Tu me parles avec des mots et je te regarde avec des sentiments.
Ferdinand : tu ne me quitteras jamais, dis ?
Marianne : Bien sûr. (Un silence). Bien sûr…
Le regard caméra est une vérité qui dérange, une connivence, une trouée dans un récit déstabilisé.
Pierrot le Fou, 1965. Anna Karina donne la réplique à Jean-Paul Belmondo.
“Tu ne me quitteras jamais”. Karina cesse d’être Marianne et répond à Godard, hors champ, droit dans les yeux : “bien sûr”.
Dans le silence qui ponctue cette affirmation pensive se loge la cruauté. Flotte sur ce plan l’intuition secrète d’un terme échu, la tragédie d’un couple en voie de séparation.
Le regard caméra est une vérité que les plus beaux yeux menteurs ne peuvent cacher.


Le 5/02/2007 à 02:27
C’est PIERROT LE FOU
Le 5/02/2007 à 02:30
Bravo, Odomar ! Mais ce n’est pas un quizz, hein ? La saison 3 ne va pas tarder. Soyez patient.
Le 5/02/2007 à 10:55
curieux passage de relais entre “étrange ce que peut l’amour” à “tu me parles avec des mots je te regarde avec des sentiments”…well, welcome back miss S!
Le 5/02/2007 à 12:03
Dear JS,
On reste dans le même champ, je dirais. Je vois Inland Empire précisément comme des “fragments d’un discours amoureux”.
Le titre de ce billet correspond à une autre ligne de dialogue d’Anna Karina qui “s’explique” plus loin avec Belmondo dans la fameuse scène “qu’est-ce que j’peux faire, j’sais pas quoi faire” !
Karina s’ennuie. Belmondo écrit. Ils tentent de dialoguer, de se comprendre une dernière fois. Il lui reproche de ne pas avoir d’idées, juste des sentiments. Elle lui rétorque alors qu’il y a des idées dans les sentiments.
Je trouve ça très beau, en plus du fait que le cinéma consiste précisément à “regarder avec des sentiments”. Il y a de la fatalité dans ce regard caméra qui, chose étonnante, ment.
Le 5/02/2007 à 16:13
Mazette… comment est-il possible qu’un regard aussi beau puisse mentir ? les hommes n’ont aucune chance ici-bas…
(représailles : Anna Karina galope vers ses 70 ans et Belmondo sucre les fraises… fallait pas commencer !)
Le 5/02/2007 à 17:46
Ailleurs, plus loin, ne chante-t-elle pas : “Jamais je ne t’ai dit que je t’aimerai toujours ô mon amour…” ?
Sont-ce donc les sentiments, les idées ou les yeux qui mentent ?
Le 6/02/2007 à 22:54
tiens, c’est marrant que vous parliez de regard caméra maintenant…
en tout cas, la phrase qui donne son titre au billet, j’y pense souvent.
Le 10/02/2007 à 16:35
J’aime ces quelques mots que vous avez noté sur ce fascinant regard caméra.
Ayant regardé coup sur coup À bout de souffle et Pierrot le fou, je rapprocherai ces mots à ceux prononcés par Michel (Belmondo encore):
“Quand on se voyait je parlais de moi et toi de toi. Alors t’aurais dû parler de moi et moi de toi”
Et leur dialogue un peu plus tôt dans le film:
Patricia: “C’est triste le sommeil on est forcé de se sépare.”
Michel: “Rer.”
Patricia: “Se séparer. On dit dormir ensemble mais c’est pas vrai.”
Tous ces mots rappellent bien l’obsession de Godard pour l’incommunicabilité entre les êtres et peut-être l’échec assuré de l’amour tant le masque des individualités est difficile à franchir, enfin à mon sens. Des mots très simples mais assurèment très véridiques.
Et ce regard m’apparait comme la parfaite image de ces mots-là.
Le 12/02/2007 à 02:49
Merci, Céline.
L’incommunicabilité obsède Godard et beaucoup de cinéastes des années 60/70 qui filment la crise du couple. L’un de mes films préférés sur le thème reste La Notte d’Antonioni, avec Jeanne Moreau et Marcello Mastroianni.
Le même Mastroianni avait ce geste sublime dans La Dolce Vita (1960), face à la sculpturale Anita Ekberg : un léger tremblement de mains lorsque dans la fontaine de Trévi, il essaie de la figer dans sa splendeur, sans même la toucher. Il ne serre que l’idée de cette femme, en somme, du vide.
Ca me fait penser aux vers d’Aragon (Il n’y a pas d’amour heureux) :
“Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix”.
Chez Godard, cette incommunicabilité repose essentiellement sur une dichotomie entre affect et intellect. Ce qui est aussi très mysogine, il ne faut pas se leurrer !
Le 12/02/2007 à 03:03
Céline,
Belle initiative que votre blog. Je vous ai mise en lien ! A bientôt.
Le 12/02/2007 à 13:48
Complétement d’accord pour la mysoginie !
Merci.
Je vous mets également en lien dès ce moment.
Je n’ai pas eu le temps de faire le tour de tout votre blog mais j’y cours…
Le 12/02/2007 à 16:10
Re-Bonjour
Je me permets de réécrire car je commence aussi un nouveau blog, beaucoup moins formel et plus fouilli au niveau des thèmes pour changer un peu de concept.
Je ne sais pas si j’arriverai à tenir les deux de front mais essayons…
À bientôt
Le 12/02/2007 à 21:40
Je viens de découvrir ce blog… Il est franchement très sympa, je vais le suivre avec attention…
En effet anna Karina s’adresse plus a Godard qu’a Belmondo, ce qui évidemment rend la scène non seulement encore plus touchante, mais encore plus réaliste…
Le 12/02/2007 à 23:20
Je viens de découvrir votre commentaire… Il est franchement très sympa. Soyez le bienvenu sur ce blog, cher Julien !
Le 16/02/2007 à 20:05
j’aime bien ce que tu dis là
Le 24/02/2007 à 19:48
J’ai vu Vivre sa vie récemment et j’ai été frappé par un autre regard caméra d’Anna Karina. Cette fois, on sent un regard volé, un regard qui n’est destiné qu’à Godard avec une pointe de tremblement et de fragilité. Ce regard m’a fortement troublé, assez pour en parler et pour le montrer.
http://mouchoirdepoche.blogspot.com/2007/02/vivre-sa-vie.html
Je vous recommande vivement ce film dont on parle assez peu dans la filmographie de JLG et qui sonne comme une véritable ode au visage d’Anna Karina.