Udo boss


Udo Kier, à l’Etrange Festival.

Du B au Z, en passant par le X, l’iconoclaste Etrange Festival déploie son alphabet singulier, pour la 13è année consécutive, au Forum des Images.

A l’honneur cette année, le magnétique et sulfureux acteur allemand Udo Kier. De Fassbinder (La Troisième Génération), à Andy Warhol, en passant par Gus Van Sant (Even Cow Girls get the Blues, My Own Private Idaho) ou Lars Von Trier, sa filmographie, marquée par un goût prononcé pour la performance, est exceptionnelle.

Au sortir d’une heure décontractée d’entretien avec lui, je suis frappée : un profond décalage existe entre l’homme, sorte d’aristocrate décadent, affable et volubile et les personnages extrêmes qu’il incarne à l’écran. La peur d’être engloutie par le mesmérique acteur cède vite la place à un vrai plaisir d’être là, en face de celui qui m’avait fait abandonner toute idée de maternité, après la scène choc de l’accouchement contre-nature de The Kingdom (une infirmière expulsait Kier adulte de son ventre !).

Sirotant avec précaution un café Starbuck, l’acteur est revenu sur ses différentes collaborations, nées du hasard de rencontres (il se targue de n’avoir jamais eu à écrire de lettres pour obtenir un rôle) : Warhol rencontré dans un avion, Van Sant dans une soirée à Berlin ou encore Madonna avec laquelle il a travaillé de près (Erotica), sans, pour autant jamais vraiment la connaître.

D’évoquer encore son enfance pauvre et sa vie confortable actuelle, sa passion pour Tapiès et les beaux meubles, le tournage qui vient de s’achever avec John Carpenter où il succombe de manière violente et spectaculaire (si j’ai bien compris, il est éviscéré !). Puis il se lève brutalement, interpelle les organisateurs du Festival car Van Sant serait à Paris pour un tournage (et il tient à l’inviter).
Il se rassoit avec soin, confie que Jean Marais fut, de toute évidence, le partenaire avec lequel il a eu le plus de plaisir à tourner (« un gentleman »), se relève, pris d’une envie soudaine d’un sandwich pâté/cornichons, déplore qu’il n’en a pas trouvé la veille dans toute la ville.

Je lui demande des nouvelles de Broken Cookies, le film Dogma qu’il a réalisé : un crash financier, interrompu pour l’heure.
On parle de ses films commerciaux. Il me dit lire les scripts en diagonale pour savoir à quel moment et de quelle manière son personnage meurt.

Puis il m’enjoint à aller voir les films de Sclingensief (une rétrospective lui est consacrée), notamment celui où il incarne Adolf Hitler (Hitler, la dernière Heure).

«This is crazy», conclue-t-il. Une folle lueur danse dans ses yeux. Hitler, Dracula, Frankenstein, autant de figures mythiques incarnées par Udo Kier, à lui tout seul, une mythologie. Vous reprendrez bien un peu de pâté ?

PS: retranscription de l’intégralité de l’entretien prochainement sur le site Plume-noire.com. Merci à Romain.

12 réponses pour “Udo boss”

  1. (lo) dit :

    (mais tu es la reine des titres, lh.)

  2. sandrine dit :

    Hé,hé,hé ! J’avoue que j’avais été très jalouse du titre trouvé par les Inrockuptibles : “Kier royal”. Je voulais tourner autour de cette idée de supériorité de l’acteur, souvent cantonné dans des rôles secondaires, mais aux performances néanmoins inoubliables.
    Kier, c’est bel et bien le Boss ! Qui plus est, émane de lui une vraie élégance naturelle.
    Mais dis-moi, pourquoi te mets-tu entre parenthèses aujourd’hui, cher ami ?

  3. (lo) dit :

    (ne m’étant pas plongé dans le contenu -fort intéressant cela dit- de la note, restant en surface, superficiel en somme : la parenthèse s’imposait, lh.)

  4. myasz dit :

    vous lisez trop les Inrocks bonsoir!

    moutons intellos

  5. sandrine dit :

    Tentée de répondre : si je suis un “mouton”, vous êtes une brebis galeuse ! Mais vos interventions m’amusent car en décalage avec ma réalité. Je ne lis que rarement les Inrocks mais j’y connais de belles plumes. Si ce blog peut avoir pour vous une fonction cathartique, je m’en réjouis ! Mais attention, on se lasse de tout… Contrechamp est-il le blog que vous aimez détester (c’est ce qu’on disait à propos de l’acteur Eric Von Stroheim, pour promouvoir les films dans lesquels il jouait) ?

  6. Annabelle dit :

    Moi aussi il m’arrive de lire les inrocks et alors ? Très beau site… Merci.

  7. myasz dit :

    contrechamp est un site super sympa et joliment présenté…
    en aucun cas il ne remplit une fonction cathartique.
    mais je ne peut que contester certains de vos billets -qui au-delà des analyses intelligentes- tombent parfois dans la caricature intellectualisante.
    et c’est un peu chiant c’est vrai.

  8. jean-sébastien dit :

    c’est vrai quoi Sandrine…scientologue va!!

  9. sandrine dit :

    Arrête, JS, je suis au bord de la remise en question là !

  10. Izo dit :

    Ah, c’est que ça dénonce ici. Je vais poursuivre mon chemin. Udo Kier est quand même l’un de ces acteurs dont on parle quand il commence à nous manquer.

    Impressionnant. J’aimais beaucoup son physique androgyne et son regard d’une perversion exceptionnelle, rictus brillant d’un visage trop lisse, trop beau.

    Belle note Sandrine.

    Izo

  11. lo dit :

    super sympa sandrine
    non, excuse-moi, rien à ajouter, je souris, c’est tout ;-)
    lh.

  12. sandrine dit :

    Merci Izo. C’est vrai que je n’ai pas souligné ce trait essentiel : l’androgynie de l’acteur et son goût, de facto, pour le travestissement.
    Provocatrice, je lui ai demandé s’il se considérait davantage comme un performer que comme un acteur. Il m’a répondu à cela que se raser le matin était déjà de la performance ! :-)

    lo,
    Coquin !
    Mais je crois que ma bonne humeur du moment va s’évanouir avec mon reliquat de bronzage !

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