Un certain climat de la presse de cinéma
Que Luc Besson perde son procès contre Libération, sur la question du racisme dans Fanfan La Tulipe, redonne un peu de baume au coeur dans une période nauséabonde pour la presse de cinéma.
A peine a-t-on repris espoir qu’on apprend, peu après, que ces mêmes journalistes se sont vus privés de projection. Relégués en 2046, pour avoir osé commettre un crime de lèse majesté : ne pas s’être inclinés, au dernier festival de Cannes, devant un immense coup marketing.
Il n’y a pas donc pas que les producteurs pour jouer aux ayatollahs ?
Les attachés de presse pratiquent la censure scandaleuse, dignes de temps qu’on voudrait révolus où l’on muselait les médias.
Et voilà que Télérama à son tour bande les yeux de son Ulysse, privé d’Un Long Dimanche de Fiançailles.
Cette presse que l’on voudrait rendre aveugle dénonce, au sein d’une industrie dévorante, la tentative de formatage du regard.
Et cette entrée en résistance s’avère non seulement nécessaire, mais plus encore, salutaire


Le 16/11/2004 à 13:22
On peut imaginer que cette nécessité comprendrait le salut…
Le 16/11/2004 à 14:24
Désolé de jouer encore le parano de service (voir récemment chez Skoteinos au sujet de la Côte d’Ivoire), mais quelle naïveté aussi de croire révolu le temps de la Censure ! Elle est devenue plus insidieuse, parfois même involontaire. Je ne sais plus quel intellectuel russe, qui avait quitté l’URSS pour les USA, faisait en substance cette remarque : en URSS la Censure était officielle mais on savait ce qu’on n’avait pas le droit de dire, tandis qu’aux USA la propagande est si bien intégrée que remettre en question le système est littéralement impensable…
Le 16/11/2004 à 18:07
Damien tu exagères un peu : si les tentatives de censures sont légions aux Etats-Unis, sous quelques formes que ce soit, il y a une capacité (et une possibilité) de réaction qui force le respect (contrairement à la France ou je ne la vois pas cette réaction…enfin j’en voit une autre de “réaction”, si tu vois ce que je veux dire…)
ps : ton intellectuel russe, il s’apellerait pas Guy Debord?
Le 16/11/2004 à 18:31
A moins que ce ne soit Soljenitsine…
Le 16/11/2004 à 19:23
Honnêtement je pense qu’il faut savoir raison garder…Si Besson ne veut pas montrer ses merdes aux journalistes..grand bien lui fasse..le film n’est pas interdit et les crtiques pourront en dire tout le mal dans le n° suivant.
Damien, tu exagères beaucoup…
Moland, tu es sure que ça s’ecrit comme ça?
Le 16/11/2004 à 20:10
les orthographes russe acceptent plusieurs versions : on peut écrire Bulgalkhov aussi bien que Boulgakov… Mais non, je ne suis sûr de rien sur ce coup-là…
Le 16/11/2004 à 22:40
Non non, c’est un type moins connu que Nabokov, Boulgakov ou Soljenitsyne, un nom en -ski il me semble, peu importe… C’était bien avant Bush, aujourd’hui on dirait que la Censure américaine est devenue plus officielle, songez que l’inoffensive “Imagine” de Lennon était interdite de radio pendant la dernière guerre du Golfe, je ne sais pas si elle est à nouveau autorisée.
Cela dit, je suis d’accord avec Jean-Sébastien : la Censure me paraît plus forte en France. Pas de “Fahrenheit 911″ français sur nos écrans, et pourtant le film existe : il s’appelle “Le vrai procès de Jacques Chirac”. Dans un autre genre, souvenez-vous de “Pas vu, pas pris” de Pierre Carles, interdit de télé et pourtant pas si méchant…
Le 17/11/2004 à 01:18
Klaus Kinski ?
Nijinski ?
Kapriski ?
Chaussetéski ?
Le 17/11/2004 à 09:51
Alors les garçons, on squatte pendant que je ne suis pas là ?!
JS m’a précédée. C’est effectivement bien sur la capacité de réaction que je souhaitais mettre l’accent, davantage que sur le phénomène de censure dont je n’ai pas la “naïveté” de penser qu’elle ne se pratique pas couramment. Aujourd’hui, les médias réagissent sans pour autant représenter, et c’est très juste, Damien et JS, ce contre-pouvoir qu’on attendrait. Que des domaines artistiques fassent les frais d’une telle chasse aux sorcières m’alarme et encourage à la vigilance. Ce n’est pas la dernière “merde” de Luc Besson qu’on juge ici cher Tlön, mais bien la liberté qu’il m’est donnée de la voir.
Dès lors que cette liberté est entravée, il y a un problème sérieux.
Sinon, je propose Popov….
Le 17/11/2004 à 10:59
Mais c’est justement sur quoi l’on n’est pas d’accord. En quoi ta liberté de voir Besson est elle mise en cause? En quoi t’empêche t’on de le voir le mercredi à l’Ugc? et d’en dire tout le mal qu tu veux.
Ce que je veux simplemet dire, c’est qu il faut savoir raison gardé, et ne pas parler de censure la ou il n’y en a pas.
Le 17/11/2004 à 11:25
Je suis assez d’accord avec Tlön. Il ne s’agit pas de censure dans les cas particuliers de Besson et Jeunet, mais d’une tentative (qui échoue, me semble-t-il) de ne pas accorder de privilèges spécifiques à une presse qui ne les aime pas en général. Je prends plus ça comme une réaction d’orgueil populo face à un snobisme dénoncé. Elle n’entrave pas la liberté de voir, et ne crée pas à ma connaissance de formatage du regard, puisque Télérama ou les inrocks ont pu critiquer à loisir les films de Jeunet.
Par ailleurs, Damien : parles-tu vraiment de censure ? Il y a en France une certaine collusion presse/politique, et des relations particulières, qui font que peu de scandales sérieux ne sortent, peu de docus engagés sur la politique français, par exemple. C’est pour moi un manque de tradition du journalisme d’investigation sérieux, plus que de la censure. On préfère faire et passer “le monde selon bush” que “le fils japonais de Chirac”. N’est-ce pas lié à la puissance de l’audiovisuel public, aussi ?
Quand à Pierre Carles et son pas vu pas pris, vu au cinéma, je comprends très bien qu’il n’ait pas été diffusé à la télé (thèse unique scandée, ton volontiers moqueur… C’est un choix, pas une “interdiction de télé”). Je n’aime pas tellement ce discours de l”interdit de télé”, comme si tous les docus critiques y avaient leur place. Certes, il est important de conserver, au moins dans le servie public, une analyse critique du métier de la télé, et je trouver&ais utile une émission hebdo de ce type, mais pas pour autant la diffusion, pour le principe de docus univoques…
Le 17/11/2004 à 11:27
Sorry sandrine, vire le doublon ! (et celui-ci)
Le 17/11/2004 à 12:05
J’ai retrouvé le nom du russe (non JS, ce n’est pas Debordski !): Vladimir Boukovsky.
Je rappelle en passant que “Les sentiers de la gloire” n’est sorti en France qu’en 1975, alors qu’il date de 1957 et évoque des faits se passant en 1917…
J’attends que “Le vrai procès de Jacques Chirac” soit visible sur nos écrans. En 2024 peut-être, quand ça sera devenu un document “historique” ?
Il y a aussi des exemples de livres : pour qu’on ne m’accuse pas de taper toujours sur le même président, je rappelle le cas du pamphlet (paraît-il assez mal foutu, mais là n’est pas la question) de Jean-Edern Hallier : “L’honneur perdu de François Mitterrand”, ou encore “Le Grand Secret” du docteur Gubler (d’accord la Censure ici a échoué car le secret a été éventé et on le trouve sur Internet. Mais le livre, pourtant paru après la mort du défunt pharaon, n’en est pas moins interdit)….
Le 17/11/2004 à 12:08
Versac, excuse-moi mais au sujet de Pierre Carles je te trouve vraiment naïf !
Le 17/11/2004 à 12:53
Damien: sur le film de Kubrick je te renvoie à ceci
http://www.liberation.fr/page.php?Article=253197&AG
D’autre part dans les deux exemples cités, pour l’un il s’agissait d’une atteinte à la vie privée (doublée d’ailleurs d’une tentative de chantage) et pour l’autre de divulgation de secret medical. Il est possible de trouver ces contraintes non légitimes (et tu peux estimer qu’il faille les supprimer) mais la encore il ne faut pas parler de censure stricto censu…
Le 17/11/2004 à 13:59
de fait Versac, ce que tu dis sur la collusion presse/politique s’apparente à de l’auto-censure!!! ni plus ni moins…
de toute façon il y a un manque évident de courage de la part des journalistes en France (ou de leurs patrons)…
c’est d’ailleurs la même chose pour la critique de cinéma qui la pratique aussi cette auto-censure (en n’éreintant pas un film qu’on déteste par exemple, en faisant écrire le seul critique d’une rédaction qui aime le film, etc.)
je me souviens d’une phrase de JP Manchette qui disait qu’entre la littérature et l’amitié, il choisissait la littérature : sous-entendu qu’être amis avec un écrivain ne le dispensait pas de dire du mal de son livre…c’est un peu hard mais très courageux de sa part…
Le 17/11/2004 à 15:17
Tlon : c’est trop facile d’invoquer le secret médical au sujet d’un président qui avait lui-même annnoncé la transparence sur son état de santé !
Encore une fois, le secret n’a été divulgué qu’après sa mort. Sur Edern-Hallier, je ne sais pas…
Par ailleurs je trouve étonnant qu’on trouve encore les meilleures excuses pour justifier toutes sortes de pratiques comme la désinformation ou l’omerta : on ne redoute plus de “désespérer Billancourt”, mais attention à ne pas “faire le jeu des extrêmes” et comme disait Charles Pasqua : “La liberté s’arrête là où commence la raison d’état.”
Le 17/11/2004 à 17:12
La censure en démocratie, ce sont les névroses des démocrates (deux fois que j’utilise ce mot en cette belle journée d’automne, mais cas de force majeure).
Sinon, évidemment : « no pasaran, non au fascisme » etc.
Le 18/11/2004 à 10:12
néanmoins cette histoire de projos de presse interdites pose un véritable problème : en vertu de quoi on interdirait à certains journalistes de voir un film et pas à d’autres? Un projo de presse n’est pas une fête à laquelle le réalisateur déciderait d’inviter qui il a envie, une projo de presse est un outil de travail. A partir du moment où il y a deux poids deux mesure dans l’usage de cet outil de travail, il me semble qu’il y a discrimination dans le cadre du travail (puisque l’intérêt de la presse est de parler des films “quand ils sortent”)…je me demande même si on ne pourrait pas attaquer juridiquement les producteurs/réalisateurs/attachés de presse qui pratiquent cela…
Le 18/11/2004 à 18:22
Merci pour la naïveté.
Ce qui m’énerve, c’est ce coté “interdit de télévision”. Comme s’il y avait un “droit à la télévision”. Combien de docus diffusés à la télé ? Et pourquoi celui de Carles plutôt qu’un autre, donc ? Il avait des qualités, mais aussi de sombres défauts. Et puis sa hargne peut susciter un certain rejet, non ? heureusement, Moore sera diffusé à coup sur, lui, puisqu’il parle des US.
JS : on peut appeler ça de l’auto-censure en général, je suis assez d’accord. Mais c’est plus un esprit et un manque de professionalisme / d’éthique du métier qu’une censure (qui implique un acte de tiers). Je suis beaucoup plus admiratif de l’éthique des media US qui sont capables de sortir des coups, mais aussi de virer un journaliste qui fait une faute.
Le 18/11/2004 à 18:42
d’accord avec toi sur l’ethique des médias us…les médias français sont pitoyables à côté…
Le 10/01/2005 à 02:44
J’arrive après la bataille…
Simplement pour rappeler les mots de Fritz Lang à son retour en Allemagne des Etats-Unis, en 1958: “Les USA, c’est une dictature élue.”