens de rentrer et vais m’atteler à mon texte. Quelle pression mes aïeux ! En tout cas, je vous rejoins tous sur cette actrice : 6FU, c’est elle !

  7. Sébastien dit :

    La télé fait les talents. Nul doute que Rachel Griffith est une bonne comédienne, mais voilà, elle a pu rencontrer là un vrai personnage, au sens où deux heures ne suffisent pas à en faire le tour. C’est ce qui fait la secrète grandeur des séries : l’apprivoisement des personnages, et partant des comédiens qui les incarnent, sur la durée, et non plus dans le temps imparti (autre tout de force, cependant) par le cinéma.

  8. christian dit :

    Lorsque les séries télé ont la qualité du cinéma (du bon cinéma)…
    J’ai acheté la série 1 (dvd). Un film.

  9. sandrine dit :

    Et la saison 3 vient de sortir depuis peu en DVD, plus en demi-teintes, plus introspective, plus faible. Mais je l’achèterai quand même, car la série s’envisage dans la durée, comme je l’ai écrit plus haut.
    Je te rejoins bien sûr Sébastien sur cette question de durée. Dans 6FU, les vivants côtoient les morts, ce qui a pour don d’accélérer les particules de leur existence. Pas une saga à la Dallas pour autant, même si le sujet est l’histoire de cette famille.

  10. jean-sebastien dit :

    moi j’aime pas tellement six feet under…(aussi psychologiquement lourdingue que du Bergman…)

  11. sandrine dit :

    Hérétique ! A la fois pour Bergman et 6FU ! :-)

  12. Le physionomiste du Babalu Café dit :

    Tiens, tiens, une ressemblance avec quelqu’un qu’on connait bien…
    Y aurait-il de l’identification dans l’air ?
    Normal pour quelqu’un qui se croit déjà au Paradis (http://moland.kaywa.com/edito/toutlemondeenparle3.html#comments), 2 mètres sous terre (in french in the text).

    Et l’Enfer c’est pour les autres ?!?

  13. sandrine dit :

    D’identification, c’est ce dont il est question aussi dans ce billet ! Et qui dit que je me figure au Paradis ? M’est avis que je devrais répondre de beaucoup de choses “là-haut” ! :-)

  14. Esther dit :

    Tout à fait d’accord : la ressemblance est frappante ! Il fait super bien son boulot le type du Babalu….

  15. sandrine dit :

    Vous divaguez…

  16. Damien dit :

    Sandrine : adepte de la série et du personnage de Brenda, j’avoue n’avoir pas osé lire ton texte car je n’ai vu que les 2 premières saisons… Spoiler or not ?
    JS : pour Loft Story et contre Bergman, non mais ça va pas la tête ???

  17. Tlön dit :

    Je dois avouer également guère apprécier six feet que je trouve très plombant et plombé..une manière d’étirer le plan sans que rien n’advienne assez lourdingue.

  18. sandrine dit :

    Damien,
    Je reste assez évasive sur la saison 3 mais il y a néanmoins un élément que je dévoile qui peut nuire à ton plaisir de spectateur. A toi de voir. C’est un peu comme dans The Addiction de Ferrara : si tu veux connaître la vérité, c’est à toi de faire le choix, quelles qu’en soient les conséquences. J’adore ce film et ne doute pas que tu l’aimerais également si d’aventure tu ne l’avais pas vu….

    Tlön,
    Il y a une grande différence entre un plan qui s’étire et celui qui se déploie et prend le parti pris de la durée pour que les choses les plus ténues et les plus sensibles affleurent de manière subtile. Dans 6FU, on est plutôt dans ce cas de figure, il me semble. Je ne suis pas d’accord avec le reproche commun qui veut que 6FU soit outrageusement psychologisant. On regarde les personnages évoluer, se planter, se relever enfin.

  19. jean-sébastien dit :

    psychologisant, peut-être à cause de l’aspect excessivement solennel de l’ensemble…

  20. jean-sébastien dit :

    psychologisant, peut-être à cause de l’aspect excessivement solennel de l’ensemble…

  21. Le physionomiste du Babalu Café dit :

    Merci Esther, mais je suis payé pour ça…
    Bon effectivement le brushing en pointes volantes et le chemiser en soie rose, c’est pas trop son style.
    La rigueur et la discretion sont de mises sur Contrechamp.

    Des divagations… Certainement pas !
    Tout juste un léger morphing…

    Mais le regard, aah le regard… profond, malicieux
    En coin pour toujours garder un oeil sur le hors-champ… C’est pas un signe ça !

    Et le sourire (inoubliable ?), un narquois à peine perceptible, un effleurement des lèvres…
    Une répartie cinglante toujours prête à fuser.
    De la tristesse ? Pas sur celui-là.

    Alors Rachel M. ou Sandrine G.
    faites votre choix
    les jeux sont fait
    rien ne va plus…

    Faut-il faire le deuil de son image ou s’en excuser ?

  22. sandrine dit :

    Euh…

  23. roger dit :

    cher
    je viens par cette note si triste vous expliquez un probleme.
    je suis un jeune garcon de 18 ans je recides en cote d’ivoire
    mes parents nous etions 4 ds la familles mon pere,ma mere et mon frere.
    j’ai vu mourir mon pere en 1993 par la suited’un accident de circulation , presentement
    je vis avec ma mere et mon petit frere ce dernier fu malade la semaine derniere
    nous l’avons amenes a l’hopital les docteurs l’on consulter suvie d’une radio,
    les resultats venir nous constactons que il souvre d’un cancer de peau
    le docteur qui s’occupe de lui nous a demander une faute somme pour pouvoir commencer les soins, nous avons pu en trouver la moitier de la somme demander
    donc c’est par la suite de ça nous vous invitons a nous venir en aide.
    MERCI

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