Vie et mort d’un personnage de série TV
De gauche à droite :
Kellie Martin/Lucy Knight dans Urgences
Drea de Matteo/ Adriana La Cerva dans Les Sopranos
Sarah Clarke/Nina Myers dans 24
A quoi tient la destinée d’un personnage de série TV ? Au tout puissant scénariste, démiurge qui exerce un droit de vie et de mort sur les créatures qu’il a enfantées ? Et si la trajectoire d’un héros de série TV était subordonnée au regard ou plus précisément, à sa disparition ? Comment une série se débarasse de ses personnages en usant de son propre dispositif ?
Nina Myers, Lucy Knight et Adriana La Creva succombent de façon brutale et leur mort n’en finit pas d’impressionner la rétine. Qu’ont en commun ces glaçantes disparitions ? Elles se déroulent toutes dans un lieu isolé (une salle d’interrogatoire dans 24), plongé dans la pénombre (une chambre d’hôpital dans Urgences), quand ce n’est pas hors champ (un bois dans Les Sopranos).
Ces héroïnes trouvent la mort dans les «coulisses» des séries qui les ont créées. Lucy Knight (”night” ? troublante homophonie), ensanglantée, gît sous un lit d’hôpital. Rendue à la nuit d’avant son existence télévisuelle, la jeune interne se trouve reléguée de la série.
Il en va de même pour Nina Myers, exécutée à bout portant par Jack Bauer dans une arrière-salle du CTU, vaste dispositif d’écrans, métaphore de la télévision elle-même. La belle espionne trouve la mort loin des regards et des caméras de surveillance. Seul témoin du meurtre : le spectateur lui-même. Œil absolu dans 24, la télévision assassine ses avatars.
Nul échappatoire. La sublime Adriana fait les frais de ce fatum télévisuel. Là encore, le personnage est assassiné en dehors du dispositif scénique d’élection de la série : la ville de banlieue. Elle meurt dans un bois qui n’est pas sans évoquer le décor de Miller’s Crossing, un inconscient de cinéma qui trace dorénavant la voie de l’actrice ? On peut la voir en ce moment même dans Assaut de JF Richet.
Quand la télévision cesse de regarder ses créatures, elles disparaissent corps et âme, emportées dans un stream visuel qui, loin de créer de l’oubli comme le prétend Godard, fabrique bien des souvenirs.




Le 3/03/2005 à 22:26
Hum, oui mais non. Si Lucy Knight se fait bien poignarder dans une chambre d’hôpital, elle n’y meurt pas. Sa mort (en deux temps) a bien lieu sur une table d’opération, en pleine agitation, en pleine lumière, dispositif par excellence de la série. Ce qui n’empêchait pas sa mort d’être traumatisante et inoubliable.
La vraie mort “hors-dispositif” de la série, c’est celle de Mark Greene, loin de l’hôpital, loin de Chicago (une villa à Hawaii) et même carrément hors-champ (mais émouvante), annoncée dans une lettre…
Le 3/03/2005 à 23:29
Oh, mais on chipote ! Ma mémoire ne m’a pas trahie, sois rassuré, cher Godspeed. La mort de Lucy Knight ? J’en tremble encore! Certes, elle meurt sur la table d’opération mais son agression mortelle a lieu dans un champ indéfini, en “coulisses”. On ne la voit pas recevoir le coup mortel, idem pour Adriana des Sopranos, l’exécution la plus brutale et sadique revenant à celle de Nina Myers à cause de sa frontalité. Quoique à ce moment, la caméra s’éloigne légèrement, comme prise d’effroi.
Mark Greene ? Le personnage ne rentre pas vraiment dans la problématique qui m’intéresse (comment une série tue ses personnages en usant de son dispositif?) puisque, comme tu le dis toi-même, il ne fait plus partie de ce dispositif depuis longtemps. Le personnage occupe l’espace diégétique, mais plus l’espace filmique. En conséquence de quoi, sa mort échappe à un programme de mort orchestré par la série elle-même.
Au cinéma, on trouve l’équivalent de cela avec The Shining : Nicholson est tué par l’hôtel qui est lui-même un dispositif télévisuel (cf billet de Sébastien à ce sujet).
Le 4/03/2005 à 09:48
auto-citation :
“la seule violence dont on peut faire état ici est l’abus machiste (…) des réalisateurs et des scénaristes qui fabriquent des personnalités attachantes, puis les abandonnent un jour, sans plus s’y intéresser, sous prétexte que leur histoire est terminée”
(”vice de forme”, non-publié à ce jour)
heureusement qu’il y a un espoir : “alien resurrection”
;-)
lh.
Le 4/03/2005 à 11:59
Intéressante citation et j’espère que ce “Vice de forme” verra le jour prochainement. J’aime beaucoup le titre.
Abus machiste ? Oui et ce n’est pas innocent si je parle ici de 3 héroïnes clés dont on se débarrasse sans aménité. Un vrai choc à chaque fois.
Godspeed,
Je relis mon texte et ce n’est pas clair en effet cette histoire de “hors dispositif”. Je modifie. Merci !
Le 4/03/2005 à 14:26
Oh, tu sais, moi, j’adore chipoter !J’avais surtout l’impression que j’avais lu trop vite mais si tu dis toi-même que ce n’est pas clair… :)
Mais dans le fond, je suis tout fait d’accord, la mort de certaines héroines de séries restent mémorables. Dans le même panier (même si je ne suis pas sûr qu’on puisse la rapprocher des 3 mentionnées ici en terme de dispositif), la mort d’une des secouristes de Third Watch (New-York 911 en VF) : tout aussi brutale et glacante…
Le 5/03/2005 à 01:23
Malheureusement, je ne regarde pas cette série mais te croit sur parole. Ca passe sur le câble ou sur les chaïnes hertziennes ?
Le 6/03/2005 à 16:05
A la lecture de ton billet je ne peux m’empecher de penser à la red room de Twin Peaks. Coulisse et concept par excellence. Le personnage y meurt-il ou est-il simplement phagocyté par l’imaginaire des auteurs (la rencontre de cooper et de son doppleganger est intelligemment éludée).
Il me semble que cet état de déréliction est la disparition la plus tragique d’un personnage de série : lorsqu’il est écrasé par les errances et les diktats de ses créateurs. Tous les héros de Kelley ne finissent-ils pas par se désagréger (ou être expulsés) à force de désaffection et/ou d’hostilité ?
Je rajouterais à ta liste la dernière séquence de la seconde saison de Millennium où le charnier est accolé aux dernières bribes d’humanité. Le mort de Megan Gallagher est proprement vertigineuse (un tâche de sang puis la nuit et le hors-champ qui cherche à parasiter la catatonie du héros). Mais aussi la représentation de la mort de Jessica Costello dans Murder One. Ce qui intéresse Bochco, les principes de la narration et c’est tout naturellement qu’elle en hante chaque recoin. Chaque variation n’a de cesse de la détruire à nouveau avec raffinement.
Le 27/11/2005 à 11:28
Ciao ?Ho visto le tue foto sei bella ?Spero ke rispondi al mio messg ciao